Publicité politique

Depuis quelques jours, on se gausse beaucoup au Québec — et à juste titre — d’une chanson politique lancée récemment par le Parti libéral du Canada. (Elle sera remplacée par une autre, a annoncé le PLC devant le tollé.)

On a surtout interprété le choix de cette (mauvaise) chanson sur le plan politique.

On pourrait aussi l’aborder en élargissant le débat à la langue de la publicité. (Pour le PLC, il s’agissait évidemment d’une entreprise publicitaire.)

La télévision nous offre ces jours-ci, dans une pub pour Auto hebdo, un «C’que t’as besoin» digne de Robert Bourassa.

Le fournisseur xplornet, le spécialiste en «Internet haute vitesse | En région», a longtemps diffusé une publicité sur les ondes du Réseau des sports (RDS) contenant une grosse faute de langue («où que vous demeurez» au lieu de «où que vous demeuriez»).

Pendant des mois, en 2013-2014, Bell Canada a fait dire à un personnage d’un de ses messages «Ça leur dérange pas […] ?».

Pourquoi s’étonner, dès lors, qu’un parti politique se comporte comme les publicitaires ? Il ne fait que véhiculer le même mépris.

Ce mépris n’est pas le fruit du hasard : on ne fait pas une publicité télévisée tout seul; on s’y met toujours nécessairement à plusieurs. Faire chanter un texte largement incompréhensible ou faire dire «C’que t’as besoin», «où que vous demeurez» et «Ça leur dérange pas […] ?» est un choix collectif assumé.

P.-S.—En effet, ce n’est pas la première fois que l’Oreille tendue râle à ce sujet.

L’art du portrait de surface

Philip Roth, American Pastoral, 1997, couverture

«I was impressed, as the meal wore on, by how assured he seemed of everything commonplace he said, and how everything he said was suffused by his good nature. I kept waiting for him to lay bare something more than his pointed unobjectionableness, but all that rose to the surface was more surface. What he has instead of a being, I thought, is blandness — the guy’s radiant with it. He has devised for himself an incognito, and the incognito has become him.»

Philip Roth, American Pastoral, New York, Vintage Books, 1997, 423 p., p. 23.

Accouplements 141

Jean-Philippe Toussaint, la Clé USB, 2019, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Lecture du mercredi : Aron, Paul, (Re)faire de l’histoire littéraire. Discipline, objets, indiscipline, Paris, Anibwe, coll. «Liziba», 2016, 133 p.

Dans une section de son livre, le Belge Paul Aron aborde l’«Histoire du climat» (p. 97-110) : «La scène [de Malempin, de Georges Simenon] me paraît exemplaire. Elle fait de la pluie un agent narratif et symbolique tout à la fois. Un autre écrivain belge, contemporain celui-ci [Pierre Mertens], a montré toute la force de ce genre d’allégorisation climatique [dans Une paix royale]» (p. 107).

Lecture du jeudi : Toussaint, Jean-Philippe, la Clé USB, Paris, Éditions de Minuit, 2019, 190 p.

Après avoir suivi un épisode de Star Trek à la télévision, le narrateur de la Clé USB, le plus récent roman du Belge Jean-Philippe Toussaint, découvre ceci : «je n’étais pas mécontent de la conclusion à laquelle j’étais arrivé, qui était que, dans tous les éléments qu’on peut introduire dans un film de science-fiction, dans toutes les extravagances technologiques qu’on peut imaginer, les machines, les robots, les engins spatiaux et les déplacements interstellaires, les variations biotechnologiques et transhumaines, dans toute cette quincaillerie futuriste gorgée d’effets spéciaux, ce qui, finalement, était le plus efficace à l’écran, le plus véritablement stupéfiant — et même le plus crédible, et le plus émouvant — le plus merveilleux et le plus féérique, c’était les scènes de pluie» (p. 22).

P.-S.—L’Oreille a présenté ce texte le 16 septembre 2019.

Offre de service

Jean-Philippe Toussaint, la Clé USB, 2019, couverture

«Les gens s’en foutent, foncièrement,
de ce qui vous arrive.»

Vous voudriez pouvoir disparaître de la surface du globe pendant 48 heures, suspendre votre vie routinière, vivre «un blanc» (p. 9) ?

Vous cherchez un roman où l’on réfléchit aux interactions entre les langues dans le monde et, par voie de conséquence, à la prépondérance supposée de l’anglais ?

Vous vous demandez ce que pourrait être l’Europe et qui sont les eurocrates ?

Vous vous interrogez sur la nature du temps, particulièrement de l’avenir ?

Vous chérissez les romans où lire des phrases comme celle-ci : «Même si nous vivons en vase clos, nous sommes quand même moins consanguins qu’une famille royale ou qu’un orchestre philharmonique» (p. 14) ?

Vous appréciez le roman d’espionnage, même décalé ?

Vous n’appréciez pas certains échanges téléphoniques ?

Vous admirez les portraits bien torchés ?

Vous ne voyez pas d’un bon œil la mondialisation ?

Vous n’êtes pas allergique au hackeur, au blockchain, au bitcoin, au minage, au monitoring ?

Vous connaissez Bruxelles, Tokyo et Dalian (c’est en Chine) ?

Vous avez senti l’envie irrépressible de «voler [des] cintres antivols» dans une chambre d’hôtel (p. 136) ?

Vous êtes sensible aux pressentiments ?

Vous avez travaillé dans une salle de bain transformée en bureau ?

Vous acceptez les ruptures narratives radicales, les passages des luttes publiques aux déchirements intimes ?

Vous paniquez parfois ?

Vous avez déjà eu peur de vous retrouver devant une foule et d’être incapable de parler ?

Vous craignez la mort, la vôtre comme celle d’êtres chers ?

Vous aimez le roman ?

La Clé USB, de Jean-Philippe Toussaint, est pour vous.

Référence

Toussaint, Jean-Philippe, la Clé USB, Paris, Éditions de Minuit, 2019, 190 p.