Orgueil épistovestimentaire

Portrait de Willie Lamothe

Willie Lamothe était un artiste québécois connu surtout pour ses chansons.

Au moment de sa mort, en 1992, Sylvain Cormier lui consacre un article dans les pages du quotidien le Devoir, «“Adieu tous mes amis”». Cormier a repris ce texte dans un excellent recueil récemment paru, Des oreilles au bout des doigts (p. 52-55).

Il cite alors Roger Miron, «une autre figure légendaire de la chanson country & western» (p. 53) : «Willie, c’était un gars qui avait le diable au corps. On l’appelait notre carte postale parce qu’il était orgueilleux et prenait toujours grand soin de son apparence» (p. 54).

Vous, parmi vos proches, qui traiteriez-vous de «carte postale» ?

P.-S.—Une carte postale, pas une carte de mode.

P.-P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 24 juin 2026.

 

Référence

Cormier, Sylvain, Des oreilles au bout des doigts. 35 ans de journalisme musical, Montréal, Somme toute / Le Devoir, 2026, 322 p. Ill. Préface d’Émile Proulx-Cloutier.

Curiosité voltairienne (et antarctique)

Janet Martin-Nielsen, A Few Acres of Ice, 2023, couverture

Janet Martin-Nielsen, A Few Acres of Ice. Environment, Sovereignty, and «Grandeur» in the French Antarctic, Ithaca, Cornell University Press, 2023, 276 p. Ill.

 

Au début du vingt-troisième chapitre de Candide (1759), le conte de Voltaire, «Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient», Candide discute avec Martin sur le pont d’un navire hollandais : «Vous connaissez l’Angleterre; y est-on aussi fou qu’en France ? — C’est une autre espèce de folie, dit Martin. Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.»

À côté de ces «quelques arpents de neige», il y a aussi «quelques arpents de glace» au Canada (lettre à Moncrif, 27 mars 1757) et en Acadie (lettre à Jean-Robert Tronchin, 12 février 1758). A Few Acres of Ice, autrement dit.

 

Voltaire est toujours bien vivant.

Une boîte aux lettres publique

Boîte aux lettres artisanale, Plateau Mont-Royal, photographie de Karène-Isabelle Jean-Baptiste, la Presse+, 17 octobre 2021

Vous cherchez «Trois trucs pour tomber amoureux d’un nouveau quartier» ? Dans la Presse+ du 7 juin 2026, Rose-Aimée Automne T. Morin est là pour vous.

Les deux premiers ne sont pas sans intérêt — «Faire des promenades», «Faire du bénévolat» —, mais c’est surtout le troisième qui a attiré l’attention de l’épistologue qu’est l’Oreille tendue : «Correspondre».

Qu’est-ce à dire ?

Posez une boîte aux lettres devant chez vous.

L’idée vient de trois étudiantes que j’ai interviewées en 2021. Elles avaient mis un coffre en bois sur leur terrain, puis laissé des papiers et des crayons. Rapidement, les gens ont pris la plume. Ils se sont dévoilés, tant dans leurs peurs et leurs secrets que dans leurs recettes de crêpes. Certains se sont même rencontrés, après quelques échanges épistolaires…

L’Oreille se répète : la lettre n’est pas morte; elle a changé de nature et de fonction.

 

Illustration : photographie de Karène-Isabelle Jean-Baptiste, la Presse+, 17 octobre 2021

 

Référence

Melançon, Benoît, «L’annonce de la mort de la lettre est tout à fait exagérée», dans Stéphanie Bernier et Michel Biron (édit.), Une écriture en mouvement. Les correspondances d’écrivains francophones au Canada, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, coll. «Archives des lettres canadiennes», XVIII, 2025, p. 503-517.

Curiosité voltairienne (et sibylline)

Tatouage «écrasez linfame» sur le bras d’un homme

«Le livre Le hijab, leur obsession et nous [de Liza Hammar] ne plaira évidemment pas aux supposés obsédés en question. Aux antiwokes dénonçant d’apparentes dérives identitaires. Aux défenseurs des Lumières voulant “écraser l’infâme”, réservoir de fanatisme, de superstitions et d’illusions manipulatrices.»

Stéphane Baillargeon, «Le foulard qui fait sacrer», le Devoir, 25 mai 2026, p. B8.

 

Voltaire utilisait souvent, dans ses lettres, la formule «Écrasez l’Infâme» (à partir de 1760), parfois ramenée à «Écrlinf» (à partir de 1763). Cet «infâme» désigne notamment l’intolérance des dogmes religieux.

 

Voltaire est toujours bien vivant.