Autopromotion 395

Revue Épistolaire, 44, 2018, couvertureDepuis la nuit des temps, l’Oreille tendue collabore à Épistolaire, la revue de l’Association interdisciplinaire de recherches sur l’épistolaire. De sa chronique, «Le cabinet des curiosités épistolaires», elle a tiré un recueil en 2011, Écrire au pape et au Père Noël.

La 44e livraison d’Épistolaire vient de paraître (2018, 347 p., ISSN : 0993-1929). L’Oreille y parle des écrivains publics. Il y est notamment question de Louis Sébastien Mercier, de Jean Echenoz — on ne se refait pas —, d’une websérie de TV5 et de Jacques Poulin.

Table des matières

Haroche Bouzinac, Geneviève, «Avant-propos», p. 5.

Dossier «Avec ou sans enveloppe»

«La lettre et le secret»

Haroche Bouzinac, Geneviève, «“La moitié du plaisir des lettres…”», p. 9-11.

«Jeux de l’enveloppe»

Le Pluard, Quentin, «L’enveloppe au regard du droit», p. 15-24.

Béranger, Marine, «Fonctions et usages des enveloppes de lettres dans la Mésopotamie des IIIe et IIe mil. avant J.-C. (2340-1595 av. J.-C.)», p. 25-43.

Allorant, Pierre, «Correspondre en temps de guerre, avec ou sans enveloppe. Entre secret et intimité, recto verso», p. 45-58.

Albaret, Laurent, «Carte postale militaire, carte-lettre ou lettre du soldat : évolution d’une pratique sociale dans la Première Guerre mondiale», p. 59-72.

«Virtuosités de l’adresse»

Crinquand, Sylvie, «“Des lettres carrées, de belles lettres ovales”… des lettres quadrillées : matérialité de la lettre chez quelques poètes romantiques anglais», p. 75-84.

Musitelli, Pierre, «Le chiffre comme unique refuge : la correspondance sous surveillance de Pietro et Alessandro Verri», p. 85-96.

Pagès, Alain, «Le message des enveloppes», p. 97-110.

Bohac, Barbara, «Les quatrains-adresses de Mallarmé, images d’une société refondée : du jeu mondain au Jeu essentiel», p. 111-121.

«Variations de la carte postale»

Bautista Naranjo, Esther, «“Mon cœur mis à nu” : les marques de l’intimité dans la correspondance d’écrivain. Le cas de Rubén Darió», p. 125-136.

Trézéguet, Clément, «Colette, des lettres et un certain sens du secret», p. 137-146.

Reverseau, Anne, «Lyrisme de la carte postale : effets d’adresse et diffusion de masse», p. 147-161.

Schwerdtner, Karin, «Entre dire et taire : lettres et cartes postales de Dominique Desanti à Simone de Beauvoir», p. 163-172.

Alarcón, Luis Felipe, «“À qui d’autre qu’à toi.” La philosophie comme lettre d’amour», p. 173-182.

Esmein-Sarrazin, Camille et Bénédicte Obitz-Lumbroso, «L’enveloppe, nouvel objet d’étude ? Conclusion à deux voix», p. 183-187.

«Perspectives»

De Moares, Marcos Antonio, «L’épistolaire au-delà de la littérature : les enjeux et les perspectives de l’interdisciplinarité», p. 191-196.

Cailleba, Patrice, «La longue genèse du Capital de Karl Marx», p. 197-207.

Lumbroso, Olivier, «Les lettres internationales adressées à Émile Zola. L’écriture-monde et l’affaire Dreyfus», p. 209-224.

Anton, Sonia, «La correspondance Jean Dubuffet / Jacques Berne. La question du lieu épistolaire», p. 225-239.

«Chroniques»

Obitz-Lumbroso, Bénédicte, «Entretien avec Martin Belskis. Autour de Dans le square», p. 243-246.

Cousson, Agnès (édit.), «Bibliographie», p. 247-275. Contributions de Déborah Roussel, Luciana Furbetta, Benoît Grévin, Clémence Revest, Anaïs Guittonny, Andrzej Rabsztyn et Benoît Melançon.

Melançon, Benoît, «Le cabinet des curiosités épistolaires», p. 277-279.

«Recherche»

«Comptes rendus», p. 283-340.

Écrire au pape et au Père Noël, 2011, couverture

Autopromotion 390

Karine Cellard et Vincent Lambert (édit.), Espaces critiques, 2018, couvertureUn collectif vient de paraître, auquel l’Oreille tendue a prêté sa plume (au sujet de Gilles Marcotte et de la critique cinématographique). Ci-dessous : référence et table des matières.

Cellard, Karine et Vincent Lambert (édit.), Espaces critiques. Écrire sur la littérature et les autres arts au Québec (1920-1960), Québec, Presses de l’Université Laval, 2018, 394 p. ISBN : 978-2-7637-3816-1.

Cellard, Karine et Vincent Lambert, «Introduction», p. 1-11.

