Sauter, ou pas

«Jack Roslovic fait le saut en Caroline», manchette de RDS.ca, juillet 2024

En français de référence, qui fait le saut, par exemple en politique, va de l’avant après avoir pris une décision, s’engage.

En français populaire du Québec, un autre sens est possible : qui fait le saut est étonné, au point de sauter en l’air. Exemple : «En regardant le projet de troisième lien du gouvernement du Québec, les experts ont fait le saut.»

À votre service.

P.-S.—Étonné ou surpris ? Par .

P.-P.-S.—Cela ne paraît pas avoir grand-chose à voir avec l’expression sauté de la calotte.

La rançon de la gloire

Affiche du film Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

Soit les deux phrases suivantes :

«À Berlin, on se l’arrache [il s’agit de Denis Côté]. Je l’ai croisé dans deux cocktails et j’ai fait la queue avec lui avant une projection officielle au Berlinale Palast. Toutes les cinq minutes en moyenne, quelqu’un est venu lui taper sur l’épaule pour le saluer. Un cinéaste ou une actrice, un directeur de festival ou un programmateur, d’Europe, d’Asie, d’Amérique du Sud, du Canada ou des États-Unis. Barrabas dans la Passion (pas le film d’Hamaguchi ni celui de Scorsese)» (la Presse+, 22 février 2024).

«D’abord, Pauline Julien n’en peut plus du désordre du bureau de Gérald [Godin], tout près de leur chambre. En outre, ils sont connus comme Barabbas dans la Passion et beaucoup de gens en profitent pour aller les saluer, mais aussi pour les importuner en sonnant à leur porte à tout bout de champ» (Godin, p. 388).

Être connu comme Barrabas / Barabbas dans la Passion, donc.

Première remarque : on voit Barrabbas et Barabbas. Wikipédia retient la seconde graphie.

Deuxième remarque : selon le Réseau de diffusion des archives du Québec, cette expression signifie «Avoir une grande réputation, être célèbre. En référence à Barabbas, voleur condamné à mort, qui fut gracié à l’occasion de la Pâque, à la demande de la foule, alors que Pilate proposait de libérer Jésus.»

Le (lourd) passé catholique des Québécois — notamment visible dans leurs jurons — étant ce qu’il est, cette étymologie n’a pas de quoi étonner.

Troisième remarque : l’expression est aujourd’hui courante au Québec, mais pas en France, où elle a toutefois déjà été employée.

À votre service.

 

[Complément du jour]

Courriel de l’antenne liégeoise de l’Oreille tendue : «J’ai souvent entendu en Belgique, pays qui fut aussi pas mal catholique, l’expression “connu comme Barabbas à la passion”. Note la variante : je n’ai jamais entendu “dans la passion”.» Dont acte.

 

Illustration : affiche du film Barrabas (Richard Fleischer, 1961)

 

Référence

Livernois, Jonathan, Godin, Montréal, Lux éditeur, coll. «Mémoire des Amériques», 2023, 536 p. Ill. Préface de Ruba Ghazal.

À l’aide !

Il était question avant-hier de Frédéric Lord. Rebelote.

Le 25 juin, pendant un match de l’Euro, Lord a évoqué un barbier, sans être sûr de savoir de qui ledit barbier avait coupé les cheveux. «On va mettre un homme là-dessus», conclut-il.

Dans le français populaire du Québec, qui dit vouloir mettre un homme là-dessus annonce, sur le mode plaisant, qu’il a besoin d’aide.

L’expression a donné son titre à une chanson de Richard Desjardins en 1993, «M’as mettre un homme là-dessus». Extrait :

Pour moi y s’est faite manger par la souffleuse
Ou par le gars d’l’autre bord de la rue.
Toute cette affaire est nébuleuse.
M’as mettre un homme
M’as mettre un homme
M’as mettre un homme là-dessus.

À votre service.

 

Fous du couvre-chef

L’Oreille tendue avec sa calotte Stihl

Soit les deux phrases suivantes :

«Mais après une dizaine d’années à faire la tournée des patinoires, je n’ai presque pas vu de cas de parents sautés de la calotte, d’entraîneurs qui voulaient en découdre avec un arbitre prépubère ou d’attaquants imberbes qui se prenaient pour Georges Laraque» (la Presse+, 1er octobre 2023);

«J’en ai vu en sainte-piété, des séries et des documentaires à propos de sectes d’illuminés et de leurs leaders chevelus et sautés de la calotte» (la Presse+, 9 juillet 2024).

Certaines personnes, donc, pourraient être sautées de la calotte.

Dans le français populaire du Québec et sur l’échelle de la bêtise, le sauté de la calotte est un fou. Il n’est pas fréquentable.

P.-S.—Ce sauté n’est pas équilibré.

P.-P.-S.—Cette calotte est la partie supérieure de la boîte crânienne et une casquette, la seconde protégeant la première.