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Anne Caumartin, Julien Goyette, Karine Hébert et Martine-Emmanuelle Lapointe (édit.), Je me souviens, j’imagine. Essais historiques et littéraires sur la culture québécoise, 2021, couverture

Les Presses de l’Université de Montréal publient, sous la direction d’Anne Caumartin, Julien Goyette, Karine Hébert et Martine-Emmanuelle Lapointe, un ouvrage collectif intitulé Je me souviens, j’imagine. Essais historiques et littéraires sur la culture québécoise. Dédié «À la mémoire de Laurent Mailhot (1931-2021)», il est disponible en plusieurs formats et en libre accès.

L’Oreille tendue y publie un texte, «Le Forum de Montréal».

Quatrième de couverture

L’originalité de cet ouvrage est de tenter de mettre en perspective une part des mythes, des emblèmes et des lieux communs de l’imaginaire collectif québécois tout en misant sur les expériences, les réflexions et les souvenirs personnels des auteurs. Ni rappel d’un glorieux passé français, ni réification d’une américanisation, ni célébration d’une historiographie ou d’une littérature savante, ni enfin apologie d’une «vraie» culture populaire, les objets qui le composent ont d’abord été retenus pour leur portée interprétative. En dehors de toute prétention à l’encyclopédisme ou à la représentativité, ils ont en commun d’offrir différentes strates de représentations. Qu’il s’agisse de tordre le cou aux mythes les plus persistants ou de ranimer certains spectres envahissants pour mieux les prendre à parti, les 26 collaborateurs ont tous joué le jeu de la relecture et de l’actualisation, conjuguant, en des proportions variables, une démarche savante et une écriture essayistique.

Table des matières

Introduction, p. 9-18

Première partie. Où ? Les espaces de la culture

«Constituer un territoire, mot à mot. Autour et à rebours du coureur des bois et de l’habitant», Michel Lacroix, p. 21-34

«L’hiver», Daniel Laforest, p. 35-47

«Colonisation. Trois récits sans futur», Micheline Cambron, p. 49-69

«La rivalité Montréal-Québec. Histoire et mémoire d’un antagonisme», Harold Bérubé, p. 71-95

«Le Forum de Montréal», Benoît Melançon, p. 97-105

Deuxième partie. Quand ? Les moments de la culture

«La Conquête dans la mémoire et l’imaginaire québécois», Charles-Philippe Courtois, p. 109-138

«Patriotes ou rebelles», Michel Ducharme, p. 139-158

«Les rouges», Yvan Lamonde et Jonathan Livernois, p. 159-174

«Splendeurs et misères de la “revanche des berceaux”», Denyse Baillargeon, p. 175-195

«La Grande Noirceur, ou visa le noir, tua le blanc», Julien Goyette, p. 197-213

«Le kaléidoscope de la mémoire d’Octobre», Jean-Philippe Warren, p. 215-229

Troisième partie. Qui ? Les figures de la culture

«Nous autres, ou l’Autre en nous. Échos de la parole autochtone au Québec», Catherine Broué et Marie-Pier Tremblay Dextras, p. 233-255

«Les porteurs d’eau», Vincent Lambert, p. 257-271

«“C’est pas l’anglais qui vous fait peur”.  L’antagonisme anglais dans l’imaginaire québécois», Martine-Emmanuelle Lapointe, p. 273-286

«La mère de tous les maux. Le mythe du matriarcat au Québec», Karine Hébert, p. 287-305

«Les vestiges d’un passé catholique», Karine Cellard, p. 307-329

«De l’utilité des “maudits Français”. Une histoire d’amour vache et de bouc émissaire», Élisabeth Haghebaert, p. 331-356

Quatrième partie. Quoi ? Les objets de la culture

«Entre parler (le bon) français et parler joual», Chantal Bouchard, p. 359-369

«Le butin du cortège triomphal. Le patrimoine de la migration», Martin Pâquet, p. 371-395

«Un héritage problématique. La mémoire de la religion», Mathieu Bélisle, p. 397-412

«Les “grands romans québécois”», Élisabeth Nardout-Lafarge avec la collaboration de Chloé Savoie-Bernard, p. 413-433

«La fatigue culturelle», Michel Biron, p. 435-457

 

Référence

Caumartin, Anne, Julien Goyette, Karine Hébert et Martine-Emmanuelle Lapointe (édit.), Je me souviens, j’imagine. Essais historiques et littéraires sur la culture québécoise, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, coll. «Champ libre», 2021, 461 p. Ill.

