Archives pour la catégorie Télévision

Accouplements 13

Maurice Richard en première page de Photo journal (21-28 octobre 2014)

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux textes d’horizons éloignés.)

Paul Gérin-Lajoie occupe les médias ces jours-ci. Celui qui, au début des années 1960, a convaincu les membres du gouvernement libéral de Jean Lesage de créer un ministère de l’Éducation du Québec et de lui confier ce ministère était à la télévision vendredi dernier (série «Grands reportages personnalités» de RDI) et en première page du Devoir hier, pile-poil pour son 95e anniversaire. Dans les deux cas, il rappelait la lutte qu’il a dû mener pour que le gouvernement du Québec devienne maître d’œuvre de ses politiques en éducation.

La loi qui créait le ministère de l’Éducation et le Conseil supérieur de l’éducation était la loi 100 (on disait le bill 100). Elle a donné lieu à des masses d’écrits, dont le livre Un bill 60 du tonnerre (1964).

Sous la signature d’Éloi de Grandmont, Louis-Martin Tard et Normand Hudon, ce petit livre engagé en faveur de la création du ministère est un collage de citations et d’illustrations. (À la fin du livre, on peut lire une entrevue de Gérin-Lajoie.)

On y trouve notamment un court texte attribué au hockeyeur Maurice Richard, dans lequel il dit regretter de ne pas avoir fréquenté suffisamment l’école, cela à côté d’une manchette de journal reprenant le même propos (Photo journal, 21-28 octobre 1964). Normand Hudon oblige, il y a aussi une caricature du Rocket (et sa signature).

Normand Hudon, dans Un bill 60 du tonnerre, 1964

Paul Gérin-Lajoie et Maurice Richard, même combat. Cela peut étonner.

Référence

Grandmont, Éloi de, Louis-Martin Tard et Normand Hudon, Un bill 60 du tonnerre, Montréal, Leméac, 1964, [128 p.] Ill.

Heureuse découverte sur Twitter

L’Insoutenable Gravité de l’être (ou ne pas être), 2015, couverture

«Tempus fugit, tabarnac.»

Twitter sert à toutes sortes de choses : ne pas regarder #TLMEP (quoi que soit TLMEP), partager ses commentaires sur le sport, découvrir des textes et des auteurs.

Parmi les découvertes de l’Oreille tendue, il y a d’abord eu les tweets de @machinaecrire, puis le petit recueil qu’il a tiré de ses tweets de 2010 à 2014, l’Insoutenable Gravité de l’être (ou ne pas être).

«Pseudonyme : Se faire un nom», peut-on y lire (p. 52). Ici, il y en a trois. Derrière @machinaecrire et son alter ego @nanopoesie se dessine Nicolas Guay, informaticien de son état. On ne s’étonnera donc pas de le voir multiplier les allusions à l’informatique dans ses textes : «“Je fais de l’informatique dans le nuage”, dit-il. Elle sourcilla et répondit : “Moi je suis travailleuse sociale. Dans la vraie vie”» (p. 73).

@machinaecrire et @nanopoesie sont particulièrement doués pour les définitions («Petit dictionnaire imaginaire», p. 49-53). Un exemple (de saison) ? «Intégrisme : Avertissement de foi intense» (p. 50). Un autre (numérique) ? «Dictature : Système d’exploitation» (p. 50). Ils aiment prouver l’absurde par l’absurde : «Plus rien ne sera comme avant mais plus ça change, plus c’est pareil» (p. 13) ou «Le franglais, c’est full overrated» (p. 98), au moins autant que débusquer le paradoxe : «l’air bête de l’employée du comptoir de courtoisie» (p. 68) ou «en mode veille, l’ordinateur dort» (p. 92).

Ils connaissent leurs classiques. La mièvrerie du Petit Prince, ce n’est (heureusement) pas pour eux (p. 31-32). En revanche, ils s’amusent de (avec) Sartre, Jarry, Hergé, Mary Shelley, Shakespeare, Gainsbourg, Homère, Rimbaud, Defoe (ou Tournier), Baudelaire.

