La clinique des phrases (vv)

Polyclinique de l’Oreille, publicité, Laval, Québec, juin 2019

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Pas plus tard que la semaine dernière, un quotidien montréalais publiait cette sibylline parenthèse : «ex-femme décédée de Bouchard». Faudrait-il imaginer deux cas de figure : la «femme décédée» et l’«ex-femme décédée» ? Cela trouble.

Proposons ceci, à défaut de mieux : «ex-femme de Bouchard, décédée aujourd’hui».

À votre service.

P.-S.—Ce «Bouchard» est Lucien Bouchard, ci-devant premier ministre du Québec.

Autopromotion 491

Carte de visite de Jean-Baptiste-François Raucourt, libraire et imprimeur à Charleville, gravure anonyme, 1781-1836 ?

La 417e livraison de XVIIIe siècle, la bibliographie de l’Oreille tendue, est servie.

La bibliographie existe depuis le 16 mai 1992. Elle compte 48 559 titres.

Illustration : Carte de visite de Jean-Baptiste-François Raucourt, libraire et imprimeur à Charleville, gravure anonyme, 1781-1836 ?, Rijksmuseum, Amsterdam

Les zeugmes du dimanche matin et de Grégoire Courtois

Grégoire Courtois, les Agents, 2019, couverture

«Laszlo fonce dans l’allée centrale, ignorant les volutes de fumée qui s’élèvent du fond des couloirs qu’il dépasse à toute allure. Des box s’ouvrent, crachant des agents furieux ou des projectiles mortels qui fusent autour de lui. Il exécute de larges mouvements de bras en courant et croit parfois toucher les corps anonymes de collègues qui se jettent sur lui. Les corps tombent, il les enjambe. Les cloisons vacillent, il les évite. Rien ne peut le détourner de sa course effrénée vers Clara dont il a perdu le contact visuel depuis qu’il s’est éloigné de son écran. Elle est pourtant là, au bout de l’allée, derrière la fumée et la rage.»

Grégoire Courtois, les Agents. Roman, Montréal, Le Quartanier, coll. «Parallèle», 01, 2019, 292 p., p. 239.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 18 mars 2020.

La clinique des phrases (uu)

Polyclinique de l’Oreille, publicité, Laval, Québec, juin 2019

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit le tweet suivant :

La biologiste, Alice Lebreton, ouvre la porte de son laboratoire. Selon elle, «une grande partie de la société a une vision utilitariste de la science. Alors que le versant de la science, qui est de comprendre, n’est pas forcément directement d’innover.»

Commençons par la première phrase. On peut croire qu’il reste plus d’un biologiste sur la planète. Donc :

La biologiste Alice Lebreton ouvre la porte de son laboratoire. Selon elle, «une grande partie de la société a une vision utilitariste de la science. Alors que le versant de la science, qui est de comprendre, n’est pas forcément directement d’innover.»

La troisième phrase pose un problème qui n’est pas, lui, de ponctuation (encore que). La biologiste a-t-elle bien dit ce qu’on rapporte entre guillemets ? Si oui, souffrons en silence. Sinon, essayons, dans une «vision utilitariste», de clarifier un peu les choses :

La biologiste Alice Lebreton ouvre la porte de son laboratoire. Selon elle, «une grande partie de la société a une vision utilitariste de la science. La science doit comprendre, ce qui ne veut pas forcément dire innover.»

À votre service.