Elle, son associée

Portrait de Marcel Trudel

L’historien québécois Marcel Trudel vient de mourir. Un de ses anciens élèves, Jacques Mathieu, lui rend hommage dans le Devoir du 13 janvier (p. A9).

À la fin du texte, on lit ceci :

Je tiens d’ailleurs à signaler une anecdote à cet égard. Le jour de son 90e anniversaire de naissance, j’ai eu un contact téléphonique à sa résidence. Son associée m’a signalé que, ce matin-là, Marcel Trudel dérogeait à son habitude; il bêchait son jardin.

Associée ? L’Oreille tendue connaissait le commis déguisé en associé et le partenaire en affaires, et elle savait que ce mot désigne un statut particulier dans les cabinets d’avocats. De toute évidence, l’«associée» de Marcel Trudel ne relève d’aucune de ces catégories.

S’il n’est pas possible, à la lecture du panégyrique de Jacques Mathieu, de savoir ce que faisait cette «associée», outre répondre au téléphone, on notera cependant qu’il ne manque pas de piquant qu’un historien de la Nouvelle-France, intéressé par définition aux activités de la Compagnie des Cent-Associés, ait été proche d’une personne portant ce titre.

On relèvera, pour finir, que l’auteur de l’Influence de Voltaire au Canada (1945), le jour de ses 90 ans, bêchait encore son jardin, tel Candide cultivant le sien.

 

Référence

Trudel, Marcel, l’Influence de Voltaire au Canada, Montréal, Fides, 1945, 2 tomes. Tome I : de 1760 à 1850, 221 p.; tome II : de 1850 à 1900, 315 p.

De P en P en P

L’Oreille tendue s’est déjà interrogée sur l’extension du domaine du PPP.

Deux nouvelles définitions, celles de Stéphane Laporte : «PPP à la québécoise : le public paie pour le privé» (la Presse, 8 avril 2006, p. A1); «Le CHUM [Centre hospitalier de l’Université de Montréal] demeure un PPP : Projet Pas Prêt» (la Presse, 2 décembre 2010, p. A1).

Joli.

Charabia dominical (ou, Exemple à ne pas suivre, ter)

«[On] voit bien qu’entre le poids démolinguistique objectif, les représentations de la complexité d’un système et les caractères d’une dénomination, ce qui compte, ce sont les locuteurs, c’est-à-dire la diffusion sur sol (monde des territoires) et hors sol (cybermonde). Si le discours est un acteur du Monde et si on peut en littérature inventer le monde en racontant une journée de la terre, sur tous les continents, et faire parler des centaines de personnages en des centaines de lieux, l’acte de nommer est à la fois éphémère, chargé de mémoire et parfois inflationniste. Il en va ainsi de la circulation extrême de termes qui “affaissent” la notion, comme ceux qui tendent à remplacer l’objet qu’ils sont censés représenter.»

Le Français à l’université, 15, 3, troisième trimestre 2010, p. 1.

P.-S.—L’Oreille tendue attend toujours avec impatience la plus récente livraison de cette publication. Elle l’a déjà montré ici ou .

Frontières du grégarisme

Il faut se méfier des réunions. Les organisateurs de réunions, eux les premiers, le savent; ils ont donc trouvé des façons de ne pas dire qu’ils tiennent des réunions.

On peut changer le nom de la réunion et tenir plutôt une rencontre informelle. Celle-ci peut être aussi préparée que celle-là — animation, documents à distribuer avant les interventions, pistes de réflexion qui permettront de relancer les échanges au cas où il y aurait des temps morts, questionnaire de suivi —, mais elle effrayera moins la communauté.

Il y a plus radical, comme le rapportait Yves Boisvert dans la Presse du 16 mai 2003. Il citait alors un document de la Ville de Montréal qui présentait la «solution accélérée», soit

une technique qui «fait en sorte que dans un contexte et dans un cadre physique, toutes les personnes concernées sont réunies dans un même lieu, dans une certaine configuration, avec tout le support nécessaire pour prioriser et obtenir l’engagement et le soutien décisionnel nécessaire à la résolution des problématiques identifiées» (p. A5).

Foi d’Oreille tendue, on dirait bien une réunion.

P.-S.—Derrière ce document, il y avait Robert Abdallah, qui était alors directeur général de la Ville de Montréal.