Accouplements 162

Jules Verne, le Pays des fourrures, éd. de 2020, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

C’était dans la Presse+ de dimanche : «Une opération de sauvetage s’est déroulée samedi après-midi, sur la rivière des Prairies, pour venir en aide à trois pêcheurs et un chien demeurés coincés sur une plaque de glace à la dérive.»

Tard, la veille, l’Oreille tendue terminait sa lecture (émerveillée) du roman le Pays des fourrures (1872-1873), de Jules Verne. Passage des dernières pages, quand vingt adultes et un enfant dérivent sur un bloc de glace : «À l’extrémité du glaçon, l’ours formait comme une grosse boule de neige blanche qui ne remuait pas» (éd. de 2020, p. 531).

Chien, ours polaire : à chacun son animal de compagnie.

 

Référence

Verne, Jules, le Pays des fourrures. Le Canada de Jules Verne — I, Paris, Classiques Garnier, coll. «Bibliothèque du XIXe siècle», 77, 2020, 549 p. Ill. Édition critique par Guillaume Pinson et Maxime Prévost.

Dessert du jour

Jules Verne, le Pays des fourrures, éd. de 1873, couverture

«Sur la table s’élevait un pudding pyramidal, que Mrs. Joliffe avait confectionné de sa main; c’était un énorme cône tronqué, composé de farine, de graisse de renne et de bœuf musqué, auquel manquaient peut-être les œufs, le lait, le citron recommandés par les traités de cuisine, mais qui rachetait ce défaut par ses proportions gigantesques. Mrs. Joliffe ne cessait de le débiter en tranches, et cependant l’énorme masse résistait toujours. […] Aux sandwiches succédaient les tranches de l’inépuisable pudding !»

Jules Verne, le Pays des fourrures. Le Canada de Jules Verne — I, édition critique par Guillaume Pinson et Maxime Prévost, Paris, Classiques Garnier, coll. «Bibliothèque du XIXe siècle», 77, 2020 (1872-1873), 549 p., p. 56.

NFS

Marie-France Bazzo, Nous méritons mieux, 2020, couverture

Comment dire, au Québec, dans le registre familier, d’une chose qu’elle se termine abruptement ? «Net frette sec», rappelle à juste titre Marie-France Bazzo dans Nous méritons mieux (2020, p. 7). C’est net, c’est (à) froid («frette»), c’est sec : ça peut même faire mal.

Pierre DesRuisseaux préfère la graphie «Net fret sec», toujours sans ponctuation : «Faire qqch. d’un coup sec, sans détour» (Trésor des expressions populaires, 2015, p. 213).

Léandre Bergeron propose «Net, fret, sec», avec virgules (Dictionnaire de la langue québécoise, 1980, p. 235).

Vous ferez bien comme vous voudrez.

 

Références

Bazzo, Marie-France, Nous méritons mieux. Repenser les médias au Québec, Montréal, Boréal, 2020, 213 p.

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

DesRuisseaux, Pierre, Trésor des expressions populaires. Petit dictionnaire de la langue imagée dans la littérature et les écrits québécois, Montréal, Fides, coll. «Biblio • Fides», 2015 (nouvelle édition revue et augmentée), 380 p.

Autoportrait au pardessus

Antoine Brea, l’Instruction, 2021, couverture

«Dans les panneaux transparents et les verrières étincelantes, je surprenais partout la silhouette du même homme discret en costume neutre, au pardessus sans teinte porté sur le bras pour ne pas transpirer, du même homme jeune plutôt bien de sa personne mais à l’allure rébarbative, avec des mouvements lents, précis d’homme fatigué, d’homme fatigué mais attentif. Un homme dont l’œil était las, dont tout le corps était engourdi, et pourtant le fait d’avoir passé une sale nuit cette fois n’y était pour rien, ni la douceur tout estivale de cet après-midi de fin novembre, c’était plutôt comme si moi, Favre Patrice, qui étais cet homme que je croisais et que j’avisais en étranger, comme si je me laissais aller, que je mollissais après avoir suivi trop nerveusement un but presque touché du doigt.»

Antoine Brea, l’Instruction. Roman, Montréal, Le Quartanier, série «QR», 154, 2021, 310 p., p. 271-272.

Accouplements 161

André Brochu et Gilles Marcotte, la Littérature et le reste, 1980, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Brochu, André et Gilles Marcotte, la Littérature et le reste. Livre de lettres, Montréal, Quinze, coll. «Prose exacte», 1980, 185 p.

Au terme de la deuxième lettre, Gilles Marcotte envoie André Brochu «au monticule» : «Je n’ai pas frappé toutes les balles que vous m’avez expédiées durant cette première manche : vos courbes, vos glissantes, vos balles-papillons, vos “spit-balls”. Je me suis contenté, comme disent les experts, de “garder le marbre”. Mais la partie n’est pas finie…» (p. 29) Réponse de Brochu : «J’ai, pour le baseball, un mépris égal à celui de votre Maurice Parenteau. […] Dites-moi, le monticule, est-ce le lieu d’où on lance ou celui où l’on frappe ? Il serait bon que je sache, histoire d’ajuster mes métaphores» (p. 30). Diagnostic final : «Quel jeu compliqué, le baseball !» (p. 39)

Bélanger, David et Michel Biron, Sortir du bocal. Dialogue sur le roman québécois, Montréal, Boréal, coll. «Liberté grande», 2021, 227 p.

Première lettre de Michel Biron, à David Bélanger, le 1er mai 2020 : «Il me semble t’avoir déjà cité l’exemple de l’échange épistolaire entre les critiques Gilles Marcotte et André Brochu, paru en livre sous le titre La Littérature et le Reste. C’était une autre époque, bien sûr : le courrier électronique n’existait pas, les Canadiens gagnaient Coupe Stanley après Coupe Stanley, les Expos de Montréal n’étaient pas très bons, mais ils étaient beaux à voir» (p. 9-10).

P.-S.—Les Expos, c’était l’équipe de baseball de Montréal. Ce ne l’est plus.