Hexagone maudit

Logo de la société d’aviation Porter

Porter diffuse actuellement une publicité télévisée où un des personnages se demande s’il faut prononcer le nom de cette société aérienne porté ou porteure. Ses amis, pour essayer de lui faire entendre raison, l’interrogent sur la prononciation d’autres mots avec une graphie semblable. Lagué ou lagueure (la bière) ? Vancouvé ou Vancouveure (la ville) ?

Arrive un moment où la question porte sur lighté ou lighteure (le briquet). Un autre voyageur se joint alors de la conversation : «Hé, les gars, on fume pas dans l’avion, là.» Voilà quelqu’un qui ne se mêle manifestement pas de ses affaires, en plus de prendre au pied de la lettre ce qui n’est qu’une plaisanterie.

On ne saura qu’une chose de lui, à cause de son accent : il vient de l’Hexagone. Au Québec, l’image du maudit Français n’est jamais bien loin.

Double fièvre

Nous en avons déjà parlé : Guy Lafleur — c’est du hockey — a servi plusieurs fois de véhicule publicitaire.

En préparant un entretien (voir ici) avec Karim Benessaieh, du quotidien la Presse+, l’Oreille tendue a en trouvé un nouvel exemple.

Se demandant de quelle époque datait l’expression «la fièvre des séries» — dans la presse écrite, elle semble apparaître à la fin des années 1960 avant de devenir particulièrement populaire dans les années 1990 —, l’Oreille est tombée sur ceci, dans la Presse du 15 avril 1993 et des jours suivants.

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», publicité, 1993

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», recommande-t-on à Québec, la ville des Nordiques. Espérons que ce n’était pas du sirop de poteau.

P.-S.—L’expression «fièvre des séries» est venue concurrencer «fièvre du hockey», qui existe depuis au moins les années 1930. L’une et l’autre cohabitent aujourd’hui, mais la première prédomine, surtout au printemps — comme le sirop d’érable.

Étalon boulanger

Pain Maurice «Rocket» Richard, emballage

Dans la langue populaire du Québec, l’innovation peut se mesurer avec le vocabulaire de la boulangerie. Dire d’une chose qu’elle est «la plus grande invention depuis le pain tranché» est donc positif, non sans une forte pointe, il est vrai, d’ironie.

L’Oreille tendue a pensé à cette expression en entendant, à la télévision, une publicité qui emploie l’expression pour vanter une nouvelle variété de… pain tranché.

À votre service.

Il est recommandé d’en avoir

«çapâdallure», campagne publicitaire, 2010

Soit la phrase suivante, tirée de la Presse+ du 14 avril 2026 : «Et c’est ici que l’émergence d’un deuxième trio [c’est du hockey] qui a de l’allure a fait une différence.»

Avoir de l’allure, donc. Dans le français populaire du Québec, voilà une caractéristique recherchée. Ce qui a de l’allure, voire ce qui a ben de l’allure, convient, plaît, a du sens, respecte les règles. Ce qui n’a pas d’allure, point pantoute.

À votre service.

P.-S.—En effet, nous avons déjà croisé cette expression au moins trois fois : ici, , là encore.

Accouplements 274

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Soit cette photo, déposée sur Bluesky par Wim Remysen le 10 janvier 2026 :

Publicité du restaurant Ciccio’s, Montréal, 10 janvier 2026, photographie de Wim Remysen

Soit cette publicité de la chaîne de restaurant Cora, dans la Presse+ du 14 mars 2026 :

Publicité de la chaîne de restaurants Cora, la Presse+, 14 mars 2026

Trois nouveaux participes pour le français du Québec : toasté, slicé, twisté.