Tintin, Bruxelles, mars 2016

Des attentats terroristes ont frappé la Belgique ce matin. Hergé a été appelé à la rescousse, notamment sur Twitter.

André-Philippe Côté, la Presse+, 23 mars 2016 :

Caricature, André-Philippe Côté, la Presse+, 23 mars 2016

 

La Presse+, 25 mars 2016 :

Photo prise à Prague, la Presse+, 25 mars 2016

 

P.-S. — Ce site peut être utile.

P.-P.-S. — Plusieurs médias ont évoqué ces représentations tintinesques : le Devoir (ici et ), Radio-Canada, le Huffington Post France.

Interprétation spontanée

Dessin de Jean Jullien, 13 novembre 2015

Comment donner sens aux attentats qui viennent d’avoir lieu à Paris ? Depuis vendredi dernier, on entend sur toutes les tribunes des politologues, des sociologues, des spécialistes de l’étude des religions ou de la sécurité, tant d’autres déjà, s’y essayer. Parmi les concepts qu’ils utilisent, il y a celui de génération.

Ce concept n’est pas nouveau. En histoire de la littérature, par exemple, il a été popularisé par Albert Thibaudet dès 1921, puis développé en 1936 dans son Histoire de la littérature française :

Pour notre part, nous adapterons un ordre dont nous ne nous dissimulons pas les inconvénients et l’arbitraire, mais qui nous paraît avoir l’avantage de suivre de plus près la démarche de la nature, de coïncider plus fidèlement avec le changement imprévisible et la durée vivante, de mieux adapter aux dimensions ordinaires de la vie humaine la réalité et le produit d’une activité humaine : c’est l’ordre par générations (éd. de 1963, p. xiii).

L’idée de génération ne fait pas l’unanimité chez les historiens de la littérature, mais elle est constamment reprise, notamment par des essayistes (François Ricard) et par des historiens (Michel Winock). Elle est omniprésente, aujourd’hui, dans une revue comme Nouveau projet, qui en fait une de ses clés d’interprétation du monde.

Le rapport avec les attentats du 13 novembre ? «Ce qui forgera la génération Bataclan», titre le Devoir d’hier, en reprenant un article du quotidien Libération signé Didier Péron (p. A4). Sous nos yeux, une génération est née, qui côtoie celle de Charlie hebdo :

Deux générations ont été visées. L’assaut des frères Kouachi entendait faire taire la vieille garde de l’esprit gauchiste libertaire et son insolence laïcarde. Tirer à bout portant notamment sur Cabu (76 ans), sur Wolinski (80 ans), sur Bernard Maris (68 ans), c’était pas de pitié pour les rieurs et pas de respect pour les ancêtres. Les événements de vendredi viennent décimer un autre genre de public […]. Une même scénographie de l’irruption violente, dans le bureau de l’hebdomadaire le 7 janvier post-conférence de rédaction et dans la salle surchauffée [du Bataclan] vendredi, alors que le concert bat son plein. […] Si l’on veut bien considérer qu’en France, plus que partout ailleurs, une génération se définit par son baptême de révolte ou de manif, qu’il s’agisse des étudiants de Mai 68 ou des émeutiers de 2005, on a le sentiment que, pour la première fois peut-être, une génération naît et meurt la même année. Un gamin peut ainsi s’être fondu dans l’immense cohorte de la manifestation du 11 janvier, après la tuerie de Charlie Hebdo, et s’être fait tuer dix mois plus tard, selon une ordalie djihadiste qui manie la mort aléatoire et la lisibilité des massacres.

Pour Péron, en bon praticien de la génération, celle-ci se définit par la date de naissance.

