«Michèle Severinsen fronce un sourcil, Julien Claveau n’y comprend rien mais le commandant Parker tend l’oreille.»
Jean Echenoz, Bristol. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2025, 205 p., p. 166.
« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).
«Michèle Severinsen fronce un sourcil, Julien Claveau n’y comprend rien mais le commandant Parker tend l’oreille.»
Jean Echenoz, Bristol. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2025, 205 p., p. 166.
La 648e livraison de XVIIIe siècle, la bibliographie de l’Oreille tendue, est servie.
La bibliographie existe depuis le 16 mai 1992. Elle compte 75 900 titres.
À partir de cette page, on peut interroger l’ensemble des livraisons grâce à un rudimentaire moteur de recherche et soumettre soi-même des titres pour qu’ils soient inclus dans la bibliographie.
Illustration : «Architecture et parties qui en dépendent. Septième partie», premier volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1762, planche XXXVI

(Accouplements : une rubrique où l’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)
Echenoz, Jean, Bristol. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2025, 205 p.
«Nous aurions allégé ces derniers propos, distribués en alternance avec une description du quartier où Bristol et Saint-Clair auraient fait un tour après le déjeuner, les environs du Trocadéro s’y prêtant : un passage au cimetière de Passy, une visite aux jardins du Panthéon bouddhique, une balade jusqu’à l’île aux Cygnes si le temps le permet, sinon c’est toujours l’occasion de visiter le musée de la Marine» (p. 25).
Deck, Julia, le Triangle d’hiver. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 174 p.
«Elle [l’avenue d’Iéna] m’a conduite face au grand A de la tour Eiffel. J’ai longé les bassins du Trocadéro, traversé l’avenue Hussein-Ier-de-Jordanie et l’esplanade des Droits-de-l’Homme-et-des-Libertés où, afin d’employer ces libertés, les hommes et leurs femmes s’enlacent devant l’objectif puis se procurent auprès de revendeurs à la sauvette des miniatures de la tour en A. Marchant sous l’aile Passy du palais de Chaillot, j’ai remarqué que ce bâtiment abritait le musée de la Marine» (p. 142).
P.-S.—La suite de la visite, chez Julia Deck, se trouve naturellement ici.
Hier, l’Oreille tendue a répondu aux questions d’Éric Desrosiers, du Devoir, sur le hockey international.
Ça se lit ici.
Le savoir de Jean Echenoz connaît-il des limites ? Dans Bristol, son plus récent roman (2025), on apprend des choses sur toutes sortes de sujets : topographie (France, Botswana), pharmacie (notamment sur l’«apozème d’harpagophyton», p. 97), cinéma (surtout américain, français et germanique), voitures (Daimler Sovereign, Citroën Aircross, Dyna Panhard, Simca 1000, taxi-brousse, 4X4, jeeps de milice, command-car, pick-up hybdride), etc.
Quelques passages sont aussi consacrés aux figures de rhétorique. Exemples.
«Car ainsi va le cinématographe où le moins doit faire imaginer le plus. C’est le règne de la partie pour le tout, l’empire de la synecdoque où rien n’arrive à l’extérieur du cadre : hors de son rectangle où se déroule une guerre sans merci, riche en clameurs sauvages, corps démantelés et sang giclant un peu partout, il n’y a que deux types dont l’un tient une perche et l’autre un réflecteur, l’un regarde sa montre et l’autre s’éponge le front» (p. 93).
«Cela ne s’était jamais produit, du moins jamais de cette façon car ce regard se prolonge : un échange muet associant la distance à la proximité, la confiance à la suspicion, le hasard à la nécessité, l’inquiétude à la certitude et quelques autres oxymores du même tabac» (p. 98).
«Là, le Lavomatic jouxte un imposant immeuble qui était, dans le temps, un grand et beau cinéma populaire avant qu’on le transforme en magasin de surgelés — Bristol se demande encore, pas très longtemps non plus, si ce ne serait pas une métaphore de sa vie» (p. 115).
«Ne nous étendons pas sur la mélancolie qui, face à cet échec, s’est emparée de Bristol, évitons de détailler ce tableau, préférons l’ellipse à l’hypotypose. Observons seulement qu’il sort très peu de chez lui, ne reçoit pas plus de visites qu’il n’en fait, mais aussi — la méthode elliptique n’exclut pas de recourir à l’image — que de longues ombres muettes, brunes, malpropres et malodorantes s’étirent à toute heure du jour dans son esprit, dans sa mémoire et son appartement qui s’empoussière à vue d’œil» (p. 123-124).
Merci pour tout.
Référence
Echenoz, Jean, Bristol. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2025, 205 p.