Zeugmes de Noël

François Hébert, Toute l’œuvre incomplète, 2010, couverture«Pons ne touche plus à la poutine de Claire,
Ne joue plus au papa, au prof ni au hockey, à rien.»

François Hébert, Toute l’œuvre incomplète, Montréal, l’Hexagone, coll. «Écritures», 2010, 154 p., p. 29.

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«Bon Débarras, du trad d’Amérique et d’errance.»

Yves Bernard, le Devoir, 13 octobre 2010, p. B8.

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«La situation ne pouvait pas demeurer aussi mauvaise et aussi longtemps dans les villes de Montréal et de Québec.»

Claude Galarneau, «L’école, gardienne de la langue», dans Michel Plourde et Pierre Georgeault (édit.), le Français au Québec. 400 ans d’histoire et de vie, Montréal, Fides et Conseil supérieur de la langue française, 2008 (nouvelle édition), p. 148-152, p. 150.

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«De [?] la ville d’où j’arrive, Marrakech, on trouve de tout à pleins souks : des serpents en bois ou en vie, des djellabas, des bracelets, des babouches et écharpes soyeuses.»

Odile Tremblay, «Noël ici et là», le Devoir, 18-19 décembre 2010, p. E2.

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Voilà qui s’appelle mettre tous ses zeugmes dans le même panier.

Citation de saison

Jean Echenoz, Des éclairs, 2010, couverture

«La rue, ce soir-là : encadrés de salutistes en uniforme et de pères Noël de tous formats qui agitent des cloches, des orphéons maltraitent des hymnes déjà tristes, des chorales entonnent des cantiques absurdes au coin des avenues enguirlandées d’horreurs polychromes, sillonnées d’attelages à grelots, leurs trottoirs débordant d’une foule nerveuse et chapeautée, joues violacées et présents emballés sous tous les bras. Gregor doit se frayer un chemin nerveux parmi les hommes prématurément saouls, les femmes tançant de frénétiques marmailles, les landaus, les charrettes à bras et les fauteuils roulants.»

Jean Echenoz, Des éclairs, Paris, Éditions de Minuit, 2010, 174 p., p. 132.

Préjugé ordinaire

Le 16 décembre, dans le cadre de l’émission radiophonique Désautels de la Première chaîne de Radio-Canada, Michel Labrecque interviewait Gabriel Bran-Lopez de Fusion jeunesse, un organisme qui lutte contre le décrochage scolaire (ce fléau).

Fusion jeunesse recrute des étudiants pour des stages rémunérés dans des écoles secondaires du Québec. Interrogation de l’animateur : y a-t-il des volontaires ? Après tout, «un étudiant universitaire, des fois, déjà sa coupe est pleine, surtout s’il est en science, ou dans les domaines où il y a beaucoup d’étude à faire».

Information utile : à l’université, même les étudiants en lettres, en sciences humaines et en sciences sociales travaillent, autant que les autres. Ils ne passent pas leur temps, coiffés d’un béret, à réinventer le monde en fumant des Gitanes et en buvant du mauvais vin.

Tutoiement d’outre-tombe

Quand on leur parle de tables tournantes, les sceptiques soulèvent nombre de questions.

Ils s’interrogent sur le matériel utilisé. Telle table est-elle inhabituellement inclinée ? Peut-on découvrir quelque chose qui n’est pas à sa place autour de telle autre, ce qui expliquerait qu’elle bouge ?

Ces sceptiques ne manquent pas non plus de signaler que l’attitude psychologique des participants aux séances de spiritisme joue un rôle dans ce qu’ils croient voir ou entendre.

S’agissant d’une nouvelle série à la télévision québécoise, le quotidien le Devoir, dans son édition du 4 décembre (p. E4), indique une autre question à se poser : comment s’adresse-t-on aux fantômes qui parlent par l’intermédiaire des tables ? Il semble en effet que, dans la série Rencontres paranormales de Chantal Lacroix, on s’adresse aux esprits à la deuxième personne du singulier.

Voilà une typtologie bien de chez nous.

P.-S. — Titre de l’article ? «Esotérisme expérimental. TVA glorifie l’infâme avec Rencontres paranormales. Au secours, Voltaire !»

Subtil distinguo

Soit la phrase suivante : «Arrêtez de […] dire [aux garçons] qu’ils sont moins bons que les filles, et donnez-leur une bine affectueuse de ma part si vous en voyez un passer» (la Presse, 13 décembre 2010, p. A5).

Qu’est-ce que cette bine ?

Il ne s’agit pas de la fève des fèves au lard, ou beans, d’où bines. Pourquoi donnerait-on à qui que ce soit une fève, fût-elle aux lards, «affectueuse» ? (On sert les fèves au lard, comme il se doit, dans une binerie, même si ce n’est pas la seule chose qu’on y sert.)

Il ne s’agit pas non plus de l’abus d’alcool, celui qui rend rond comme une bine, même s’il est vrai que ledit abus peut rendre affectueux. (Ici, la bine est synonyme de Polonais.)

Il ne s’agit toujours pas de la bine qui marine dans son jus. Qui a les yeux dans la graisse de bines ne les a pas en face des trous. Cela peut être causé par la consommation d’alcool, mais pas seulement.

Il ne s’agit enfin pas du visage : cette bine-là est fille de binette.

La bine dont parle le journal est plutôt un coup de poing donné avec le majeur replié et placé en éperon, souvent sur l’épaule. Elle peut faire très mal, sauf, bien sûr, si elle est «affectueuse».

On ne confondra pas ces variétés de bines.

N.B.—On voit aussi binne(s).

 

[Complément du 17 septembre 2014]

Le Petit Robert (édition numérique de 2014) connaît les verbes débiner («Décrier, dénigrer») et se débiner («Se sauver, s’enfuir, partir»; quitter, diraient certains). Il ne connaît cependant pas être débiné. Son sens ? Ne pas bien aller, être triste, pâtir, avoir le moral dans les talons. (Merci à @bibliomancienne pour le rappel à l’ordre.)