Fil de presse 028

Michel Francard, Tours & détours le retour, 2018, couvertureCi-dessous, quelques ouvrages récents sur la langue, classés, comme il se doit, par ordre alphabétique de titres.

À la recherche d’un signe perdu : J. B. de La Brosse, S. J., Eléments de langue montagnaise (1768), Chemins de tr@verse, coll. «Chartæ neolatinæ», 2018, 312 p. Édition du texte latin, traduction de Jean-François Cottier. Commentaire linguistique de Renée Lambert-Brétière.

Petitjean, André, Approches linguistique et stylistique de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, coll. «Langages», 2018, 219 p.

Arborescences, 7, 2017. URL : <https://www.erudit.org/fr/revues/arbo/2017-n7-arbo03935/>. Dossier «La norme orale en français laurentien», sous la direction de Marie-Hélène Côté et Anne-José Villeneuve.

Petitpas, Thierry, Français informel en classe de langue. Vocabulaire familier et populaire, Paris, L’Harmattan, 2018, 210 p.

Offord, Derek, Vladislav Rjéoutski et Gesine Argent, The French Language in Russia. A Social, Political, Cultural, and Literary History, Amsterdam, Amsterdam University Press, coll. «Languages and Culture in History», 2018, 702 p. Ill.

Colombat, Bernard, Bernard Combettes, Valérie Raby et Gilles Souffi (édit.), Histoire des langues et histoire des représentations linguistiques, Paris, Honoré Champion, coll. «Bibliothèque de grammaire et de linguistique», 61, 2018, 564 p.

Rey, Alain, Hommage aux mots. L’intelligence des dictionnaires, Paris, Hermann, coll. «Vertige de la langue», 2018, 262 p.

Nunez, Laurent, Il nous faudrait des mots nouveaux, Paris, Le Cerf, coll. «Culture», 2018, 192 p.

Françoise, Frazier et Olivier Guerrier (édit.), la Langue de Jacques Amyot, Paris, Classiques Garnier, coll. «Rencontres», 352, série «Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne», 98, 2018, 232 p.

Neologica, 12, 2018, 276 p. Dossier «Lexique : nouveauté et productivité».

Périard, Mario, l’Orthographe, un carcan ? Une déconstruction du mythe orthographique de A à Z, Montréal, M éditeur, 2018, 144 p.

Calabrese, Laura et Marie Veniard (édit.), Penser les mots, dire la migration, Louvain-la-Neuve, Éditions Academia, coll. «Pixels», 2018, 204 p.

Francard, Michel, Tours & détours le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique, Bruxelles, Racine, 2018, 176 p. Illustrations de Cäät.

L’oreille tendue de… E. Greyson

«Elle portait à sa tête évidemment endolorie sa main blanche et potelée d’ordinaire, sèche et tremblante en ce moment. De temps à autre, elle consultait du regard la petite horloge, dont les aiguilles marchaient, à son gré, avec trop de rapidité; à la seule audition du tic-tac du balancier, on aurait pu croire, en effet, que l’horloge luttait avec toutes les horloges de l’univers à qui précipiterait le plus de secondes dans l’éternité. Et cependant le couvert n’était pas encore enlevé, maman Degoute ne s’absorbait pas et c’est en vain qu’on eût tendu l’oreille pour entendre le ronflement sonore et uniforme du chef de famille.»

E. Greyson, «Un fait divers», Revue de Belgique, 16e année, tome LI, 1885, p. 258-281, p. 258-259.

Pomme de terre du jour

Soit la phrase suivante, tirée des Luttes fécondes de Catherine Dorion (2017) : «Je posais ces questions aux militants dans l’espoir d’avoir une conversation stimulante, mais ça faisait presque toujours patate» (p. 41).

Faire patate, donc : au Québec, échouer, ne pas parvenir à faire quelque chose, rater / manquer son coup.

Le logiciel Antidote connaît ce sens, mais il en indique un autre, opposé, en Belgique. (Merci à @machinaecrire pour la saisie d’écran.)

«Faire patate» selon le logiciel AntidoteQu’en dirait @MichelFrancard ?

P.-S.—En effet, ce n’est pas la première pomme de terre que l’on croise ici.

 

[Complément du 1er juin 2018]

Soit le tweet suivant :

On appréciera la proximité de Parmentier, ce «porte drapeau de la culture de la pomme de terre» (dixit Wikipédia), et de la patate.

 

Référence

Dorion, Catherine, les Luttes fécondes. Libérer le désir en amour et en politique, Montréal, Atelier 10, coll. «Documents», 11, 2017, 108 p. Ill.

Divergences transatlantiques 047

Brique

Soit le texte suivant, tiré du recueil de nouvelles le Palais de la fatigue de Michael Delisle (2017) :

Pourquoi étais-je incapable de suivre ma voie avec l’allant de ce gars dans la brique de Flaubert qui courait d’une demi-mondaine à l’autre, louait des étages d’hôtel, commandait des portraits, engageait des avocats, se présentait comme politicien et intriguait pour obtenir des charges ? Pourquoi étais-je incapable de faire autre chose que de rester assis à attendre qu’on me verse des litres de piquette jusqu’à ce que je m’écroule, offert au premier prédateur qui passe ou qui, désormais, passerait tout droit parce que j’étais trop vieux ? (p. 76)

Un ami français de l’Oreille tendue, appelons-le Le Flaubertien, s’est étonné à la lecture de cette citation devant le mot brique. Il aurait dit, lui, pavé.

L’Oreille, jusque-là, ne s’était jamais avisée de ce sens québécois du mot brique. En revanche, le dictionnaire numérique Usito l’a repéré : «Fam[ilier]. Livre volumineux, à la lecture parfois laborieuse.»

Merci à l’ami et au dictionnaire.

P.-S. — Un lecteur d’un des livres de l’Oreille a déclaré un jour, à la télévision, le tenant dans ses mains, que c’était «toute une brique». Le livre fait 125 petites pages. On peut penser que c’était ironique.

 

[Complément du 28 mars 2017]

Sur Twitter, Michel Francard, le coauteur du Dictionnaire des belgicismes (2010), écrit que cet emploi de brique existe aussi en Belgique.

 

Références

Delisle, Michael, le Palais de la fatigue. Nouvelles, Montréal, Boréal, 2017, 137 p.

Francard, Michel, Geneviève Geron, Régine Wilmet et Aude Wirth, Dictionnaire des belgicismes, Louvain-la-Neuve et Paris, De Boeck et Duculot, coll. «Langue française – Ouvrages de référence», 2010. Ill. Préface de Bruno Coppens.