Le zeugme du dimanche matin, de Poe et de Baudelaire

Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires, éd. de 1965, couverture

«At Paris, just after dark one gusty evening in the autumn of 18–, I was enjoying the twofold luxury of meditation and a meerschaum, in company with my friend, C. Auguste Dupin, in his little back library, or book-closet, au troisième, No. 33 Rue Dunôt, Faubourg St. Germain

Edgar Allan Poe, «The Purloined Letter» (1844), dans The Collected Tales and Poems of Edgar Allan Poe, New York, Modern Library, 1992, p. 208.

 

Traduction de Baudelaire : «J’étais à Paris en 18… Après une sombre et orageuse soirée d’automne, je jouissais de la double volupté de la méditation et d’une pipe d’écume de mer, en compagnie de mon ami Dupin, dans sa petite bibliothèque ou cabinet d’étude, rue Dunot, no 33, au troisième, faubourg Saint-Germain.»

Edgar Allan Poe, «La lettre volée», dans Histoires extraordinaires, traduction de Charles Baudelaire, chronologie et introduction par Roger Asselineau, Paris, Garnier-Flammarion, coll. «GF», 39, 1965, 306 p., p. 89-108, p. 89.

Figures de dirigeants

En 2004, l’Oreille tendue coproposait la définition suivante du mot capitaine dans le Dictionnaire québécois instantané :

Archaïsme. À l’époque des tavernes, appellatif de garçon : Capitaine ! Encore deux Torrieuse. Le client du capitaine est souvent le boss* : Les v’là, boss (p. 34).

Cette définition appelle deux remarques. D’une part, capitaine peut avoir une assez large extension hors brassin. D’autre part, l’association capitaine / boss peut aussi accueillir le chef.

Deux exemples le démontreront.

Le premier provient du poème «C’est vrai» de Patrice Desbiens :

Hé capitaine
t’aurais pas un
trente-sous ?
Merci chef
j’avais
pas mal
soif
[…]
C’est vrai qu’y
fait beau
pas vrai,
boss ? (éd. de 2010, p. 99-100)

Le second se trouve dans un des essais radiophoniques de Serge Bouchard, «Le supérieur immédiat» :

Je me suis toujours interrogé sur ces vendeurs qui s’adressent aux clients à grands coups de «que puis-je faire pour vous, chef ?» et de «c’est beau comme ça, capitaine ?». Le faux clin d’œil est malaisant, il exprime une solidarité de «mononcle», une familiarité de mauvais aloi (p. 199).

Dont acte.

 

Références

Bouchard, Serge, Un café avec Marie, Montréal, Boréal, coll. «Papiers collés», 2021, 270 p.

Desbiens, Patrice, Poèmes anglais suivi de la Pays de personne suivi de la Fissure de la fiction, Sudbury, Prise de parole, coll. «Bibliothèque canadienne-française», 2010 (1988, 1995 et 1997), 223 p. Préface de Jean Marc Larivière.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, 2004 (deuxième édition, revue, corrigée et full upgradée), 234 p. Illustrations de Philippe Beha. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2019, 234 p.

Benoît Melançon, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, 2019, couverture

Nouveau trouble de l’Oreille

Une université offre une formation : «Depuis le début de la pandémie, les défis sont de taille pour les personnes professeures, professeurs et maîtres de langue. Les changements reliés à vos tâches, tels qu’enseigner en mode virtuel et soutenir vos étudiants à distance, sont nombreux et constituent une source de stress pour plusieurs.»

L’Oreille tendue a un peu de mal à s’y retrouver.

Les «professeures, professeurs et maîtres de langue», ce sont bien des êtres humains ? Pourquoi alors leur adjoindre «personnes» ? Ça va de soi, non ?

S’il y a des «maîtres de langue», pourquoi n’y a-t-il pas des «maîtresses» ?

S’il y a des «étudiants», pourquoi n’y a-t-il pas des «étudiantes», voire des «personnes étudiantes, étudiants» ?

Tant de questions, si peu d’heures.