Couches de produit laitier

 

Avant ce tweet de @Gdeleur, l’Oreille tendue ne s’était jamais interrogée sur l’expression (en) beurrer épais. Depuis, elle l’a fait.

Le dictionnaire numérique Usito donne la définition suivante de ce québécisme : «(expression) En beurrer épais ou (emploi intr.) beurrer épais : exagérer, en faire trop. / Surenchérir.»

Exemples récents : «C’est pas parce qu’il y a été qu’il a pas le droit d’en beurrer épais» (Esprit de corps, p. 274); «C’pas comme du fake, d’la frime / C’pas comme des pipes à créatine / J’en beurre rarement trop épais / Ne mousse jamais les faits / J’extrapole pas je relate / Pas d’extra pas d’glutamate / Me livre à vous à livre ouvert» («Sans extra», J’ai bu, p. 112).

À votre service.

P.-S.—Ne pas confondre avec la phrase «N’en beurre pas, épais».

 

Références

Québec Redneck Bluegrass Project, J’ai bu, Spectacles Bonzaï et Québec Redneck Bluegrass Project, 2020, 239 p. Ill. Avec un cédérom audio.

Vaillancourt, Jean-François, Esprit de corps. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 149, 2020, 302 p.

Trente-huitième article d’un dictionnaire personnel de rhétorique

Québec Redneck Bluegrass Project, J’ai bu, 2020, couverture

Hyperbole

Définition

«Augmenter ou diminuer excessivement la vérité des choses pour qu’elle produise plus d’impression» (Gradus, éd. de 1980, p. 237).

Exemple

«J’ai autant d’tracas que l’Bangladesh» («Sevrage», J’ai bu, p. 106).

Note explicative : «Le Bangladesh est directement affecté par les changements climatiques : typhons de plus en plus fréquents, niveau de la mer qui monte, villages engloutis par les eaux, etc. C’est la réalité à laquelle est confronté un nombre croissant de Bangladais. Dans ce pays, l’un des plus densément peuplés au monde, ces phénomènes alimentent la pauvreté chronique et des flux migratoires importants qui infligent une pression énorme sur des infrastructures déjà inadéquates. De comparer les tracas du Pad [le chanteur de Québec Redneck Bluegrass Project] à ceux du Bangladesh est une hyperbole qui a pour but de servir la comparaison. Les tracas du Pad sont en fait très insignifiants lorsqu’on les compare avec ceux de ce pays» (p. 107).

Merci de la précision.

 

Références

Dupriez, Bernard, Gradus. Les procédés littéraires (Dictionnaire), Paris, Union générale d’éditions, coll. «10/18», 1370, 1980, 541 p.

Québec Redneck Bluegrass Project, J’ai bu, Spectacles Bonzaï et Québec Redneck Bluegrass Project, 2020, 239 p. Ill. Avec un cédérom audio.

Épique Richard

Williiam S. Messier, Épique, 2010, couverture

«Bof, on déboulonne pas un mythe en quelques jours.
Ça prend du temps.»

Découvrant que Jacques Prud’homme, le personnage plus grand que nature du roman Épique (2010), de William S. Messier, avait «du vrai feu dans les yeux» (p. 56), l’Oreille tendue s’est dit qu’il y avait du Maurice «Rocket» Richard là-dessous.

Comme de fait, dans ce roman sur une légende de Brome-Missisquois, le mythe par excellence du hockey québécois fait trois apparitions, dont une indirecte.

La première se trouve dans un beau passage olfactif.

Le truck de Jacques sentait la vieille paire de gants de travail : c’est une odeur qui ne pourra jamais me déplaire. Elle parle de job, de muscle et de terre. Elle émane des vêtements de Jacques, comme de ceux de mon père, du père de Valvoline et d’une bonne quantité de bonshommes qui venaient me voir quand je travaillais au Rona et de collègues qui travaillaient chez McStetson Canada Inc. Je suis convaincu que des hommes outrevirils et jobbeurs comme Babe Ruth, Maurice Richard, Woodry Guthrie, Marlon Brando, Bruce Springsteen, Roy Dupuis, Tom Selleck et Jos Montferrand sentent ou sentaient régulièrement comme l’intérieur du truck de Jacques (p. 64).

À côté de ceux de sportifs (Ruth), de chanteurs (Guthrie, Springsteen), de comédiens (Brando, Dupuis, Selleck) et d’un homme fort, lui-même légendaire (Montferrand), le nom de Richard n’étonne pas. (Ledit Roy Dupuis a d’ailleurs joué trois fois le rôle du Rocket.)

Quand il lit «Prud’homme récolte la première, la deuxième et la troisième étoiles» (p. 189), tout lecteur féru d’anecdotes sportives pense à la soirée du 23 mars 1944. Ayant marqué les cinq buts de son équipe dans une victoire de 5 à 1, Maurice Richard a reçu, ce soir-là, les trois étoiles du match.

Dans la dernière occurrence, Jacques Prud’homme parle du moteur de son camion : «Avant que ça pète, il va te pousser une corne dans le front, des ailes dans le dos, une queue dans le cul et tu vas vouloir qu’on t’appelle Maurice Richard» (p. 62).

Cette allusion est pas mal plus inattendue que les deux autres.

 

Référence

Messier, William S., Épique. Roman, Montréal, Marchand de feuilles, 2010, 273 p.