Avoir 20 ans en 2015, c’est être né en 1995, l’année des huit attentats islamistes à la bombe avec la traque de Khaled Kelkal, et c’est avoir 6 ans quand les tours jumelles s’effondrent. On ne sait pas décrire la part obscure, invisible des imprégnations politiques qui façonnent les individus au long cours des années d’apprentissage, quand on sait si bien le faire des traumas privés par la psychanalyse.

Comme la génération : une interprétation spontanée.

 

[Complément]

Sur son blogue, l’ami Michel Porret écrit, lui aussi après avoir évoqué Charlie hebdo : «il s’agit de plonger dans l’effroi la génération hédoniste des villes multiculturelles et cosmopolites (au moins 19 nationalités parmi les victimes) qui refusent l’intégrisme au nom de la diversité et de la liberté dans les relations humaines»; «Rétorquer démocratiquement à la stratégie de l’effroi terroriste devrait amener à évaluer lucidement ce qui, depuis une génération au moins, exclut de la République une génération issue de l’émigration. La génération perdue de l’éducation nationale. La génération renvoyée à l’impasse miséreuse de la ghettoïsation socioculturelle, de la prolétarisation galopante, du délit de faciès, de l’accumulation des haines identitaires, du chômage incessant et de la survie dans la petite et grande criminalité organisée» («Stratégies de l’effroi», la Ligne de mire, 16 novembre 2015).

 

[Complément du 18 novembre 2015]

En juin 2015, Malek Boutih, le député de l’Essonne, a remis au premier ministre de la France le fruit d’une «une réflexion sur l’analyse et la prévention des phénomènes de radicalisation et du djihadisme en particulier». Le titre de son rapport ? Génération radicale. On le lit ici.

 

[Complément du 23 novembre 2015]

Sur Mediapart, le 20 novembre, Sarah Roubato publie une «Lettre à ma génération : moi je n’irai pas qu’en terrasse».

 

[Complément du 24 novembre 2015]

Selon les Inrocks, il faudrait parler des Générations Bataclan (au pluriel). C’est ici. (Merci à @machinaecrire pour le tuyau.)

 

[Complément du 30 novembre 2015]

Dans son discours d’hommage aux victimes des attentats du 13 novembre, François Hollande va aussi dans le sens d’une interprétation générationnelle :

Ces hommes, ces femmes, avaient tous les âges, mais la plupart avait moins de 35 ans. Ils étaient des enfants lors de la chute du mur de Berlin, ils n’avaient pas eu le temps de croire à la fin de l’Histoire, elle les avait déjà rattrapés quand survint le 11 septembre 2001. Ils avaient alors compris que le monde était guetté par de nouveaux périls. Les attentats du début de l’année les avaient bouleversés. Beaucoup, je le sais, avaient tenu à manifester le 11 janvier, comme des millions de Français.

[…]

Avant elle, d’autres générations ont connu, à la fleur de l’âge, des événements tragiques qui ont forgé leur identité. L’attaque du 13 novembre restera dans la mémoire de la jeunesse d’aujourd’hui comme une initiation terrible à la dureté du monde, mais aussi comme une invitation à l’affronter en inventant un nouvel engagement. Je sais que cette génération tiendra solidement le flambeau que nous lui transmettons.

[…]

Malgré les larmes, cette génération est aujourd’hui devenue le visage de la France (le Devoir, 28-29 novembre 2015, p. B5).

 

Références

Ricard, François, la Génération lyrique. Essai sur la vie et l’œuvre des premiers-nés du baby-boom, Montréal, Boréal, 1992, 282 p.

Thibaudet, Albert, «Réflexion sur la littérature : l’idée de génération», Nouvelle revue française, 16, 1921, p. 344-353.

Thibaudet, Albert, Histoire de la littérature française de 1789 à nos jours, Paris, Stock, 1963 (1936), xiii/587 p. «Notice» de Léon Bopp et Jean Paulhan.

Winock, Michel, l’Effet de génération. Une brève histoire des intellectuels français, Vincennes, Thierry Marchaisse Editions, 2011, 129 p.