C(h)(r)isti(e)

Dans son excellente série «Passé simple», @machinaecrire évoquait hier ces

petits malins [qui] s’inventent des versions édulcorées des sacres. Il s’agit de tordre une syllabe pour mettre un gros mot à la diète. Ainsi sont-ils persuadés de leurrer les adultes lorsqu’ils lancent : bateau, câline, câlique, caltore, crime, cibole, hostic, sacrifice, tabarnane, tabarouette, taboire et le classique christie, qui est à la fois la fusion de christ et hostie, mais aussi une marque de biscuits bien connue à l’époque.

«Christie» ? Patrick Lagacé, de la Presse+, n’est pas du même avis :

Mais tout pour désespérer de l’humanité : cristi, tu me suggères de me pendre, bonhomme, pour vrai, tu vires sur le top parce que j’ai écrit que mourir à 69 ans, subitement, est une belle mort ?

Cristi est aussi la graphie retenue par Léandre Bergeron en 1980, qui définit le mot ainsi : «Forme adoucie de CRISSE !» (p. 159; majuscules certifiées d’origine). Francis Desharnais et Pierre Bouchard ajoutent une lettre : cristie (2013, p. 102).

Albert Chartier, dans la bande dessinée Onésime en juin 1983 (éd. de 2011, p. 229), préfère «Christi».

Albert Chartrier, «Onésime», juin 1983, détail

L’origine de l’expression n’est pas plus claire. @revi_redac se posait la question en 2014 :

L’Oreille tendue pencherait vers l’euphémisme plus que vers la fusion christ + hostie, mais elle n’en mettrait pas son oreille au feu.

Tout ça, il est vrai, se discute.

Références

Bergeron, Léandre, Dictionnaire de la langue québécoise, Montréal, VLB éditeur, 1980, 574 p.

Chartier, Albert, Onésime. Les meilleures pages, Montréal, Les 400 coups, 2011, 262 p. Publié sous la direction de Michel Viau. Préface de Rosaire Fontaine.

Desharnais, Francis et Pierre Bouchard, Motel Galactic. 3. Comme dans le temps, Montréal, Éditions Pow Pow, 2013, 107 p.

Accouplements 116

«Sous les pavés, la plage», illustration de Noelbabar, domaine public(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

C’est le mois et l’année qui veulent ça : on commémore Mai 1968.

Déjà, le 13 novembre 2017, Claro évoquait sur son blogue «l’âge des pavés» pour rendre compte d’un livre d’Yves Pagès, Tiens, ils ont repeint ! 50 ans d’aphorismes urbains de 1968 à nos jours (Paris, La Découverte, 2017, 300 p.).

Ces jours-ci, dans le périodique suisse la Couleur des jours, l’ami Michel Porret fait paraître «Les pavés sur la gueule» (numéro 27, été 2018). Il y fait l’histoire, exemples à l’appui, de cet «âge des pavés». Ça commence avec les Romains, ça passe par Paris il y a cinquante ans — «Le pavé résume l’insurrection du Quartier latin» — et ça va jusqu’à aujourd’hui — «les révoltes logiques suivent d’autres voies, dont celle immatérielle des réseaux sociaux via le pavé numérique de l’ordinateur». C’est magnifique.

Illustration de Noelbabar, domaine public, disponible sur Wikimedia Commons

Le zeugme du dimanche matin et de Michel Tremblay

Michel Tremblay, les Vues animées, éd. de 2016, couverture«Pendant une grande partie de mon adolescence le cinéma Princess, aujourd’hui le Parisien, mettait à l’affiche chaque semaine deux films d’horreur ou de science-fiction à petit budget que je dégustais avec un plaisir sans bornes, un sac de chips Maple Leaf et un gros Coke.»

Michel Tremblay, les Vues animées. Récits, Montréal, Leméac, coll. «Nomades», 2016 (1990), 229 p., p. 153.

Chronique alimentaire

Michel Tremblay, les Vues animées, éd. de 2016, couvertureSoit la phrase suivante, tirée des Vues animées de Michel Tremblay (1990) :

«Si mon frère n’a pas mangé une volée, il a au moins mangé un paquet de bêtises» (éd. de 2016, p. 148).

Explication libre :

Si mon frère n’a pas reçu de raclée, il s’est au moins fait engueuler.

À votre service.

Référence

Tremblay, Michel, les Vues animées. Récits, Montréal, Leméac, coll. «Nomades», 2016 (1990), 229 p.