L’oreille tendue de… Clément Laberge

Olympia Yvan-Cournoyer (Drummondville, Québec), 2008

«Rappeler l’importance des faits ne sera pas suffisant. Il va falloir que nous apprenions à éviter les discours inutilement moralisateurs, à sortir de nos zones de confort, à recommencer à se rendre là où on ne nous attend plus, à écouter ceux à qui on avait peut-être cessé de tendre l’oreille. Il va falloir descendre des tribunes, aller faire un tour dans le trafic, prendre le temps de jouer aux cartes, de tricoter, de prendre une bière ou de manger un roteux à l’entrée des arénas.»

Clément Laberge, «Désamorcer le populisme en quatre étapes faciles (ou pas !)», blogue Jeux de mots et d’images, 24 janvier 2017. URL : <https://remolino.qc.ca/2017/01/24/desamorcer-le-populisme-en-quatre-etapes-faciles-ou-pas/>.

Illustration : Olympia Yvan-Cournoyer (Drummondville, Québec), 2008, photographie de CARS975 disponible sur Wikimedia Commons.

Divergences transatlantiques 052

Catherine Lalonde, la Dévoration des fées, 2017, couverture

Il peut se passer toutes sortes de choses sous la table.

Selon le Petit Robert (édition numérique de 2014), se mettre les pieds sous la table signifie se laisser servir.

Pour le site ABC de la langue française, qui passe sous la table est réputé perdre sans marquer un seul point.

Chez Forum ados, on évoque plutôt les caresses buccales.

Aucun de ces sens ne paraît être d’un usage courant au Québec.

En revanche, il y est banal de dire d’une personne, voire d’une personne humaine, qu’elle est passée sous la table pour indiquer qu’elle a loupé un repas, soit parce qu’elle en a été privée, soit parce qu’elle est arrivée trop tard pour y avoir droit.

Exemple, tiré de l’excellent la Dévoration des fées de Catherine Lalonde (2017) : «Arrivent à la course, sinon mangeront froid leur noire avoine et le ragoût de chien d’été. Ou passeront en dessous de la table, c’est ça qui est ça, icitte» (p. 51).

Référence

Lalonde, Catherine, la Dévoration des fées, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 112, 2017, 136 p.

Traduction acéricole du jour

Produit de l’érable à l’effigie de Maurice Richard

Un lecteur non prévenu pourrait légitimement se demander ce qu’est une «gangue symphonique au sirop de poteau» (le Devoir, 25-26 novembre 2017, cahier Le D magazine, p. 6), s’agissant du compte rendu d’un disque d’Aretha Franklin. Qu’est-ce que ce sirop de poteau ?

Au Québec, on produit du sirop d’érable. Sa version édulcorée s’appelle sirop de table : «produit commercial à base de sucre qui rappelle le sirop d’érable», explique le dictionnaire numérique Usito. Ce sirop coulerait d’un poteau qu’on n’en serait pas étonné.

«Gangue symphonique au sirop de poteau» ? Sirupeux, au carré.

L’anglais est une langue facile

Le Mariage de Figaro, 1784, Mlle Olivier dans le rôle de Chérubin, gravure de Coutellier

C’est Figaro qui le dit :

Diable ! C’est une belle langue que l’anglais ! il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam, en Angleterre, on ne manque de rien nulle part. — Voulez-vous tâter d’un bon poulet gras ? entrez dans une taverne, et faites seulement ce geste au garçon. (Il tourne la broche.) God-dam ! on vous apporte un pied de bœuf salé, sans pain. C’est admirable ! Aimez-vous à boire un coup d’excellent bourgogne ou de clairet ? rien que celui-ci. (Il débouche une bouteille.) God-dam ! on vous sert un pot de bière, en bel étain, la mousse aux bords. Quelle satisfaction ! Rencontrez-vous une de ces jolies personnes qui vont trottant menu, les yeux baissés, coudes en arrière, et tortillant un peu des hanches ? mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! God-dam ! elle vous sangle un soufflet de crocheteur : preuve qu’elle entend. Les Anglais, à la vérité, ajoutent par-ci, par-là, quelques autres mots en conversant; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue; et si Monseigneur n’a pas d’autre motif de me laisser en Espagne…

Beaumarchais, la Folle Journée ou le mariage de Figaro (1784), dans Théâtre, texte établi, introduction, chronologie, bibliographie, notices, notes et choix de variantes par Jean-Pierre de Beaumarchais, Paris, Garnier, coll. «Classiques Garnier», 1980, xxxi/475 p., p. 249, acte III, sc. V.

Illustration : le Mariage de Figaro, créée le 27 avril 1784 au Théâtre-Français, mademoiselle Olivier dans le rôle de Chérubin, gravure de Coutellier.

Extrême un jour, extrême toujours

Trampoline extrême (titre de la la Presse+)

Il y a longtemps que l’Oreille tendue a à l’œil le mot extrême (voir ici, par exemple). Il y a même une catégorie à lui réservée (c’est par là).

À l’occasion, l’Oreille se demande si le mot est toujours aussi populaire. C’est généralement à ce genre de moment qu’elle tombe sur des titres comme ceux-ci.

«Perquisition extrême : les policiers récupèrent le cellulaire qu’un détenu avait avalé» (@beaudoinsop, 21 novembre 2017).

«Ceci est la plus longue et la plus extrême rampe de mise à l’eau au monde !» (la Presse+, 30 septembre 2017)

«Un PDG adepte de vélo extrême» (la Presse+, 25 juillet 2017).

«Finances personnelles extrêmes» (la Presse+, 22 avril 2017).

«À cet égard, je salue l’ouverture d’esprit de Denys Arcand qui a accepté de complètement abandonner son œuvre afin qu’elle subisse une transformation extrême. Ce ne sont pas tous les auteurs qui accepteraient cela» (la Presse+, 4 mars 2017).

Cela rassure l’Oreille, en quelque perverse sorte.

«Veggie burger extrêmes», publicité