Le temps qui passe

Dans un livre pétillant d’abord paru en 1991, Daniel S. Milo s’est intéressé aux découpages du temps — ère, siècle, génération, indiction, etc. — et à leur histoire. On ne saurait trop recommander la lecture de Trahir le temps.

John Burdett, lui, vient de faire paraître le quatrième volume de la série des aventures de Sonchai Jitpleecheep, ce policier thaïlandais fort (trop ?) porté sur le bouddhisme. En mission à Katmandou, Sonchai connaît bibliquement la belle Tara. Comment mesure-t-il le temps passé avec elle ? «A full condom later, we were lying in each other’s arms» (p. 173).

Du préservatif (plein) comme montre : Milo n’avait pas prévu cela. On ne saurait le lui reprocher.

 

[Complément du 14 janvier 2013]

Autre unité de mesure : «de lourdes limousines Ambassador, de puissantes cylindrées Hindustani déchargeaient d’heure en heure les membres à jeun du Club avant de les rempocher ivres morts un litre ou deux plus tard» (les Grandes Blondes, p. 132).

 

Références

Burdett, John, The Godfather of Kathmandu, New York, Alfred A. Knopf, 2010, 295 p.

Echenoz, Jean, les Grandes Blondes, Paris, Éditions de Minuit, 1995, 250 p.

Milo, Daniel S., Trahir le temps (histoire), Paris, Les Belles Lettres, coll. «Histoire», 1991, 270 p. Réédition : Paris, Hachette, coll. «Pluriel», 8819, 1997, 270 p.

Le chien parlant

«Gore-Tex possédait également un chien sans nom retenu par une corde, et par ce chien se faisait appeler papa : viens voir papa, va voir papa là-bas, demande à boire à papa, mange bien la bonne boîte à papa. Attention, papa va se fâcher» (p. 75).

Echenoz, Jean, Un an, Paris, Éditions de Minuit, 1997, 110 p.

Citation irradiante du jour

Jean Echenoz, l’Équipée malaise, 1986, couverture

«Ils s’allongèrent parmi des tournesols à deux cents mètres du château d’eau; au-dessus d’eux, déjà braquées plein ouest, les fleurs courtisanes guettaient le lever du radiateur.»

Jean Echenoz, l’Équipée malaise, Paris, Éditions de Minuit, 1986, 251 p., p. 245.

Citation inimitable du jour

Plume Latraverse, Plume pou digne, 1974, pochette

Lue il y a longtemps, et jamais oubliée, cette phrase, sur la pochette de l’album Plume pou digne de Plume Latraverse (1974) : «Il mangeait peu, mais mal» (P. Landry).

 

[Complément du 30 mai 2018]

Dans le même ordre d’idées, citons cette phrase de Jean Echenoz, dans Cherokee (1983) : «Georges ne disposant pas encore d’un bureau pour lui seul, Bock lui avait cédé une parcelle du sien pour qu’il examine à son aise le dossier Ferro, composé de documents dépareillés quoique redondants, pauvres en informations, qu’on suspectait parfois d’avoir été mis là dans le seul but de faire épais» (p. 58). «Dépareillés quoique redondants» : cela réjouit.

 

[Complément du 31 mai 2018]

L’ami Jean-François Nadeau ajoute son grain de sel à cette série en rappelant à l’Oreille tendue la scène d’ouverture du film Annie Hall de Woody Allen (1977) :

There’s an old joke. Two elderly women are at a Catskill mountain resort, and one of them says, «Boy, the food at this place is really terrible.» The other one says, «Yeah I know. And such small portions.» Well, that’s essentially how I feel about life. Full of loneliness, and misery, and suffering, and unhappiness — and it’s all over much too quickly.

De la mauvaise nourriture, en trop petite quantité. Elles mangeaient peu, mais mal.

 

Référence

Echenoz, Jean, Cherokee, Paris, Éditions de Minuit, 1983, 247 p.

Citation géographique du jour

Jean Echenoz, Je m'en vais, 1999, couverture

«Vous allez sur Toulouse ? Lui demande Baumgartner.

La jeune femme ne répond pas tout de suite, son visage n’est pas bien distinct dans la pénombre. Puis elle articule d’une voix monocorde et récitative, un peu mécanique et vaguement inquiétante, qu’elle ne va pas sur Toulouse mais à Toulouse, qu’il est regrettable et curieux que l’on confonde ces prépositions de plus en plus souvent, que rien ne justifie cela qui s’inscrit en tout cas dans un mouvement général de maltraitance de la langue contre lequel on ne peut que s’insurger, qu’elle en tout cas s’insurge vivement contre, puis elle tourne ses cheveux trempés sur le repose-tête du siège et s’endort aussitôt. Elle a l’air complètement cinglée.»

Jean Echenoz, Je m’en vais, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 252 p., p. 194.

 

[Complément du 29 mars 2018]

Lecture du jour : «Ce site web prend la forme d’archives ouvertes traitant des sciences de l’ingénieur et regroupant divers articles, chapitres d’ouvrages, comptes-rendus [sic] de conférences ainsi que des sujets de thèse traités dans ce domaine sur Toulouse» (source).