Adoptez-les !

Sur le site Save the Words, la filiale des dictionnaires d’Oxford University Press vous propose d’adopter un mot menacé de disparition. Explication :

Save the Words

Le site est spectaculaire, drôle, plein de conseils utiles. Pour l’instant, ça n’existe qu’en anglais.

Merci à Jean-François Pitet d’avoir signalé cela sur son blogue.

Polar franco-québécois

Luc Baranger, Aux pas des raquettes, 2009, couverture

Aux pas des raquettes est un polar simplet — narrativement, politiquement, sexuellement, comportementalement.

Sur le plan de la langue, trois choses à signaler.

L’argot qu’affectionne l’auteur est celui, mutatis mutandis, de la «Série noire» des années cinquante ou soixante : pas toujours facilement compréhensible, mais enlevé, et un peu caricatural.

La création lexicale est fréquente. La plus intéressante est du côté des verbes, souvent fondés sur le nom propre : «Allez, casse-toi, pauv’ con ! sarkozia Pichon» (p. 9); «avec trois copains il chuckberrisait des reprises des Stones et des Hollies» (p. 23); «C’est de la merde ! jeanpierrecoffe Vladimir» (p. 30); «Si tu cries, j’te mesrine» (p. 31).

La langue parlée au Québec est rendue de façon assez juste, malgré quelques broutilles. Les noms géographiques sont parfois écorchés : Gâtineau pour Gatineau (p. 43), La Colle pour Lacolle (p. 71). Dans «couple de pouponnes» (p. 74), «couple» devrait être au masculin. Ce devrait être «Y’a pus personne qui voulait rien savoir de lui» (p. 75), au lieu de «peu». Le glossaire final contient surtout, mais pas seulement, des expressions québécoises, et leur définition est correcte. (Cela dit, pour sa part, l’Oreille tendue n’a jamais entendu où que ce soit «Casser dans pan» pour «Se faire sauter le caisson»…) Bref, ça se discute, mais ce n’est heureusement pas du Fred Vargas.

Références

Baranger, Luc, Aux pas des raquettes, Paris, Éditions La branche, coll. «Suite noire», 31, 2009, 95 p. Suivi d’un glossaire.

Vargas, Fred, Sous les vents de Neptune, Paris, Viviane Hamy, coll. «Chemins nocturnes», 2004, 441 p.

La langue fait signer

Un «Point de vue» a paru dans le Monde du 30 septembre sous le titre «L’orthographe, un jardin à élaguer».

Ses douze signataires appellent l’Académie française à «poursuivre sa mission de régularisation». L’Académie française ? Oui : «Avec l’Académie, on assiste à la promotion d’un usage unique mais, par la suite, les Immortels ont constamment remanié leur propre norme, presque toujours dans le sens d’une régularisation : chaque édition de leur Dictionnaire — neuf au total — définit un nouvel état orthographique. Notre orthographe est donc une orthographe réformée et chaque usager est, qu’il le veuille ou non, un réformiste qui s’ignore.» Voilà qui étonnera plus d’un puriste.

Les signataires sont Bernard Cerquiglini, Jean-Claude Chevalier, Pierre Encrevé, André Goosse, Renée Honvault, Jean-Pierre Jaffré, Jean-Marie Klinkenberg, Gilbert Lazard, Michel Masson, Bernard Quemada, Henriette Walter et Viviane Youx.

Traquer le cliché

Hervé Laroche, Dictionnaire des clichés littéraires, 2003, couverture

La sortie du plus récent livre de Dan Brown, The Lost Symbol, fait beaucoup de bruit.

Le compte rendu du New Yorker (numéro du 28 septembre) est dévastateur, et spitant. Adam Gopnik y écrit notamment ceci : «The clichés line up outside the dust jacket and are whisked in pairs to a table down front […]

Mais comment reconnaître un cliché ? En consultant le Dictionnaire des clichés littéraires. Hervé Laroche y fait œuvre utile, et spitante, de «abandonner (s’)» à «zébrure». Tout ce qui concerne la poitrine féminine, par exemple, témoigne d’une attention fort soutenue : «Le front, les cuisses, les seins sont spécialement sujet au galbe. […] Pour les seins : éviter le galbe des globes» (p. 87). Les conseils sont en effet nombreux : parer — «Éviter : Elle parut, parée d’un paréo» (p. 129); pâtir — «À éviter si le héros est un pâtissier» (p. 130).

Après s’être amusé dans la nomenclature et avoir ri de la «logique littéraire» (p. 69), on admirera la concaténation des stéréotypes langagiers dans la «Mise en bouche» et on s’instruira à la lecture de l’excellente «Postface» : «Il faut une attention particulière pour repérer les clichés, et aussi une certaine énergie pour les éliminer» (p. 182). Oui.

Le mot de la fin ? Guise : «en guise de langue, du préfabriqué; en guise de poésie, des clichés» (p. 90).

Référence

Laroche, Hervé, Dictionnaire des clichés littéraires, Paris, Arléa, coll. «Arléa-poche», 80, 2003 (2001), 188 p.

Extension du monarcoplatal

La Presse de ce samedi s’interroge : «Le prochain “Plateau”. Hochelaga-Maisonneuve ou le Sud-Ouest ?» (cahier Mon toit, p. 2).

La question n’est pas nouvelle : «Saint-Henri, nouveau plateau ?» (la Presse, 6 janvier 2004, cahier Arts et spectacles, p. 3); «Un Plateau à Longueuil ?» (la Presse, 3 octobre 2005, p. A15).

Plateau ? En fait, Plateau Mont-Royal : quartier de Montréal en demande, car jugé branché, jeune, pluri-tout. Constitue le centre de l’univers connu, et au-delà. A même droit à son mot — substantif et adjectif —, créé par Pierre Popovic : monarcoplatal.

On se l’arrache, intra et extra muros.

Référence

Popovic, Pierre, Liberté, 280 (50, 2), avril 2008, dossier «Dictionnaire culturel & politique du Québec», p. 21-24. URL : <http://www.erudit.org/culture/liberte1026896/liberte1038690/34680ac.pdf>.