Gill, Louis-Serge, «Écrire sur les lettres au Québec, 1920-1929 : les leçons de Maurice Hébert, Victor Barbeau et Jean-Charles Harvey», p. 15-33.

Huston, Lorne, «L’orthodoxie à l’épreuve du temps : la critique dramatique chez Samuel Morgan-Powell (1913-1953)», p. 35-49.

Guay, Hervé et Marie-Noëlle Lavertu, «Henri Letondal et la querelle des bons et des mauvais amateurs», p. 51-67.

Bouliane, Sandria P., «“Le jazz devant ses juges” : critique du jazz dans la presse montréalaise de l’entre-deux-guerres», p. 69-95.

Bernier, Stéphanie et Pierre Hébert, «La correspondance comme lieu de reconnaissance initiale : Louis Dantin et les écrivaines des années 1930», p. 96-119.

Cellard, Karine, «De l’individu à la personne : la transformation de la subjectivité critique, de la Crise à l’après-guerre», p. 121-149.

Saint-Jacques, Denis, «La critique littéraire au tournant des années 1940. Les œuvres au-devant de la critique», p. 153-164.

Guay, Élyse, «Réception critique de la littérature canadienne-française à l’étranger : Lettres françaises et le réseau transaméricain des revues francophones», p. 165-181.

Giguère, Andrée-Anne, «Les écrivains de La Relève à la rencontre de Georges Bernanos», p. 183-203.

Facal, Cécile, «Robert Élie, critique d’art : ouvrir la voie au réel», p. 205-223.

Dubois, Sophie, «Prisme d’yeux en regard de Refus global : essai de réception comparée», p. 225-237.

Livernois, Jonathan, «Le non-silence autour de trois essais philosophiques d’Hermas Bastien et de Jacques Lavigne (1935-1953)», p. 241-257.

Jubinville, Yves, «Claude Gauvreau, critique dramatique. À la recherche de l’authenticité», p. 259-271.

Warren, Jean-Philippe, «Maurice Blain : la critique comme langage de l’âme», p. 273-290.

Raby, Claudia, «L’humanisme révolté de Jeanne Lapointe», p. 291-310.

Melançon, Benoît, «Gilles Marcotte va aux vues», p. 311-323.

Lambert, Vincent, «La réanimation de l’âme collective : autour de quelques enquêtes du Devoir», p. 325-355.

Popovic, Pierre, «Les prémices de la sociocritique au Québec : Jean-Charles Falardeau et Gilles Marcotte», p. 357-371.

Lacroix, Michel, «Postface. Dérives du sujet : exploration de la parole critique dans les revues, 1930-1960», p. 373-386.

«Bibliographie générale sur la critique», p. 387-394.

Poésie(s) sur glace

Yvon d’Anjou, Quelques arpents de ruines, 2016, couvertureTout le monde sait ça : l’Oreille tendue collectionne les occurrences, surtout québécoises, de l’expression «quelques arpents de». Elles renvoient à un passage du début du vingt-troisième chapitre du conte Candide (1759), de Voltaire, «Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient». Candide discute avec Martin sur le pont d’un navire hollandais : «Vous connaissez l’Angleterre; y est-on aussi fou qu’en France ? — C’est une autre espèce de folie, dit Martin. Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.» (Pour une vidéo explicative, c’est ici. Pour un florilège, .)

L’Oreille s’intéresse aussi à la poésie hockeyistique; on ne l’ignore pas non plus, comme l’attestent ceci et cela, par exemple.

Découvrant le recueil de poèmes Quelques arpents de ruines (2016), signé Yvon d’Anjou, elle est allée le lire pour voir ce qu’il pouvait bien dire de Voltaire.

Sur ce plan, la récolte n’a pas été fructueuse. Le nom de Voltaire n’apparaît pas dans le livre — contrairement à ceux de William Blake (p. 41, p. 123), de Joseph de Maistre (p. 66) et de Sade (p. 72), pour ne parler que du XVIIIe siècle. En matière d’«arpents», Yvon d’Anjou parle, en plus des «ruines» du titre, de «nuits» (p. 31) et de «neige» (p. 96), mais il ne sent pas le besoin de lier cette expression figée à son auteur. Cela va de soi : tout Québécois devrait faire le lien tout seul et spontanément. (L’Oreille tendue a souvent abordé cet automatisme dans des notes de lecture publiées dans les Cahiers Voltaire.)

En revanche, l’amatrice de hockey qu’est l’Oreille est tombée sur trois poèmes évoquant ce sport.

(Les poèmes de Quelques arpents de ruines ne sont pas titrés. Ils sont tous faits de vers libres, centrés sur la page, et vont d’une majuscule à un point. Autrement, ils ne sont pas ponctués.)

