Soit ceci, reçu par courriel hier :

«Visualiser» un «courriel». Pourquoi pas «voir» ? Ou «lire» ? Ça ferait trop plouc ?
P.-S. — Sur ce verbe, on lira Philippe Didion.
« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).
Soit ceci, reçu par courriel hier :

«Visualiser» un «courriel». Pourquoi pas «voir» ? Ou «lire» ? Ça ferait trop plouc ?
P.-S. — Sur ce verbe, on lira Philippe Didion.
Depuis quelques années, l’Oreille tendue collectionne les bars improbables. Il y a jadis naguère, sur Twitter, @revi_redac lui faisait remarquer qu’elle n’avait jamais abordé le bar des sciences. Dont acte.
Il s’agit d’une pratique courante, par exemple dans le cadre de l’émission radiophonique les Années lumière de la Société Radio-Canada. La France en est également friande.
Ce type de bar a maintenant de la concurrence.
Il existe en effet des cafés scientifiques. On peut aussi participer, en bilingue, à l’activité Pinte de science / Pint of Science Canada. Description :
Le Festival Pinte de Science – Pint of Science invite des scientifiques dans votre bar préféré pour discuter avec vous de leurs dernières recherches et découvertes. C’est pour vous l’occasion parfaite de rencontrer les véritables acteurs de la science en chair et en os. Vous n’avez plus d’excuse de ne pas venir partager un verre avec nous !
On n’arrête pas le progrès.
Dans le cadre de l’émission Plus on est de fous, plus on lit !, à la radio de Radio-Canada, Fabien Cloutier a souvent présenté des chroniques sur les régionalismes québécois. Certaines viennent d’être rassemblées dans Trouve-toi une vie. Chroniques et sautes d’humeur, sans perdre leur caractère oral.
Qu’est-ce qu’un régionalisme ?
Précisons-le dès le départ
ma définition de «régionalisme» est assez large
si j’ai un mononc’ de la Beauce qui utilise
une expression colorée
et que j’aime ça et que je trouve ça beau
et que ça sert ce que je veux dire
même si je l’ai presque jamais entendue dans la bouche
d’une autre personne
je peux décider d’en faire un régionalisme (p. 15).
Cette définition initiale est précisée plus loin dans l’ouvrage : «c’est une expression qu’on peut utiliser dans un bar / de région / sans que personne cherche à nous casser ‘a yeule» (p. 115). Voilà pourquoi, au Québec, du moins à Almow (Alma), «Avoir le cul bordé de nouilles» ne peut pas être un régionalisme (p. 114-118).
Certains régionalismes ne sont traités que brièvement : «Y est revenu avec le trou d’cul en-dessous du bras» (p. 68); «J’me su’ levé avec la tête dans l’cul» (p. 68); «Ça faisait tellement mal / j’avais l’impression que le cœur me battait / dans l’trou d’cul» (p. 69); «Y est trop tard pour serrer les fesses quand / la crotte est passée» (p. 69); «Y fait noir comme dans l’cul d’un ours» (p. 70); «Ça m’fait pas un pli su’à poche» (p. 70); «Avoir un os dans le baloney» (p. 101); «J’me sens comme une truite su’à sphatte» (p. 101); «J’me sens comme un ours qui a reçu / une flèche dans’ panse» (p. 101). Trois sont rapportés à un ancien ministre du gouvernement fédéral, Steven Blaney : «C’est pas le crayon le plus aiguisé de la boîte»; «C’est pas lui qui a faite le trou dans’ pissette des brulots»; «C’est pas lui qui a mis le spring aux sauterelles» (p. 119).
D’autres ont droit à un chapitre complet : «Trouve-toi une vie»; «Y farme pas étanche»; «Ben accoté dans’ barrure»; «Yinke à wouèr on woé ben»; «Y a des claques su’a yeule qui s’pardent»; «Y sort pas d’colombes du cul d’une corneille»; «Y est su’a coche»; «Oussé qu’t’avais ‘a tête ?»; «Bizouner»; «Charche pas à dju pis à djâ»; «C’est pas vargeux».
