Âme nordique

C’est affaire de latitude : les Québécois seraient proches des Scandinaves. Cela explique peut-être pourquoi ils aiment tant les sagas.

Une fois de plus, celle des wagons de métro de Montréal retient l’attention. Dans deux journaux, le même texte, une lettre d’opinion, sous des titres différents : «Pourquoi cette saga ?» (la Presse, 14 juillet 2010, p. A14); «La saga des voitures de métro» (le Devoir, 14 juillet 2010, p. A7). À la radio de Radio-Canada, le même jour : «cette saga-».

On a les grands récits qu’on mérite.

Fil de presse 007

Le numérique a besoin de mots.

Philip B. Corbett tient le blogue After Deadline du New York Times. Il y conseille les journalistes, et les lecteurs, sur les questions de langue («grammar, usage and style»). Il recommandait récemment d’utiliser tweet — le substantif et le verbe — avec circonspection. (On le lui a reproché.)

En janvier dernier, le secrétaire d’État français chargé de la coopération et de la francophonie a lancé le concours «Francomot», rapporte le Monde du 30 mars : «les étudiants et élèves étaient invités à envoyer par mail [!!!] des équivalents français à cinq termes anglophones : “chat”, “buzz”, “tuning”, “newsletter” et “talk”». Les gagnants ? (On vous reprochera leur utilisation.) Ramdam (buzz), bolidage (tuning), éblabla et tchatche (chat), infolettre (newsletter) et débat (talk).

Comme à chaque année, les dictionnaires annoncent l’entrée de mots dans leur nomenclature. (On ne saurait le leur reprocher.) Le Petit Larousse accueille, entre autres nouveautés lexiconumériques, agrégateur, carnet d’adresses, Google, nerd, pop-up et Wikipédia. Dans le Petit Robert ? Geek et réalité augmentée.

La langue bouge, comme de toute éternité elle a bougé.

En effet

Dans sa page «Idées» d’hier, le Devoir publie une lettre ouverte sous le titre «Avenir de la langue française. Un geste d’éclat pour protéger le français» (p. A7).

Incipit : «Je suis préoccupé par l’avenir de la langue française, mais aussi et surtout inquiet pour cet avenir.» Plus loin : «Ma préoccupation et mon inquiétude sont fondées sur des réalités et des faits qui annoncent un dangereux déclin de la langue française.»

Quand l’Oreille tendue lit pareille prose (circulaire), elle est inquiète à son tour : elle aussi, elle a de la peine d’être triste quand elle n’est pas heureuse d’être contente.

Entendre Miron

Avant-hier, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des arts, le spectacle Douze hommes rapaillés, la mise en chanson collective (ils sont douze) de quelques poèmes de Gaston Miron, l’auteur de l’Homme rapaillé.

L’intérêt de ce genre d’entreprise réside dans ce qu’elle permet d’entendre de neuf dans des textes déjà connus.

Un seul exemple, «Je t’écris pour te dire que je t’aime», poème-lettre interprété par Michel Faubert. Le jeu de guitare et, surtout, la voix du chanteur révèlent dans cette «rengaine» une chanson country. Ça s’entend notamment dans la prononciation de quelques mots — «voéyage», «souèr», «nége», «sur le seuil des mémouèrs» —, prononciation qui n’aurait pas été celle de Miron en lecture publique.

On ne s’attendait pas à ça. On est ravi.

Du plurilinguisme en acte

Un collègue et néanmoins ami est absent. Sa boîte aux lettres électronique le dit clairement, en quatre langues.

Il y en a une qui étonne plus que les autres.

P.-S. — L’Oreille tendue n’est pas la première à noter ce plurilinguisme en acte. On en a parlé ici et .