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Compter les sacres

En septembre 2013, Influence Communication, «le plus important courtier en nouvelles au Canada», publiait son «Analyse de l’utilisation des jurons dans les médias québécois» (PDF ici).

L’étude portait sur la période allant du 1er septembre 2012 au 31 août 2013 et couvrait la radio, la télévision et les journaux.

Citations choisies

1. «Au cours des deux dernières années, la radio et la télévision québécoises nous ont servi 71 275 jurons. En moyenne, nos médias diffusent 98 jurons par jour ou quatre à l’heure» (p. 4).

2. «Nous avons remarqué une corrélation entre l’utilisation des jurons et le poids médias des nouvelles suivantes : la loi sur le placement syndical, les révélations sur la corruption/collusion, les problèmes de circulation. En fait, plus nos médias accordent de l’attention à ces thèmes et plus nous relevons de jurons.

Si nous qualifions la radio de média spontané, il en est de même dans l’utilisation des jurons. En effet, 79 % des “sacres” sont diffusés à la radio. Or, celle-ci ne génère en moyenne que 66 % de l’ensemble du contenu des médias électroniques au Québec (radio et télévision). La radio est donc surreprésentée à ce chapitre considérant son poids relatif» (p. 4).

3. «Avec un poids médias frôlant le 25 %, “maudit/maudite” est l’expression la plus largement utilisée dans l’ensemble des médias (radio et télévision) chaque année. À titre d’exemple, lors de la dernière année, sur 12 000 “maudit” recensés au Québec, 1 163 ont été publiés dans les journaux, 1 925 prononcés à la télé et plus de 9 167 entendus à la radio.

Au second rang, on pourrait parler de spécificités médiatiques. “Tabarouette” est le juron radiophonique par excellence dans 19 % des cas. À l’inverse, la télévision privilégie l’interjection “merde” dans 17 % des situations» (p. 5).

Le 5 juin 2013, sur les ondes de Radio-Canada, l’Oreille tendue sacrait, et beaucoup. Cela a peut-être gonflé artificiellement la place de tabarnak dans les chiffres d’Influence Communication. (Selon les statistiques des pages 11-12, parmi «Les jurons les plus populaires», «Tabarnacle» arrive au 19e rang, «Tabarnak» au 25e, «Tabernacle» au 36e et «Tabernak» au 46e.)

Lettre à Pierre Houde

Cher Pierre Houde,

Au fil des ans, j’ai pris plaisir à vous entendre décrire les matchs de hockey à la télévision.

En suivant la Coupe du monde 2014 dans le poste, j’ai eu plusieurs réactions. Je vous en indique deux.

La première est que vous me manquez, notamment quand j’entends les présentateurs des matchs à Radio-Canada (Michel Chabot, René Pothier) affubler les joueurs de noms anglophones même s’ils ne sont pas anglo-saxons. Ils se surpassent dans les matchs de l’équipe des Pays-Bas, où plusieurs joueurs — Van Persie, Sneijder — semblent être devenus citoyens américains. Vous savez, vous, qu’il ne faut pas céder à «L’effet Derome», jadis décrié par André Belleau.

La seconde réaction qui me vient en écoutant les matchs de football (de soccer) à la télévision est que la langue du foot pourrait, à l’occasion, permettre à la langue de puck de se renouveler. Des exemples ?

Effacer un joueur, c’est mieux que simplement le déjouer, non ?

Percuter un adversaire a au moins autant de punch que de le mettre en échec.

Un joueur part en échappée ? C’est qu’on a ouvert un boulevard à ce joueur lancé.

Il y a des feintes sur la glace. Pourquoi ne pas les décrire, comme sur la pelouse, en parlant de petit pont et de grand pont ?

Le devant du filet, oui. Sa façade, aussi.

Le centre de la glace, oui. L’axe, également.

Votre collègue Martin McGuire a déjà adopté dribbler, mais pas vous. Vous préférez transporter le disque, contrôler la rondelle, voire tricoter. (Je n’ai rien contre.)

Partir en contre, c’est bien l’équivalent, en moins guerrier, de la contre-attaque ?

