L’oreille tendue de… Andrée A. Michaud

Andrée A. Michaud, Bondrée, 2014, couverture«Il suffisait de tendre l’oreille pour entendre les gens chuchoter que c’était la folie qui avait agi ainsi, la folie engendrée par la guerre, et la haine après elle, la haine et la colère, l’orgueil, une insondable vanité.»

Andrée A. Michaud, Bondrée, Montréal, Québec Amérique, 2014, 296 p. Format numérique.

L’oreille tendue de… James Renner

James Renner, Addict, 2017, couverture«Quand Sherlock Holmes avait besoin de renseignements, il demandait à une armée d’enfants des rues de tendre l’oreille. Les Irréguliers de Baker Street, il les appelait. Il savait que ces gamins étaient capables de couvrir plus de terrain que n’importe quel homme seul. J’en suis venu à considérer ces limiers d’Internet comme mes propres Irréguliers.»

James Renner, Addict. «Mon obsession pour l’affaire Maura Murray», Paris, Sonatine éditions, 2017, 317 p. Traduction de Caroline Nicolas. Format mumérique.

L’oreille tendue de… Yves Berger

Yves Berger, la Pierre et le saguaro, 1990, couverture«Désormais devenue l’Amérique de tout le monde, New York, banalisée, est la ville-terminus où s’accomplissent, puis se racornissent, les rêves courts de l’Européen (pareille misère affecte, avec San Francisco, l’Asiate, presque toujours japonais). Alors, aujourd’hui plus que jamais, go West, go South, chasseur de grandes merveilles (cette phrase est née en moi du souvenir de l’expression “chasseur de grands fauves” — et il faut bien admettre que la merveille, en Amérique, s’offre avec plus d’éclat, plus de force, voire d’imprévu, dans une surprise qui pour avoir été de longtemps attendue et observée n’en est pas moins absolue, à celui qui l’approche cœur battant et, circonspect, s’essaie à la sentir, le corps immobilisé et l’oreille tendue, s’en éloigne, s’en rapproche, la contourne, l’évente peut-être et, tout à coup, du canon double de son regard, tire) ! Chasseur de grandes merveilles — la merveille est qu’elles sont toujours en l’air ou, à terre, debout. Vivantes de l’éternité qui les parcourt, comme d’un sang.»

Yves Berger, la Pierre et le saguaro, Paris, Grasset, 1990, 149 p., p. 11-12.

L’oreille tendue de… Raposo

Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, 2017, couverture«Raposo, qui contient difficilement un éclat de rire — et depuis déjà quelques minutes —, imagine madame Barbou dans le couloir, châle sur les épaules, en train de tendre l’oreille, guettant le résultat de l’entretien» (p. 361).

«Pendant un long moment, Raposo reste immobile, sur le qui-vive, encore penché sur un paquet de livres. Il tend l’oreille. On n’entend rien d’autre que la voix de la rivière et le frouement soudain d’un oiseau» (p. 480).

Raposo «se tasse pourtant davantage sur lui-même, jusqu’à ce que les feuilles mouillées d’une fougère lui frôlent le visage. Il respire profondément, puis retient son souffle, tend l’oreille aux bruits pour situer l’endroit exact où se tiendra l’adversaire quand il se découvrira» (p. 485).

Arturo Pérez-Reverte, Deux hommes de bien, traduction de Gabriel Iaculli, Paris, Seuil, 2017, 501 p.

L’oreille tendue de… Gustave Desnoiresterres

Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812

«Il n’y avait pas que des violents, que des paysans du Danube, dans ce Paris. Il y avait, et nous le savons, des dominateurs par l’esprit, et chaque salon subissait l’influence plus ou moins absolue de l’un de ces causeurs armés jusqu’aux dents, autour desquels on se pressait, l’oreille tendue, prêts à applaudir aux moindres choses qui sortaient de leurs lèvres : un Rivarol, un Chamfort, un Rulhières.»

Gustave Desnoiresterres, la Comédie satirique au XVIIIe siècle, Paris, Librairie académique Didier, Émile Perrin, libraire-éditeur, 1885, 458 p., p. 141.

Illustration : Anicet Charles Gabriel Lemonnier, «Première lecture, chez Madame Geoffrin, de L’Orphelin de la Chine, tragédie de Voltaire, en 1755», 1812.