Humeur du moment ?

Philippe Girard, la Grande Noirceur, 2014, p. 61Le Petit Robert (édition numérique de 2014) connaît le sens «régional (Canada)» de marabout : «De mauvaise humeur, désagréable. => boudeur, bougon, irritable.»

Les exemples ne manquent pas, qui confirment la définition du Robert.

Chez Bernard Arcand : «Les faits donnent incontestablement raison aux marabouts et à tous ceux qui se lamentent» (p. 21).

Chez Éric Dupont : «Ce dernier, un homme autrement assez doux, ne frappait pas par conviction, mais parce que sa femme l’avait, par ses hurlements, tiré d’un sommeil profond dont il était sorti marabout, impatient et irrité» (p. 151-152).

Chez David Goudreault : «Reynald était marabout. La journée allait être longue» (p. 112).

Chez Érika Soucy : «Ah, y va pas pire… Hier, y’était un peu marabout là, mais…» (p. 130).

 

Illustration tirée de la Grande Noirceur, de Philippe Girard (p. 61).

 

Références

Arcand, Bernard, Abolissons l’hiver ! Livre (très) pratique, Montréal, Boréal, 1999, 112 p.

Dupont, Éric, la Fiancée américaine, Montréal, Marchand de feuilles, 2015 (2012), 877 p.

Girard, Philippe, la Grande Noirceur, Mécanique générale, 2014, 87 p.

Goudreault, David, la Bête à sa mère, Montréal, Stanké, 2015, 231 p.

Soucy, Erika, les Murailles, Montréal, VLB éditeur, 2016, 150 p.

Bien peu

«Pas tant», la Presse+, 22 novembre 2018

Entendu un soir à la maison, dans la bouche d’une vingtenaire : «Mathieu Bock-Côté, je l’aime pas tant.»

Lu l’autre jour, chez Mahigan Lepage : «Je n’aime pas tant l’app Photos d’iOS, mais elle a au moins l’avantage de donner un aperçu visuel des photos.»

Découvert chez Christine Beaulieu dans J’aime Hydro :

«Aussi, je me disais : le dossier de l’électricité ? Oui, je me sentais concernée par ça, j’ai une facture, ça me préoccupait… Mais est-ce que ça me mobilisait tant que ça ?

Pas tant» (p. 37).

Bref, la formule euphémisante pas tant n’est pas rare dans le Québec contemporain.

Synonymes : guère, (bien) peu, (vraiment) pas.

Antonyme : correct.

Historique : la réduction de pas tant que ça à pas tant n’est pas récente, le Petit Robert (édition numérique de 2014) en donnant une occurrence chez les Goncourt («Je te croyais bête, Pluvinel, mais pas tant, vrai !»).

Référence

Beaulieu, Christine, J’aime Hydro, Montréal, Atelier 10, coll. «Pièces», 13, 2017, 253 p. Illustrations de Mathilde Corbeil.

Dur dur

René Bolduc, Sincèrement vôtre, 2018, couvertureCeci, chez René Bolduc, en 2018 : «Pas comme l’un de vos caniches serviles, non, mais comme un chien errant, sans laisse, qui en arrache un peu, mais qui est libre» (Sincèrement vôtre, p. 38).

Et chez Nicolas Dickner, en 2009 : «Une conversation butinante, sans but précis : il y a longtemps qu’on t’avait vu, le bar est tranquille, moyenne chaleur, non ?, paraît que les agriculteurs en arrachent» (Tarmac, p. 237).

En arracher, au Québec : avoir du mal.

Références

Bolduc, René, Sincèrement vôtre. Petite introduction épistolaire aux philosophes, Montréal, Poètes de brousse, coll. «Essai libre», 2018, 232 p. Préface de Normand Baillargeon.

Dickner, Nicolas, Tarmac, Québec, Alto, 2009, 271 p. Ill.

Les zeugmes du dimanche matin et d’Érik Vigneault

Érik Vigneault, Tout savoir sur Juliette, 2018, couverture

«Le Marchand d’art prit une pause, une gorgée et le temps de vérifier l’effet de son entrée en matière sur son auditoire» (p. 63).

«après que ses parents eurent disparu mystérieusement sans laisser d’adresse ni de trace» (p. 64).

«Quelqu’un dit : Pourquoi avez-vous quitté Mariá et Barcelone ?» (p. 97)

«Nous roulions doucement; ni Georges ni moi n’étions pressés, nous avons roulé en silence et en connivence […]» (p. 113).

«Le jour même un mercredi vinrent le cueillir chez lui sept individus arborant l’uniforme, l’air et le ton compassés de représentants de la loi tour ce qu’il y a d’ordinaire […]» (p. 158).

Érik Vigneault, Tout savoir sur Juliette. Roman, Montréal, Le Cheval d’août, 2018, 177 p.