On souhaite que tous les tirs au but soient cadrés.

(Soyez rassuré : je ne souhaite pas que les joueurs des Canadiens se mettent à faire des bicyclettes ni que leurs partisans deviennent des hooligans. Les gardiens ne devraient pas boxer la rondelle, non plus.)

Ce ne sont là qu’une douzaine d’exemples, mais il me semble que cela donnerait de la variété à la description télévisuelle hockeyistique.

Au plaisir de continuer à vous entendre,

L’Oreille tendue

P.S.—Vous me permettrez un (minuscule) reproche avant de terminer ? Non, «tentativement» n’existe pas en français. Sorry.

Rêvons un peu

Nissan publie une publicité en couleurs, sur deux pages, dans la Presse. Cette publicité contient une grosse faute de langue. Le fabricant automobile publie une nouvelle publicité, corrigée, quelques jours plus tard.

Bell Canada diffuse une publicité télévisée. Cette publicité contient une grosse faute de langue. Le géant des télécommunications diffuse une nouvelle publicité, corrigée, plusieurs mois plus tard.

Le fournisseur xplornet, le spécialiste en «Internet haute vitesse | En région», fait sa publicité sur les ondes du Réseau des sports (RDS) par les temps qui courent. Cette publicité contient une grosse faute de langue («où que vous demeurez» au lieu de «où que vous demeuriez»). Y aura-t-il une nouvelle publicité, corrigée ? On peut toujours rêver.

P.S.—Mais non : l’Oreille tendue n’est pas en train de rouler les mécaniques. Qu’est-ce que c’est que cette insinuation !

Non, pas du tout

L’autre jour, sur Twitter, l’Oreille tendue énumérait les traits du «lexique indispensable du Montréalais de 11 ans (du moins dans NDG)» :

Sérieux ?
Avoue
Super de + adjectif.
Shit !

Une publicité télévisée qui tourne actuellement a rappelé à l’Oreille une expression à ajouter à cette liste : tu me niaises (! / ?).

(Un restaurateur chinois a tout fait pour attirer la clientèle et il est découragé par l’offre imbattable d’un concurrent. Il explique cela à sa femme en chinois, qui lui répond dans la même langue. En sous-titre : «Tu me niaises !»)

L’expression marque l’incrédulité. Synonyme : tu te fous de ma gueule.

On la prononce d’au moins trois façons. Exclamative : Tu me niaises ! Interrogative : Tu me niaises ? Détachée : Tu me ni ai ses.

Les (non-)mots du hockey

Palet (au lieu de rondelle)

Rédigeant d’abord son «Dictionnaire des séries», puis son Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014), l’Oreille tendue s’est appliquée à recenser et à définir les mots les plus courants du hockey. Qu’en est-il des mots peu courants ?

Il y a, parmi eux, les mots retenus dans une culture et pas dans une autre. Pas de palet au Québec, mais la rondelle, le disque, le caoutchouc, l’objet, la noire, la puck. Pas plus de gouret, de crosse ou de canne, mais le bâton ou le hockey.

Les médias québécois engagent des joueurnalistes, tandis que les hexagonaux préfèrent des consultants.

Sauf Martin McGuire, les descripteurs de matchs de hockey n’utilisent pas dribbler pour désigner le fait, pour un joueur, d’être en mouvement et de manier la rondelle. Ils emploient plutôt transporter le disque ou tricoter.

En séries éliminatoires, quand on joue des quatre de sept, il est rarissime qu’on dise du match décisif que c’est la belle. Exceptions : l’ami Jean Dion (le Devoir, 13 mai 2014, p. B6) ou tel joli titre, bien euphonique, du Devoir («La belle au Centre Bell», 14 mai 2014).

L’équipe qui gagne la coupe Stanley gagne… la coupe Stanley. Il est peu fréquent, de ce côté-ci de la patinoire, de parler de championnat.

Au football — au soccer —, quand deux villes voisines s’affrontent, il y a derby. Personne ne dit cela quand Montréal rencontre Ottawa.

C’est comme ça.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014), couverture