Fabien Cloutchier, comme on dit dans sa «Beauce natale» (p. 113), utilise les régionalismes pour commenter l’actualité, la culture populaire et la politique. L’auteur a ses têtes de Turc : Régis Labeaume, le maire de Québec, devient «le che de Sillery» (p. 85); l’ancien ministre provincial Yves Bolduc est «un docteur Bleuet» (p. 87); le ministre Gaétan Barrette «brise» l’«image du Gaétan standard» (p. 106). Ce «recueil de grandes vérités» (p. 9) manie avec dextérité la dérision, l’ironie, l’absurde, l’humour. C’est tout à fait instructif.
P.-S. — Que l’on permette à l’Oreille tendue de proposer son régionalisme : «Y a un éditeur qui a dormi sur la switch.» Certains mots comportent inutilement la lettre e : «l’avion nolisée [sic] de Lise Thériault» (p. 35). Ailleurs, elle manque : «avec de la poutine servi [sic] sur le chest» (p. 21); «la belle table à café que j’nous ai bizouné [sic]» (p. 100); «tu peux aspirer à faire parti [sic] de l’élite» (p. 137). «Cours» (p. 43) et «tiers-mondistes» (p. 70) devraient prendre une s, mais pas «sous» (p. 43) ni «quelques temps» (p. 128). Les pots Mason, comme l’atteste l’illustration de la page 18, ne sont pas des pots Masson (p. 21). Page 74, il faut «Quoique» au lieu de «Quoi que» et «Parisien» au lieu de «parisien». «Nul part» (p. 75) ? Non. Si «y a du monde qui aiment», alors ce monde «recommandent», au pluriel (p. 78). Etc. Ça fait désordre, et beaucoup.
Référence
Cloutier, Fabien, Trouve-toi une vie. Chroniques et sautes d’humeur, Montréal, Lux éditeur, 2016, 140 p. Dessins de Samuel Cantin.
En septembre dernier, l’Oreille tendue publiait Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue). Elle a alors été interviewée par le quotidien montréalais le Devoir. Titre de l’article :
Ces jours-ci, Marc Cassivi publie, aux éditions Somme toute, un livre intitulé Mauvaise langue. Il donne aujourd’hui un entretien à son journal, la Presse. Titre de l’article :
La langue est, en effet, un objet complexe.
Références
Cassivi, Marc, Mauvaise langue, Montréal, Somme toute, 2016, 101 p.
Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.
Le fils aîné de l’Oreille tendue a l’hospitalité innée. La semaine dernière, il avait une vingtaine d’invités, tous mâles, à la maison. Ce soir, Nuit blanche de Montréal en lumière oblige, ils devraient être «seulement» une quinzaine, des deux sexes. Comment appeler cette rencontre ? Un predrink (à prononcer pridrink). L’hôte et ses hôtes viennent boire, raisonnablement, œuf corse, avant d’aller, peut-être, boire. C’est une forme potentielle de pré-imbibition.
[Complément du 2 décembre 2016]
Ce soir, ils ne sont guère qu’une dizaine, de tous les sexes, mais leur nombre est suffisant pour affiner la définition. Ils ont été invités pour l’apéro; ils iront donc manger. Ce n’est pas un predrink; ils n’iront pas (seulement) boire.
À votre service.
[Complément du 1er octobre 2019]
Dans la langue de Malcolm Gladwell, on parlerait de «pregame» : «It’s a jargon. It’s a pre-party that involves drinking» (cité dans Talking to Strangers, p. 195).
Référence
Gladwell, Malcolm, Talking to Strangers. What We Should Know about the People We Don’t Know, New York, Boston et Londres, Little, Brown and Company, 2019, xx/386 p. Ill.