Archives pour la catégorie Langue de Shakespeare

Les joies du mariage

«On dit quoi à un francophone qui marie une anglo ?»
Yes Mccan, Dead Obies

Il y a de cela quelques décennies, l’Oreille tendue a étudié le latin. Un de ses professeurs aimait dire qu’un père pouvait marier sa fille, mais qu’il ne pouvait pas l’épouser.

Pourquoi cette précision ? Parce qu’au Québec il est courant d’entendre un verbe (marier : «Unir en célébrant le mariage», «Établir (qqn) dans l’état de mariage») pour l’autre (épouser : «Prendre pour époux, épouse; se marier avec»). Le Petit Robert note cet usage : «RÉGIONAL (Nord; Belgique, Canada) Épouser. Il l’a mariée contre l’avis de ses parents. “un jour vous allez vous établir, marier un bon gars avec une bonne terre” (J.-Y. Soucy)» (édition numérique de 2014).

Il est au moins un cas où l’usage régional a du bon. Prenons les phrases suivantes :

A man in a town married twenty women. There have been no divorces or annulments, and everyone in question is still alive and well. The man is not a bigamist, and he has broken no laws. How is this possible ? (tiré du magazine The New Yorker)

Comment les traduire ? L’ambiguïté vient de «married» (marier et épouser). Comment est-il possible de marier vingt femmes sans divorcer, sans voir de mariage annulé, sans créer aucune violence, sans être bigame et sans briser la loi ? Si on est un prêtre, ça ne pose pas de problème.

En effet, les prêtres marient. Qu’on le sache, ils n’épousent pas, du moins dans la religion catholique.

Le zeugme du dimanche matin et de Jonathan Franzen

«And now, as a first-place winner at the science fair, he’d won a three-foot-tall silver-plated Winged Victory and the admiration of his father.»

Jonathan Franzen, The Corrections, Toronto, HarperCollins, 2001, 567 p., p. 35.

P.S.—Ce n’est pas la première fois qu’un zeugme se rencontre dans ce roman.

Félicitations linguistiques

Quand il veut féliciter son interlocuteur, le fils cadet de l’Oreille tendue (11 ans, N’Didji) y va d’un «Props !» bien senti. Synonyme : bravo.

Jusqu’à la semaine dernière — et à ce tweet —, elle ignorait que ce mot était courant en anglais.

Ce qu’on en apprend des choses chez les jeunes.

Le New York n’est pas le Boston

Maurice Richard, Ivan Irwin et Gump Worsley, photo

Les Canadiens de Montréal — c’est du hockey — ont éliminé les Bruins de Boston jeudi soir. Ils affrontent les Rangers de New York à compter d’aujourd’hui, dans une autre étape de la grande danse printanière, celle qui mène vers le championnat de la Ligue nationale de hockey, la coupe Stanley.

La rivalité est ancienne entre Montréal et Boston. Elle a donné lieu à des buts spectaculaires — le 8 avril 1952, le 16 avril 1953 — et elle a eu pour conséquence une émeute.

Cela ne concerne que l’histoire ancienne, celle d’un joueur mythique, Maurice Richard.

Partant du même point d’observation (les années 1940 et 1950), qu’en est-il des relations entre Montréal et New York ? Elles ne sont pas du tout de même importance que celles avec Boston.

Richard a marqué son premier but en carrière contre les Blue Shirts, le 8 novembre 1942, et son dernier, le 20 mars 1960.

La seule autre date à retenir est celle du 17 décembre 1944. Les Rangers avaient décidé d’opposer un goon, Bob «Killer» Dill, à Maurice Richard. Mal lui (et leur) en prit. Dill fut rossé.

Cela donna lieu à nombre de jeux de mots. Dill pickle désignant, en anglais, un cornichon mariné (ou cornichon à l’aneth), des journalistes titrèrent «Dill Pickled» et «The Pickling of Bob Dill».

Cela donna aussi une longue scène (sept minutes) du film Maurice Richard de Charles Binamé en 2005. Richard y envoie trois fois Dill au tapis (sur la glace).

Aura-t-on plus consistant à se mettre sous la dent dans les prochains jours ?

Affiche du film Maurice Richard (2005) de Charles Binamé

Chronique culinarolittéraire du jour

L’Oreille tendue aime écouter des podcasts. Parmi ses préférés, celui du magazine The New Yorker.

La livraison du 17 mars 2014 de New Yorker : Out Loud aborde le succès des séries télévisées aux États-Unis. La critique de télévision du magazine, Emily Nussbaum, y explique qu’elle évite de faire la critique d’une émission d’humour trop rapidement. Pourquoi ?

Pour éviter l’effet «first pancake». La première crêpe est, en effet, souvent ratée ou, simplement, moins réussie que ses consœurs. Il vaut mieux ne pas juger le cuisinier sur elle. Ce serait particulièrement vrai en humour télévisé.

Question : doit-on appliquer pareille magnanimité en critique littéraire ?