Le zeugme du dimanche matin et de Corinne Larochelle

Corinne Larochelle, Pour cœurs appauvris, 2019, couverture

«C’est un voyage de merde et je plonge comme il faut dans le caca. J’ai au mieux une heure de sommeil dans le corps pour affronter l’Upper East Side, sans parler de l’adversaire qui occupe le lit de l’hôtel et mon espace mental.»

Corinne Larochelle, Pour cœurs appauvris. Fictions, Montréal, Le Cheval d’août, 2019, 126 p., p. 101.

Accouplements 138

Portrait de Robert B. Parker et de Michael Connelly

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

L’Oreille tendue a passé des centaines d’heures à lire les romans policiers de Robert B. Parker et de Michael Connelly. Pourquoi ? C’est qu’elle aime savoir.

Parker, Robert B., Chasing the Bear. A Young Spenser Novel, New York, Philomel Books. Penguin Young Readers Group, 2009. Édition numérique (Kindle).

«“Better to know than not know,” Susan said» (chapitre 5).

Connelly, Michael, Dark Sacred Night, New York et Boston, New York et Boston, 2019 (2018), 473 p. Ill.

«And it’s better knowing than not knowing, Mike» (p. 357).

Accouplements 137

thirtysomething, distribution

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

De 1987 à 1991, le réseau états-unien ABC a diffusé la série thirtysomething. Dans le 13e épisode de la première saison, «Separation» (26 janvier 1988), le couple Elliot Weston (Timothy Busfield) et Nancy Krieger Weston (Patricia Wettig) éclate. Comment se répartir les livres ? Elliot et Nancy n’arrivant pas à s’entendre, le premier prend un livre, le déchire en deux et en remet la moitié à la seconde.

Lisant Pour cœurs appauvris, le recueil de fictions de Corinne Larochelle (2019), l’Oreille tendue tombe sur cette phrase : «Demain, il jettera ma brosse à dents, ma crème pour le visage. Le livre que je lui ai donné, il le revendra. Puis il textera une fille entrevue dans un bar en lui faisant croire qu’il veut l’aimer» (p. 112).

Détruire, revendre : rompre.

 

Illustration : Wikipédia

 

Référence

Larochelle, Corinne, Pour cœurs appauvris. Fictions, Montréal, Le Cheval d’août, 2019, 126 p.

Divergences transatlantiques 056

Élisabeth Benoit, Suzanne Travolta, 2019, couverture

Suzanne Travolta, l’intrigant roman d’Élisabeth Benoit paru en 2019, se déroule à Montréal. Plusieurs lieux y sont clairement évoqués : «notre chère rue Waverly» (p. 22); «Mike et moi partagions un bureau au premier étage du bâtiment principal, boulevard René-Lévesque (Mike disait Dorchester)» (p. 49); «Il fallait être montréalais comme l’était Ray pour aimer ainsi de toute son âme la laideur du boulevard Saint-Laurent, qui était une des plus belles choses que Ray ait vues de sa vie» (p. 153). Les expressions québécoises y sont nombreuses, par exemple «être dans le champ» ou «virer sur le top». On y entend de l’anglais.

Le lecteur n’est donc pas étonné de voir désigner des chaussures de sport par l’expression running shoes. Le site Français de nos régions a bien mis en lumière, cartes à l’appui, la concurrence, en Amérique du Nord, de ce mot avec espadrilles, sneaks / sneakers, shoe-claques voire baskets.

En revanche, l’Oreille tendue n’a pas souvenir d’avoir jamais entendu le mot au féminin : «infectes running shoes roses» (p. 91), «une de ses running shoes roses» (p. 142), «sa running shoe» (p. 143). Or le Petit Robert (édition numérique de 2019) va dans le même sens qu’Élisabeth Benoit : «N. f. Chaussure de sport pour la course à pied.»

Deux communautés séparées par une langue commune, la France et le Québec ?

P.-S.—Pendant que nous y sommes : l’endroit où l’on mange est un diner (sans accent) plutôt qu’un dîner (avec) (p. 173).

 

Référence

Benoit, Elisabeth, Suzanne Travolta, Paris, P.O.L, 2019, 251 p.

Autopromotion 441

Microphone bleu de Qub radio

Aujourd’hui, vers 13 h 30, l’Oreille tendue sera à l’émission Là-haut sur la colline d’Antoine Robitaille, sur Qub radio, pour parler de langue et de politique. Au menu : les Français et les anglicismes; les mots de l’immigration; une bande dessinée sur la langue.

 

[Complément]

On peut (ré)entendre l’entretien ici.

 

La vidéo évoquée en ondes :

 

Quelques liens :

Arbour, Louise, «Immigrants illégaux, un terme à proscrire», le Devoir, 14 août 2017.

Boutet, Josiane, le Pouvoir des mots. Nouvelle édition, Paris, La Dispute, 2016, 256 p.

«Défense de la langue française : 100 signatures pour refuser la dictature du tout-anglais», le Parisien, 16 juin 2019.

James, La sémantique c’est élastique, Paris, Delcourt, coll. «Pataquès», 2019, 109 p.

James, La sémantique c’est élastique, 2019, couverture