L’ombilic des félins

Sylvain Cormier, Des oreilles au bout des doigts, 2026, couverture

On l’a déjà vu : le minou est, entre autres choses, un chat et un terme d’affection.

Le dictionnaire numérique Usito indique trois autres sens :

«Nom donné à l’inflorescence des arbres ou arbustes qui se présente sous la forme d’un épi souple et duveteux, ou à d’autres éléments végétaux d’aspect duveteux»;

«Petit amas de poussière en forme de boule laineuse qui se forme par terre, notamment sous les meubles» (d’où «Petite boule de fibre qui, sous l’effet de l’usure, se forme sur une étoffe initialement rase»;

«Tissu de peluche ou qui a l’aspect de la peluche.»

C’est probablement le deuxième sens qu’avait en tête Sylvain Cormier quand il écrit, en 2013 :

«Prix à payer : on ne se sent pas proche d’un artiste repu, content de lui-même, terré dans sa tour d’ivoire, essentiellement préoccupé par ses minous de nombril» (Des oreilles au bout des doigts, p. 177).

À votre service.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 24 juin 2026.

 

Référence

Cormier, Sylvain, Des oreilles au bout des doigts. 35 ans de journalisme musical, Montréal, Somme toute / Le Devoir, 2026, 322 p. Ill. Préface d’Émile Proulx-Cloutier.

Patate chaude parfois bienvenue

Diagramme représentant le flea flicker, Wikipédia en anglais, 13 juin 2026

Au football (le canadien, donc l’américain), un jeu s’appelle le flea flicker.

Le quart-arrière s’installe derrière le joueur de centre. Celui-ci lui remet le ballon. Le quart-arrière le remet à son porteur, qui feint de courir avec l’objet. Au lieu de continuer sa course, le porteur redonne le ballon au quart-arrière, qui en profite pour le lancer, généralement loin. Il s’agit donc de faire croire à une course alors qu’on se prépare à une passe. (Wikipédia a, évidemment, un article au sujet de cette manœuvre, d’où est tirée l’illustration ci-dessus.)

Comment dire cela en français ? On peut se contenter de jeu truqué. On entend aussi parfois jeu de la patate chaude («À toi !» «Non à toi !»).

À votre service.

P.-S.—Ce n’est pas la première patate que nous croisons en ces lieux.

P.-P.-S.—D’autres mots de la langue du football ? Bien sûr.

P.-P.-P.-S.—On peut imaginer la manœuvre avec d’autres joueurs que le quart-arrière et le porteur, mais le principe reste le même.

Hexagone maudit

Logo de la société d’aviation Porter

Porter diffuse actuellement une publicité télévisée où un des personnages se demande s’il faut prononcer le nom de cette société aérienne porté ou porteure. Ses amis, pour essayer de lui faire entendre raison, l’interrogent sur la prononciation d’autres mots avec une graphie semblable. Lagué ou lagueure (la bière) ? Vancouvé ou Vancouveure (la ville) ?

Arrive un moment où la question porte sur lighté ou lighteure (le briquet). Un autre voyageur se joint alors de la conversation : «Hé, les gars, on fume pas dans l’avion, là.» Voilà quelqu’un qui ne se mêle manifestement pas de ses affaires, en plus de prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’une plaisanterie.

On ne saura qu’une chose de lui, à cause de son accent : il vient de l’Hexagone. Au Québec, l’image du maudit Français n’est jamais bien loin.

Mal augurer

Librairies Indigo, 2010, publicité

Soit la phrase suivante, tirée du quotidien montréalais la Presse+ du 25 mai 2026 : «Cinq tirs après deux périodes, 12 au total, ça ne fait pas des enfants forts.»

Ne pas faire des enfants forts, donc, dans le français populaire du Québec : ne pas instiller une grande confiance, ni dans l’immédiat ni dans l’avenir.

À votre service.

P.-S.—Les enfants, pas les flos; flos forts serait peu euphonique.