À lire jusqu’à la fin

Église St. Michael, Montréal

Carnet d’un promeneur dans Montréal (2020), de Dinu Bumbaru, est un beau livre, plein d’informations et de découvertes.

Formé en architecture et en conservation, Bumbaru défend le patrimoine montréalais depuis plusieurs années, notamment à Héritage Montréal. Il se déplace à pied et en autobus (p. 13, p. 75, p. 93) et, de ses promenades, il a rapporté des milliers de dessins; il en donne près de 200 à voir dans ce livre, qu’il accompagne de courts textes.

Sans élever le ton, il suit l’évolution de l’occupation de l’espace montréalais. Il ne semble guère enthousiaste devant le nouveau Centre hospitalier de l’Université de Montréal (p. 18, p. 61, p. 69), mais il apprécie l’édifice des Hautes études commerciales (p. 133). Il a ses lieux de prédilection : Outremont, l’avenue du Parc, le boulevard Saint-Laurent. Par touches brèves, il fait renaître des lieux disparus (p. 24, p. 79, p. 171), il s’inquiète de l’avenir (p. 52, p. 102, p. 188), il critique (p. 77, p. 85, p. 120, p. 126, p. 165, p. 198), il rappelle l’histoire de l’architecture de la ville (noms propres, dates, événements). Il saisit aussi bien le modeste alignement de balcons à Outremont (p. 111) que la place de l’oratoire Saint-Joseph dans le paysage monumental (p. 191-193). Et, surtout, ces choses vues (Victor Hugo est en épigraphe) donnent le goût de découvrir certains sites ou de retourner voir avec de nouveaux yeux des lieux connus.

Ce promeneur est sensible au concret et, donc, aux bagels. Sans aller jusqu’à comparer les new-yorkais aux montréalais, il évoque les «bageleries» où on les cuisine (p. 75) et une église qui les honorerait. Qui ne lirait pas l’ensemble du livre pourrait s’interroger sur l’existence de l’«église St. Michael of the Bagels», dans le Mile End (p. 117). On apprend plus tard qu’il s’agit «de l’église St. Michael dite “of the Bagels”» (p. 140). Ce «dite» change considérablement la perspective religieuse.

Voilà une autre bonne raison de lire Dinu Bumbaru jusqu’à la fin.

 

Illustration disponible sur Wikimedia commons

 

Référence

Bumbaru, Dinu, Carnet d’un promeneur dans Montréal, Montréal, La Presse, 2020, 198 p. Ill.

Accouplements 153

Dinu Bumbaru, Carnet d’un promeneur dans Montréal, 2020, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

On ne le reconnaît pas volontiers dans tous les cercles éclairés, mais l’Oreille tendue n’est plus de la première jeunesse.

Le seul commerce qu’elle a fréquenté religieusement pendant les derniers mois est la Société des alcools du Québec. Elle la désigne souvent en parlant de la Régie (des alcools), voire de Commission des liqueurs. Cette régie et cette commission sont les ancêtres de l’actuelle société. C’est dire l’âge canonique de l’Oreille.

Elle se réjouit donc de voir qu’elle n’est pas tout à fait seule : Luc Jodoin et Dinu Bumbaru lui ont fait plaisir récemment.

Jodoin, Luc, «Je suis un covidanxieux de la lecture», entrée de blogue, BiblioBabil, 1er juillet 2020.

Pour ceux qui ne le savent pas, il est maintenant possible de réserver un document dans les bibliothèques de Montréal et d’aller le cueillir sur place. Bon, ça fait un peu bunker, genre Commission des liqueurs, on ne peut pas voir les produits.

Bumbaru, Dinu, Carnet d’un promeneur dans Montréal, Montréal, La Presse, 2020, 198 p. Ill.

Le pont Jacques-Cartier «encadre l’ancienne prison de Montréal, ouverte en 1836 et lieu de mémoire des Patriotes, qui logea successivement, de 1921 à 2017, la Commission des Liqueurs de Québec, la Régie des alcools du Québec, puis la Société des alcools du Québec» (p. 25).

Merci.

L’oreille tendue de… Tucker Coe

Tucker Coe, le Sang des innocents, 1968, couverture

«Je restai debout, près du poste de télévision, les yeux fixés sur la porte du salon, l’oreille tendue pour entendre, malgré la musique du du film, le son des voix dans l’entrée.»

Tucker Coe, le Sang des innocents, traduction de J. Hérisson, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 1235, 1968, 250 p., p. 55.

Tucker Coe et l’État policier en 1972

Tucker Coe, le Poster menteur, éd. de 1986, couverture

«Ils ne le touchèrent pas, eux non plus. Plantés de part et d’autre du cadavre, ils le contemplèrent un moment; on aurait dit l’illustration de quelque rêve paranoïaque d’un état policier : deux flics brutaux dominant leur victime prostrée.»

Tucker Coe, le Poster menteur, traduction de R. Fitzgerald, Paris, Gallimard, coll. «Carré noir», 573, 1986 (1972), 246 p., p. 24.

On n’arrête pas le progrès

Tucker Coe, le Poster menteur, éd. de 1986, couverture

«— Et du duplicateur du bureau du rez-de-chaussée.

Je me souvenais de cet appareil; Phil Crane l’avait utilisé l’autre soir. C’était un truc assez encombrant, de la taille d’un grand téléviseur, posé sur une table de travail, près de sa porte. On plaçait le document à copier côté face sur une lame de verre et on le recouvrait d’une plaque de caoutchouc. On pressait un bouton, la machine cliquetait un moment, puis une copie sortait d’une ouverture située au bas de l’appareil. Ma première nuit au musée, j’avais été intrigué par cet engin et j’avais tiré une copie d’un morceau de journal que j’avais trouvé dans la corbeille à papiers. La copie obtenue était tirée sur un papier beaucoup plus fort et avec des blancs et des noirs beaucoup plus contrastés que le journal.

— Les copies exécutées avec cet appareil ne tromperaient personne, observai-je.»

Tucker Coe, le Poster menteur, traduction de R. Fitzgerald, Paris, Gallimard, coll. «Carré noir», 573, 1986 (1972), 246 p., p. 79.