Dans le français du Québec, la personne qui est crampée est réputée rire beaucoup, se marrer, se bidonner. Deux exemples romanesques, dans Gros mots (1999), de Réjean Ducharme : «Ça la fait cramper» (p. 254); «C’est crampant» (p. 286).
À votre service.
Référence
Ducharme, Réjean, Gros mots. Roman, Paris, Gallimard, 1999, 310 p.
On le sait : l’Oreille tendue s’intéresse à la langue du hockey, ce qu’elle appelle la langue de puck. Elle s’intéresse aussi aux discussions autour de la langue française et du hockey à Montréal.
Quand Nick Suzuki, le capitaine anglophone de l’équipe locale, les Canadiens, dit quelques mots en français, elle va volontiers en causer à la radio.
Elle est sensible aux campagnes publicitaires qui jouent sur la diversité linguistique. Cole Caufield, quand il vante les mérites d’un sandwich ou d’un hamburger, ne paraît pas particulièrement doué pour les langues étrangères. Sidney Crosby, des Penguins de Pittsburgh, mais qu’on aurait aimé voir dans l’uniforme du Tricolore, lui est supérieur («Pas dans maison !» lance-t-il dans un message pour une chaîne de restauration rapide). Le plus habile de tous est cependant le Russe Ivan Demidov : «Ça niaise pas avec la puck», assure-t-il, s’agissant d’un site de vente de billets.
Il est plus rare que des publicités mettent en scène des athlètes qui, tous deux francophones, ont du mal à communiquer dans leur langue. C’est pourtant ce qui arrive au Québécois David Savard, récemment retraité des Canadiens, et au Français Alexandre Texier, récemment recruté par la même équipe. Dans une série de messages pour une chaîne de restauration, les expressions du premier — avoir de la broue dans le toupet, sentir la coupe, rentrer au poste — paraissent incompréhensibles au second. On dira qu’ils représentent deux États séparés par une langue commune.
La Société de transport de Montréal a vu le bénéfice qu’elle pouvait tirer de l’engouement actuel pour les séries de la Ligue nationale de hockey. Elle a demandé à des joueurs de l’équipe montréalaise d’annoncer à ses passagers quelques-unes de ses stations en français, que ce soit ou non leur langue maternelle. Les interprètes sont inégalement doués.
Entendez les joueurs des Canadiens dans le métro de Montréal (pour vrai!) pendant les séries ? Hear the Habs on the Montreal Metro during the playoffs (for real!) #Montreal#Metro
Il faut enfin dire un mot de la langue de l’entraîneur Martin Saint-Louis. Plusieurs se sont amusés de certaines de ses expressions, notamment la célèbre «amener sa game dans la game». Hydro-Québec a d’ailleurs engagé Saint-Louis pour un message publicitaire où il utilisait son expression fétiche.
L’Oreille est toutefois sensible à un autre aspect du rapport de Saint-Louis avec le français. Ayant passé plusieurs années aux États-Unis, l’ex-joueur n’est pas aussi à l’aise dans cette langue qu’il le souhaiterait. Au lieu d’avoir systématiquement recours à l’anglais, il interroge les gens qui l’entourent — l’équipe de communication des Canadiens, les journalistes — quand il cherche un mot. «Comment on dit ça en français ?» «Est-ce que ça se dit en français ?» Cette absence de surmoi linguistique est rafraîchissante.
Tout est loin d’être optimal dans l’utilisation, par les joueurs des Canadiens de Montréal, de la langue officielle de leur communauté. Ne boudons pas notre plaisir pour autant.
P.-S.—Des mauvaises langues se sont demandées si la maestria linguistique d’Ivan Demidov ne devait pas quelque chose à l’intelligence artificielle. Que nenni, peut-on lire dans la Presse+du 5 mai 2026.
Dans la langue populaire du Québec, l’innovation peut se mesurer avec le vocabulaire de la boulangerie. Dire d’une chose qu’elle est «la plus grande invention depuis le pain tranché» est donc positif, non sans une forte pointe, il est vrai, d’ironie.
L’Oreille tendue a pensé à cette expression en entendant, à la télévision, une publicité qui emploie l’expression pour vanter une nouvelle variété de… pain tranché.
Soit la phrase suivante, tirée de la Presse+ du 14 avril 2026 : «Et c’est ici que l’émergence d’un deuxième trio [c’est du hockey] qui a de l’allure a fait une différence.»
Avoir de l’allure, donc. Dans le français populaire du Québec, voilà une caractéristique recherchée. Ce qui a de l’allure, voire ce qui a ben de l’allure, convient, plaît, a du sens, respecte les règles. Ce qui n’a pas d’allure, point pantoute.
À votre service.
P.-S.—En effet, nous avons déjà croisé cette expression au moins trois fois : ici, là, là encore.
La mission Artemis II vient de le rappeler : les États-Unis refusent encore et toujours d’utiliser le système métrique.
Cela a longtemps été vrai aussi au Canada : l’Oreille tendue a grandi avec des pieds et des pouces (il s’agit d’unités de mesure). Ce n’est plus le cas depuis 1970 (dans les faits, c’est un peu plus compliqué que cela).
Elle n’est donc pas étonnée de lire ceci, dans la Presse+ du 15 avril 2026 : «Une part importante du divertissement sur place vient de la présence de Gritty, meilleure mascotte de la LNH [Ligue nationale de hockey] par un mille.»
Par un mille ? Non, cela ne renvoie pas à une distance de 1,6 kilomètre, mais à une avance jugée décisive, à un avantage réputé incontestable. Traduction libre : y a pas photo.