Publicité politique

Depuis quelques jours, on se gausse beaucoup au Québec — et à juste titre — d’une chanson politique lancée récemment par le Parti libéral du Canada. (Elle sera remplacée par une autre, a annoncé le PLC devant le tollé.)

On a surtout interprété le choix de cette (mauvaise) chanson sur le plan politique.

On pourrait aussi l’aborder en élargissant le débat à la langue de la publicité. (Pour le PLC, il s’agissait évidemment d’une entreprise publicitaire.)

La télévision nous offre ces jours-ci, dans une pub pour Auto hebdo, un «C’que t’as besoin» digne de Robert Bourassa.

Le fournisseur xplornet, le spécialiste en «Internet haute vitesse | En région», a longtemps diffusé une publicité sur les ondes du Réseau des sports (RDS) contenant une grosse faute de langue («où que vous demeurez» au lieu de «où que vous demeuriez»).

Pendant des mois, en 2013-2014, Bell Canada a fait dire à un personnage d’un de ses messages «Ça leur dérange pas […] ?».

Pourquoi s’étonner, dès lors, qu’un parti politique se comporte comme les publicitaires ? Il ne fait que véhiculer le même mépris.

Ce mépris n’est pas le fruit du hasard : on ne fait pas une publicité télévisée tout seul; on s’y met toujours nécessairement à plusieurs. Faire chanter un texte largement incompréhensible ou faire dire «C’que t’as besoin», «où que vous demeurez» et «Ça leur dérange pas […] ?» est un choix collectif assumé.

P.-S.—En effet, ce n’est pas la première fois que l’Oreille tendue râle à ce sujet.

Chantons avec Justin

À la lecture du tweet d’@OursMathieu, l’Oreille tendue a d’abord cru à une blague. Cette chanson de campagne du Parti libéral du Canada, c’était inventé, n’est-ce pas ? Non : c’est la vérité vraie. Il s’agit de la «chanson officielle» de la campagne du parti de Justin Trudeau, l’actuel premier ministre du Canada.

 

Essayons d’abord de noter les paroles interprétées par le groupe The Strumbellas.

On lève une main haute
Pour demain
On lève une main haute
Aux étoiles
On peut être l’avenir aujourd’hui
Si tu restes avec moi
On lève une main haute
On en arrive
On lève une main haute
Pour [?]
On peut être l’avenir aujourd’hui
Non rien ne m’arrêtera
Ah ah

Comment dire…

Cela vient de l’anglais, «raise your hand» devenant «on lève une main haute», ce qui n’a guère de sens en français.

Le deuxième vers — qu’on pardonne cet excès lexical à l’Oreille — semble être «Pour demain», mais on pourrait tout aussi bien entendre «Pour tout main». Le problème de prononciation est encore plus grave quatre vers avant la fin. Que dit-on ?

Par le tutoiement («Si tu restes avec moi»), on veut probablement faire plus direct qu’avec le vouvoiement, voire toucher «les jeunes».

Sur le plan temporel, cela risque d’être compliqué : comment «être l’avenir aujourd’hui» ?

Certaines passages sont incompréhensibles : «On en arrive» — à quoi ? Aux «étoiles» ?

Décidément, Justin Trudeau et le français, ça ne va toujours pas.

P.-S.—Consolons-nous : ça ne dure que 34 secondes.

P.-P.-S.—Profitons de l’occasion pour évoquer de nouveau le rap de Gilles de Duceppe en 2011.

Ta tête est mon vélo

Bixi est le système de vélos en libre-service de Montréal.

Une de ses publicités pourrait étonner le non-autochtone :

«Casse-toi pas le bicycle. Abonne-toi», publicité pour le Bixi, 2019

Qu’est-ce que ce «bicycle» qu’il ne faudrait pas «se casser» ?

Au cours d’une de nos aventures d’octobre 2018, nous avons vu que le mot «bicycle» fait partie d’une chaîne de synonymes qui renvoient tous au vélo. Ce n’est pas tout à fait de celui-là qu’on parle, même si l’association d’idées est évidemment voulue.

Au Québec, pour des raisons obscures, le «bicycle» peut aussi désigner la tête.

Bref, ne vous en faites pas, ne vous cassez pas la tête. Bixi est là pour vous.