Le premier comporte une strophe sur la patinoire et la surfaceuse :

blanc comme une glace
la zamboni lustre son charcutage
dans les aléas de la trajectoire
puis les bandes s’annoncent
affichant du coup cascade de pub
le fruit de ses couleurs de marque (p. 53)

Le troisième se termine sur le nom du plus célèbre joueur de la plus célèbre équipe de hockey, les Canadiens de Montréal, le «tricolore» :

une lettre de Sand datant de cette époque [1839]
le monde après le déluge
fléché disparate tricolore
le monde avant les rockets
le roman du tout autre célèbre grand monde
avant Maurice Richard (p. 115).

Le deuxième est le plus intéressant (façon de parler) des trois. Citons-le au complet :

Tout le monde sait ça
que si Jack Kerouac
avait été élevé
au Québec
il aurait écrit
sur la glace comme un rocket
et qu’après avoir gagné la coupe Stanley
pendant une couple d’années
il aurait été un grand tribun felquiste
aurait fait sauter pas mal de concepts
surtout les clichés
de la poésie religieuse
prise aux arpents la neige du sérac formatif
dans les girouettes de clochers
un peuple sans soleil n’a que la spontanéité
de son triste spasme de givre
accroché au dortoir de la folie (p. 96)

Passons sur le «Tout le monde sait ça» initial; celui-là est abusif. Signalons plutôt l’association entre l’écrivain franco-américain Jack Kerouac et l’ailier droit des Canadiens Maurice «Le Rocket» Richard; ce dernier a remporté huit fois, lui, la coupe Stanley, l’emblème du championnat de la Ligue nationale de hockey. S’il «avait été élevé / au Québec», Kerouac aurait aussi été, écrit le poète, «un grand tribun felquiste», autrement dit un porte-parole du Front de libération du Québec, et il s’en serait pris à «poésie religieuse», aux «girouettes de clochers», aux «clichés» et aux «concepts». Le cadre du poème est nordique : «neige» (comme chez Voltaire), «sérac» («Dans un glacier, Bloc de glace qui se forme, aux ruptures de pente, quand se produisent des crevasses transversales élargies par la fusion», dixit le Petit Robert, édition numérique de 2014), «givre» — ce dernier mot, dans «triste spasme de givre», renvoyant directement au poème «Soir d’hiver» d’Émile Nelligan.

L’amalgame Kerouac-Richard-Voltaire-Nelligan peut étonner.

P.-S.—Maurice Richard a lui aussi été rapproché du FLQ, au moins indirectement, en couverture du magazine Nous, en février 1977, par Hélène Racicot. On y voit Le Rocket revêtu du costume des Patriotes, ce costume faisant partie d’une iconographie revendiquée notamment par les felquistes. L’image est reprise en couverture de l’ouvrage Maurice Richard. Le mythe québécois aux 626 rondelles (2006), de Paul Daoust. (Avis aux intéressés : l’Oreille tendue essaie depuis des années de mettre la main sur ce numéro de Nous, sans succès).

 

Hélène Racicot, couverture du magazine Nous, février 1977

P.-P.-S.—La poésie d’Yvon d’Anjou ? Prévisible : la rue, l’anglais, la musique (jazz, rock), Rimbaud / Verlaine, les États-Unis, l’allitération et le jeu sur les sonorités. Ce n’est pas pour rien que le recueil est dédié à «l’incomparable / Lucien Francœur» et que ledit Francœur en signe la préface.

Références

Anjou, Yvon d’, Quelques arpents de ruines. Poésie, Montréal, Les Éditions de l’Étoile de mer, 2016, 136 p. Préface de Lucien Francœur.

Daoust, Paul, Maurice Richard. Le mythe québécois aux 626 rondelles, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2006, 301 p. Ill.

Les Yeux de Maurice Richard, édition de 2012, couverture

Accouplements 111

Daniel Carr et Denis Diderot, collage

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Bouchard, Olivier, «Le match d’hier revu et colligé #82», Athlétique, 8 avril 2018.

«On ne saura probablement jamais pourquoi Daniel Carr a passé tout ce temps dans la Ligue américaine. Le gars a 30 points à forces égales en 94 matchs d’expérience dans la LNH, ce qui ne ressemble à rien en surface, mais sachant qu’il joue 10, 11 minutes par matchs sur une quatrième ligne, ça revient à, oh, 25 ou 26 points par saison ? J’ai toujours un peu de misère à croire que ce genre de contribution est purement fongible.»

Melançon, Benoît, Diderot épistolier. Contribution à une poétique de la lettre familière au XVIIIe siècle, Montréal, Fides, 1996, viii/501 p. Préface de Roland Mortier.

«Si la lettre peut troubler le destinataire au moment même qu’il la reçoit, cela ne revient pas à dire que son pouvoir disparaît pour autant par la suite : ni consomptible ni fongible, elle reste chargée de sens, on peut y revenir, la relire, la toucher de nouveau, lui donner un nouveau sens — ou le même —, comme texte et comme objet» (p. 209).

Dans la vie, on n’utilise pas assez le mot fongible.