L’oreille tendue de… Arnaldur Indridason

Arnaldur Indridason, le Lagon noir, 2016, couverture«Désormais accoutumé à la pénombre. Il avança dans la pièce qu’il supposait être la salle à manger et qui donnait sur le jardin, à ce qu’il avait vu lors de sa dernière visite. Il appela à nouveau Rasmus en haussant la voix, puis resta un long moment immobile, tendant l’oreille, mais il n’obtint en guise de réponse qu’un profond silence.»

Arnaldur Indridason, le Lagon noir, traduction d’Éric Boury, Paris, Métailié, coll. «Métailié noir. Bibliothèque nordique», 2016 (2014), 317 p., p. 301.

L’oreille tendue de… Gilles Marcotte

Gilles Marcotte, Une mission difficile, 1997, couverture«Ébahi par cette musique qui donnait une suite inattendue à ses manifestations de chagrin, le directeur en oubliait de pleurer. Les Dayaks s’arrêtèrent aussi, et tendirent l’oreille. Ils en voulaient plus.»

Gilles Marcotte, Une mission difficile, Montréal, Boréal, 1997, 101 p., p. 81.

L’oreille tendue de… Grégoire Courtois

Grégoire Courtois, les Lois du ciel, 2016, couverture«Quelque part, très loin, Yasmine et Emma sanglotaient aussi, et Nathan, et Océane et Louis, et dans cette obscure forêt, dans ce petit périmètre qui devait représenter le centième de l’étendue globale de cette zone boisée, où qu’on tende l’oreille, c’était une symphonie de “maman !” éplorés qui s’était élevée au-dessus de la cime des arbres, qu’ils aient été formulés véritablement ou pensés si fort qu’ils avaient résonné dans le cœur de sève des grands feuillus et des larges conifères, les cris des enfants qui appelaient leur maman avaient envahi tout l’espace, et faisaient tout trembler, ébranlaient jusqu’à la plus obtuse des consciences, bouleversaient quiconque en percevait la vibration, c’est-à-dire personne d’autre que vous, lecteur, qui en avez le privilège et la malédiction, de saisir en entier l’image odieuse d’une forêt, plongée dans la noirceur d’une nuit anodine, et de laquelle s’élèvent les appels au secours de ces enfants livrés à eux-mêmes, de ces enfants qui meurent, ou qui vont mourir, et pour le salut desquels vous ne pouvez rien. Voilà votre lot, et voilà le leur, des rôles tragiques qu’il conviendra à chacun de tenir du mieux qu’il pourra, jusqu’à la dernière page.»

Grégoire Courtois, les Lois du ciel, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 99, 2016, 195 p., p. 90-91.

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 15 mars 2017.