Archives pour la catégorie Langue de Shakespeare

Une langue universelle

«près du sofa, Stas trouvera un bout de papier plié en quatre, quelque chose au stylo-feutre rouge, comme un quadrillage, un plan de Moscou, quelques artères, des places et puis des indications, place Rouge, Kremlin, Gorki — et le papier restera dans sa main de longues minutes, puis, pendant de longues années, plié, à l’abri des regards, quelque part entre un guide de voyage de l’Asie et un minuscule dictionnaire d’anglais, comme en ont toujours sur eux les touristes qui ne sont ni anglais ni américains et visitent des pays dont l’anglais n’est pas la langue» (p. 168).

Laurent Mauvignier, Autour du monde, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 371 p. Ill.

Sex-appeal de la tchén’ssâ

L’Oreille tendue tient à féliciter @Fabricemg pour la qualité de sa veille documentaire. Sans lui, elle n’aurait jamais découvert l’existence d’un nouveau mot (lumbersexuality), sa représentation visuelle (voir ici) et sa définition (c’est le double, en quelque sorte, du métrosexuel).

Le même @Fabricemg avait joué un rôle dans la mise en ligne d’une série de «photos souvenirs des membres de l’École de la tchén’ssâ».

Pour cette double contribution, il est fait membre honoraire de l’École de la tchén’ssâ. Il est le premier.

P.S.—L’Oreille en profite pour préciser que le lumbersexual existe en version féminine; voir les sites chickswithchainsaws et Chicks & Chainsaws, et ici même.

Divergences transatlantiques 034

Lu sur des couvertures de livres québécois : Pour faire une histoire courte. Théâtre (1996), Pour faire une longue histoire courte. Entretiens avec Roger Lemelin (2000), Pour faire une histoire courte… Comédie (2008).

Entendu à la radio de France Culture en 2013 : «Je vous la fais brève.»

Le bref des uns est le court des autres, en passant par le short des Anglos (to make a long story short).

Les joies du mariage

«On dit quoi à un francophone qui marie une anglo ?»
Yes Mccan, Dead Obies

Il y a de cela quelques décennies, l’Oreille tendue a étudié le latin. Un de ses professeurs aimait dire qu’un père pouvait marier sa fille, mais qu’il ne pouvait pas l’épouser.

Pourquoi cette précision ? Parce qu’au Québec il est courant d’entendre un verbe (marier : «Unir en célébrant le mariage», «Établir (qqn) dans l’état de mariage») pour l’autre (épouser : «Prendre pour époux, épouse; se marier avec»). Le Petit Robert note cet usage : «RÉGIONAL (Nord; Belgique, Canada) Épouser. Il l’a mariée contre l’avis de ses parents. “un jour vous allez vous établir, marier un bon gars avec une bonne terre” (J.-Y. Soucy)» (édition numérique de 2014).

Il est au moins un cas où l’usage régional a du bon. Prenons les phrases suivantes :

A man in a town married twenty women. There have been no divorces or annulments, and everyone in question is still alive and well. The man is not a bigamist, and he has broken no laws. How is this possible ? (tiré du magazine The New Yorker)

Comment les traduire ? L’ambiguïté vient de «married» (marier et épouser). Comment est-il possible de marier vingt femmes sans divorcer, sans voir de mariage annulé, sans créer aucune violence, sans être bigame et sans briser la loi ? Si on est un prêtre, ça ne pose pas de problème.

En effet, les prêtres marient. Qu’on le sache, ils n’épousent pas, du moins dans la religion catholique.

Le zeugme du dimanche matin et de Jonathan Franzen

«And now, as a first-place winner at the science fair, he’d won a three-foot-tall silver-plated Winged Victory and the admiration of his father.»

Jonathan Franzen, The Corrections, Toronto, HarperCollins, 2001, 567 p., p. 35.

P.S.—Ce n’est pas la première fois qu’un zeugme se rencontre dans ce roman.