Accouplements 140

Kevin Lambert, Querelle de Roberval, 2018, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Petite, l’Oreille tendue a séjourné en Wallonie. Entre autres choses, elle en a rapporté une phrase fort utile pour elle (à l’époque) : «Wice qui l’brèsseû passe, li boldjî n’passe nin» (Où le brasseur passe, le boulanger ne passe pas).

Le narrateur de Querelle de Roberval (2018), de Kevin Lambert, ne pense pas autrement : «Judith, Bernard et une couple d’autres se sont aussi pris des bières; une 50, c’est aussi nourrissant qu’une tranche de pain» (p. 49).

Référence

Lambert, Kevin, Querelle de Roberval. Fiction syndicale, Montréal, Héliotrope, 2018, 277 p.

Oui, parlez, svp

«Tu parles !», chronique sur France Inter, été 2019

«Dans les débats sur l’orthographe,
ce qu’on a perdu,
c’est surtout le sens des proportions.»

Arnaud Hoedt : comédien, ancien professeur de français. Jérôme Piron : comédien, médiateur culturel, ancien professeur de religion catholique. L’un et l’autre de Belgique. On les connaissait pour un livre et pour un «spectacle-conférence», la Convivialité. La faute de l’orthographe. Cet été, sur France Inter, ils ont donné dix-huit courtes capsules humoristicolinguistiques intitulées Tu parles ! Allez les (ré)écouter ici. Vous en ressortirez instruits, particulièrement en matière d’histoire et de politique de la langue.

Des exemples ?

L’émission «Lisez les linguistes» commence par une «déclaration d’amour à Jean-Marie Klinkenberg», leur ancien professeur, et particulièrement à son ouvrage la Langue dans la Cité. Ce n’est pas l’Oreille tendue qui va contester ce choix (voyez ).

Certains trouvent que des mots — autrice, par exemple — sont plus «esthétiques» que d’autres. Non. (Émission «C’est une langue belle».)

Le niveau baisse ? Pas plus, comme il est expliqué dans «Fonds de commerce décliniste». (C’est un des dadas de l’Oreille.)

«Sommes-nous envahis par les anglicismes ?» Que nenni.

Certains titres disent tout : «L’Académie française, c’est du flan.»

Spécialistes de l’accord du participe passé, ils en chantent le «Requiem».

À verser dans toutes les oreilles.

Ou à voir sur YouTube :

 

 

Références

Hoedt, Arnaud et Jérôme Piron, la Convivialité. La faute de l’orthographe, Paris, Éditions Textuel, 2017, 143 p. Préface de Philippe Blanchet. Illustrations de Kevin Matagne.

Klinkenberg, Jean-Marie, la Langue dans la Cité. Vivre et penser l’équité culturelle, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2015, 313 p. Préface de Bernard Cerquiglini.

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Bilan de fin d’année

Dépanneur, t-shirt, Musée McCord, juillet 2017

Quels sont les douze sujets qui ont attiré le plus de lecteurs chez l’Oreille tendue en 2018 ?

L’utilization (sic) de sic

Le genre de thermos

Le genre d’autobus

Le genre de trampoline

Le mot (belge de l’année) malaisant

Gosse

Le juron crisse

Pantoute

Yolo

Mot(t)on

Vag(g)

Germaine

À votre service.

2018 en livres

L’Oreille tendue vit dans les livres : elle en écrit, elle en édite, elle en commente (en classe, ici, ailleurs, à l’écrit et à l’oral). Et elle en lit. Que retenir de ses lectures de 2018 ?

Qu’elle a relu des classiques, George Dandin de Molière, Jacques le fataliste de Diderot et des textes épars d’Arthur Buies, en y retrouvant son habituel bonheur.

Qu’elle a lu des livres sur la langue, notamment ceux de Michel Francard — Tours et détours. Les plus belles expressions du français de Belgique (2016), Vous avez de ces mots… Le français d’aujourd’hui et de demain ! (2018), Tours & détours le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique (2018) —, et sur l’édition — l’Édition à l’ère numérique de Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati (2018).

Qu’elle a apprécié la poésie de Marie-Hélène Voyer (Expo habitat, 2018) et de Maxime Catellier (Mont de rien, 2018), et la prose de David Turgeon (A propos du style de Genette, 2018) de Catherine Voyer-Léger (Prendre corps, 2018), d’Éric Chevillard (Défense de Prosper Brouillon, 2017), de Philippe Lançon (le Lambeau, 2018) et de Serge Bouchard (les Yeux tristes de mon camion, 2016).

Elle a aussi lu des romans.

Elle devrait continuer à lire en 2019.

Divergences transatlantiques 055

Michel Francard, Tours & détours le retour, 2018, couvertureLa phrase est célèbre : «The United States and Great Britain are two countries separated by a common language.» Il en existe des variantes : «The United States and Great Britain are two nations separated by a common language»; «The English and the Americans are two peoples divided by a common language»; «Americans and British are one people separated by a common language»; etc. On en attribue souvent la paternité à George Bernard Shaw, sans pouvoir citer de source exacte.

Les États-Unis et la Grande Bretagne seraient donc séparés par une langue commune. (On peut penser qu’il s’agit de l’anglais.)

La phrase a été reprise pour d’autres langues, l’italien et le néerlandais — mais pas pour l’allemand.

L’Oreille tendue vient d’en trouver une application au français (de France et de Belgique), sous la plume de Michel Francard, dans Tours & détours le retour (2018) : «Nous sommes deux pays qu’une même langue sépare, n’est-ce pas ?» (p. 155)

La collection est ouverte, comme il se doit : les contributions sont bienvenues.

Référence

Francard, Michel, Tours & détours le retour. Les plus belles expressions du français de Belgique, Bruxelles, Racine, 2018, 176 p. Illustrations de CÄät.