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Ne dégagez pas, y a à voir

«Charest dégage.»
Pancarte, Verdun, 24 mai 2012

Laurent d’Ursel est un artiste belge. On lui droit le dégagisme, une «sorte de mouvement qui promeut la manifestation comme forme d’art contemporain», explique le site OWNI.

Afin de parvenir à ses fins, d’Ursel a édicté des «règles très précises : il faut des flics, une autorisation, un slogan et des concepts. Il faut que ça soit un peu chiant, comme toute manif.»

Cela s’applique parfaitement à la situation actuelle au Québec et à sa passion subite pour les casseroles frappées en public.

Les percussionnistes en extérieur sont souvent encadrés de policiers.

En vertu de la loi 78, ils auraient dû donner à ceux-ci l’itinéraire de leur manifestation, afin d’obtenir une autorisation.

Ils ont un slogan : «La loi 78, on s’en câlisse

Ils s’appuient sur des concepts : non-violence, participation populaire, nécessité de se faire entendre (littéralement) de leurs dirigeants, volonté de changer la politique, etc.

Leurs sonorités et leurs déplacements peuvent, à l’occasion, faire chier le badaud.

Cela étant, on casserolerait pour la bonne cause. Pour le dire comme Sartre, le dégagisme — donc le casserolisme — est un humanisme.

P.S.—C’est, encore une fois, comme pour les verbes et les fleurs de rhétorique, une affaire de fesses. On n’en sort pas.

Académiciens à la rescousse

Le lien se trouvait dans une chronique récente de Pierre Assouline dans le Monde des livres, «L’Académie française s’attaque à la chienlit lexicale» (21 octobre 2011, p. 6). Il renvoie à une innovation sur le site de l’Académie : «Voici la première série de cette nouvelle rubrique, Dire, Ne pas dire, qui donne le sentiment de l’Académie française sur les fautes, les tics de langage et les ridicules qui s’observent le plus fréquemment dans le français contemporain.»

Au menu de cette première livraison, quatre rubriques. «Emplois fautifs» : Sur; Après que; Pas de souci; Au niveau de. «Néologismes et anglicismes» : Impacter; Best of. «Extensions de sens abusives» : Gérer; Quelque part. «Les bonheurs et les surprises de la langue française» : Oui; Coi / quiet.

Le titre est poussiéreux. Les emplois fautifs, les néologismes, les anglicismes et les extensions de sens réputées abusives, itou.

La preuve est faite une fois de plus, et bien faite : les portes ouvertes sont les plus faciles à enfoncer.

P.S.—L’Oreille tendue a le vague souvenir d’un livre, d’un article ou d’un chapitre de livre (belge ?) intitulé «Dites, ne disez pas». Elle aimerait fort en retrouver la référence.

Divergences transatlantiques 016

En manchette, dans la Presse du 25 avril 2011 : «La réforme du cabaret» (p. A2-A3).

Souhaite-t-on réformer un «Établissement où l’on sert des boissons» ou encore un «Établissement où l’on présente un spectacle et où les clients peuvent consommer des boissons, souper, danser» (le Petit Robert, édition électronique de 2010) ? Que nenni. Il s’agit en fait de rappeler que plusieurs cafétérias scolaires québécoises essaient de chasser la malbouffe de leur menu.

Que vient faire le «cabaret» dans cette histoire ? Il désigne, au Québec, le plateau sur lequel on dépose sa nourriture. Pour le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, ce terme «est un héritage de France; il découle de celui de “petite table ou plateau pour tasses à café, à thé, etc.” aujourd’hui considéré comme vieilli dans les quelques dictionnaires qui le consignent».

Des sources amicobelges assurent l’Oreille tendue que le mot est aussi usité dans les Ardennes.

Le «vieillissement» est affaire bien délicate en matière de langue.

P.S.—Qu’est-ce alors que le «Cabaret de la Pègre» ?

Divergences transatlantiques 013

Soit une «Veste longue de sport, en tissu imperméable, munie d’une capuche», au genre fluctuant (le Petit Robert, édition numérique de 2010).

Au Québec, le mot est surtout masculin : «Lorsque Norah passe près d’eux, un des employés jette un drôle de regard à son parka de caribou qui, il faut l’avouer, détonne un peu dans le décor» (Nicolas Dickner).

En France, il paraît être beaucoup employé au féminin : «Elle portait une parka sale, un chapeau tordu sur la tête et on pouvait véritablement dire qu’elle était sans âge» (Arnaldur Indridason, p. 79).

Qu’en disent les Belges ?

Références

Dickner, Nicolas, Boulevard Banquise, Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, 2006, 47 p. Ill. Un conte de Nicolas Dickner, inspiré et illustré d’œuvres de la collection d’art inuit Brousseau.

Indridason, Arnaldur, la Rivière Noire, Paris, Métailié, coll. «Métailié noir», 2011 (2008), 299 p. Traduction d’Éric Boury.

[Complément du 22 août 2011]

Que faire quand on est une écrivaine québécoise et qu’on est publiée en France ? Mélanie Vincelette, dont le roman Polynie a paru en 2011 chez Robert Laffont, a été confrontée à la difficulté. Pour ne déplaire à personne, elle a trouvé une solution élégante. Page 30, il est question «d’un parka en laine bleue». Page 163 apparaît «une parka traditionnelle rouge». Page 197, il y a plus simple : «des parkas modernes». Tout le monde est content.