L’oreille tendue de… Pierre Roberge

Pierre Roberge, le Dernier Rayon sur la gauche, 2024, couverture

«La bibliothèque est à peu près vide en ce début d’après-midi. L’animation reprendra de plus belle à la fin des classes. C’est sans doute la raison pour laquelle, dans ce silence relatif, l’ouverture de la porte principale attire notre attention. Sa fermeture feutrée est suivie d’un bruit lancinant de roues mal huilées et d’un amas de ferraille qui s’approche. Winnie et Tigrou tendent immédiatement l’oreille. J’ai l’impression qu’ils blêmissent tous les deux.»

«Le conseiller Landry plisse les yeux et tend l’oreille pour tenter de capter au moins quelques mots, mais c’est peine perdue. J’essaie de faire cesser la prestation de l’harmonie, mais le maître de musique n’a manifestement pas l’intention de s’interrompre avant la fin de la pièce et, comme il reste encore plusieurs pages à la partition devant lui, j’en déduis que nous devrons passer à l’intérieur de la bibliothèque si nous voulons nous entendre. En revenant vers le conseiller, je remarque que son garde du corps et lui ont levé les yeux au ciel et semblent observer attentivement quelque chose. Le drone du directeur !»

Pierre Roberge, le Dernier Rayon sur la gauche, Lanoraie, Les Éditions de l’Apothéose, 2024, 196 p. Édition numérique.

 

On trouve un compte rendu du roman ici.

L’oreille tendue de… François Hébert

François Hébert, Holyoke, 1978, couverture

«Avouez qu’il n’est pas facile pour un homme respectable qui se souvient d’avoir été un curé respectable d’avouer en public, un public il est vrai restreint à quatre personnes, mais tout de même : Qa pianote des doigts sur le comptoir, Aq tend une oreille distraite aux propos de Couillard, Luc Larivière se cache derrière les grandes feuilles du journal, qu’il lit à l’envers / Marie Dupont pensait aux bras de Pierre qui l’avait enlacée la veille / d’avouer que l’église, ç’avait commencé dans le presbytère et c’était sans doute venu de la boulangerie voisine, que l’église était infestée de blattes […].»

François Hébert, Holyoke. Les ongles noirs de Pierre. Roman, Montréal, Quinze, coll. «Prose entière», 1978, 300 p., p. 125.

L’oreille tendue de… Tristan Saule

Tristan Saule, Et puis on aura vu la mer, 2024, couverture

«Aucun son. Depuis l’intérieur, on n’entend même plus le crépitement de l’incendie. Sabrina répète le prénom de Romane en traversant les pièces vides du rez-de-chaussée. Une cuisine vide. Un bureau vide. Une salle de bains vide. Elle s’interrompt par moment pour tendre l’oreille. Si Romane est bâillonnée, sa voix est peut-être étouffée. Dans le salon, où de l’air chaud s’engouffre par la porte-fenêtre brisée, Alexeï a le menton posé sur la poitrine, les mains et les pieds liés. “C’est juste un petit bobo”, pense Sabrina, avant de réaliser que cela n’a aucun sens. Aucun petit pansement ne sauvera plus le jeune homme.»

Tristan Saule [pseudonyme de Grégoire Courtois], Et puis on aura vu la mer. Roman. Chroniques de la place carrée. IV, Montréal, Le Quartanier, coll. «Parallèle», 05, 2024, 341 p., p. 321

P.-S.—L’Oreille tendue apprécie fort le travail de cet auteur. Voir ceci, par exemple.