Accouplements 185

Catherine Voyer-Léger et Marie-Hélène Voyer, couvertures, 2022, collage

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Voyer-Léger, Catherine, Nouées, Montréal, Québec Amérique, coll. «III», 2022, 157 p.

«Nouées de mère en fille. Inextricables, tissées serrées, jusqu’à nous étouffer. De mère en fille. Nouées dans une caresse suffocante quand de petites mains de quatre ans nous pressent la gorge parce qu’elles comprennent mal les limites entre le doux et la douleur. De mère en fille, nos angoisses tressées ensemble pour le meilleur et pour le pire. Indispensables l’une à l’autre et toujours un peu de trop en même temps» (p. 148-149).

Voyer, Marie-Hélène, Mouron des champs suivi de Ce peu qui nous fonde, Saguenay, La Peuplade, coll. «Poésie», 2022, 196 p.

«combien de temps encore ma voix pesante
nouée de vous ?» (p. 49)

 

[Complément du jour]

Ceci encore, toujours chez Marie-Hélène Voyer :

«je nage dans des eaux inédites
nouée et dénouée de vous» (p. 158)

Les zeugmes du dimanche matin et de Gabrielle Roy

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, éd. de 1986, couverture«Ce n’était pas seulement parce que nous venions de mettre le pied dans le quartier sans doute le plus affligeant de Winnipeg, cette sinistre rue Water voisinant la cour de triage des chemins de fer, toute pleine d’ivrognes, de pleurs d’enfants et d’échappements de vapeur, cet aspect hideux d’elle-même que l’orgueilleuse ville ne pouvait dissimuler à deux pas de ses larges avenues aérées» (p. 12-13).

«Il est vrai, nos publics, avant la télé, avant la Culture et les ministères des Affaires culturelles, étaient peu exigeants» (p. 146).

«Chaque phrase sombrait dans une sorte de doux bredouillement un peu timide. Puis le vieil homme avait de nouveau retrouvé le fil en sondant apparemment les plis soyeux de sa barbe, comme quelque vieux nid tout plein de jongleries, de souvenirs et de mots tendres» (p. 150).

«Un médecin coréen venu jusque-là Dieu sait du bout de quelle vie la soigna presque mieux qu’elle ne l’avait jamais été, l’apaisa avec des paroles sages et des remèdes pas trop durs» (p. 168).

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, préface de Jean-Claude Guillebaud, avertissement de François Ricard, Paris, Arléa, 1986 (1984), 505 p.

L’oreille tendue de… Gabrielle Roy

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, éd. de 1986, couverture«C’est à peine si je lisais. J’avais l’oreille tendue à capter la sonnerie du téléphone, et que de fois je crus l’entendre à travers des bruits de la rue, et j’accourais sur le seuil de ma chambre pour guetter, le souffle suspendu, la voix de Geoffrey qui allait lancer comme naguère : “Your friend…” et je serais en bas avant qu’il n’eût fini sa phrase, et de nouveau le ciel s’ouvrirait pour moi.»

Gabrielle Roy, la Détresse et l’enchantement, préface de Jean-Claude Guillebaud, avertissement de François Ricard, Paris, Arléa, 1986 (1984), 505 p., p. 354.