Quelques-uns des textes rassemblés, plutôt que de seulement jouer sur les mots, jouent aussi sur les sonorités : «Elle rit créole. Il rit collant» (p. 28). Pour comprendre «Le poète paranoïaque s’imagine que les odes sont contre lui» (p. 56), il faut, de plus, connaître l’anglais (the odds are against him).

@nanopoesie — son pseudonyme le dit — fait dans la poésie condensée. Ses courts poèmes ne sont toutefois pas que des pirouettes stylistiques. On y lit aussi des propos critiques :

La poésie fait dire
Qu’elle n’aime pas les poèmes
Qui ont pour thème
La poésie (p. 85).

Bref, suivez @machinaecrire et @nanopoesie, lisez-les.

P.S.—Et il y a le blogue.

Référence

Guay, Nicolas, l’Insoutenable Gravité de l’être (ou ne pas être), 2015 (deuxième édition), 100 p.

Filmer la lettre

En 2011, l’Oreille tendue faisait paraître Écrire au pape et au père Noël. Ce Cabinet de curiosités épistolaires rassemblait des chroniques parues dans diverses publications de l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire (AIRE) depuis 1996.

Des textes intercalaires permettaient d’évoquer d’autres œuvres que celles plus longuement commentées dans les chroniques. Il y était notamment question de films utilisant des lettres : le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, The Shop around the Corner, Harry Potter and the Philosopher’s Stone, You’ve Got Mail, A Letter of Introduction, le Corbeau, The Notebook, Casablanca.

Il y en a bien d’autres — comment oublier la série des Wallace et Gromit ? —, comme le révèle ce beau montage préparé par la chaîne Arte sous le titre «La lettre au cinéma».

 

 

Référence

Melançon, Benoît, Écrire au pape et au Père Noël. Cabinet de curiosités épistolaires, Montréal, Del Busso éditeur, 2011, 165 p.

 

Quatre choses inutiles sur Saku Koivu

Saku Koivu a récemment pris sa retraite. L’ancien joueur des Canadiens de Montréal — c’est du hockey — sera honoré ce soir au Centre Bell.

Qu’en est-il de sa représentation dans la culture populaire québécoise ?

Dans la série les Boys (cinéma, télévision), le fils de Mario, le personnage joué par Patrick Labbé, se prénomme Saku. (Si la mémoire de l’Oreille tendue n’est pas trop défaillante, la mère de Saku l’oblige à suivre des cours de… danse.)

On entend le nom du joueur du centre dans deux chansons d’Annakin Slayd datant de 2009 (il s’agit en fait de la même chanson, en français et en anglais), «La 25ième» et «25 (Feels Like ‘93)». Dans les deux cas, on a inséré un extrait d’une description de match par Pierre Houde :

Koivu, Koivu qui est arrêté par Rozsival… la rondelle revient à Andrei Kostitsyn… et le BUUUUT ! Kovalev ! Qui d’autre ? Montréal qui compte.

Venu de Finlande, Koivu a rapidement maîtrisés les éléments récurrents de la mystique hockeyistique montréalaise. Dave Stubbs, dans un article du quotidien The Gazette paru en 2011, se souvient par exemple d’une discussion qu’il a eue avec lui cinq ans plus tôt :

During a long talk in an empty dressing room early in the fall of 2006, Koivu pointed to the coal-black pupils staring down from the facing wall. No matter where he sat, he said, the eyes of the Rocket found him.

Koivu savait mesurer le pouvoir des yeux de Maurice Richard, même en photo au mur du vestiaire, même six ans après la mort de l’ancien capitaine de son équipe.

Le nom de Koivu, enfin, apparaît dans le roman pour la jeunesse les Canadiens de l’enfer de Yanik Comeau (2012).

Vous connaissez autre chose ?

Références

Comeau, Yanik, les Canadiens de l’enfer, Ville-Marie, Z’ailées, coll. «Zone frousse», 19, 2012, 111 p.

Stubbs, Dave, «Emotional Return for Captain K», The Gazette, 22 janvier 2011.