Chantons la langue avec Reney Ray

Album Reney Ray, 2018, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Reney Ray, «Le p’tit Reney», album Reney Ray, 2018

 

C’est la première écoute la pire
Après ça tu t’rends compte
Que t’es t’en train d’en rire
C’est un mélange d’vocabulaire
Si tu y penses ben fort
J’ai comme mon prop’ dictionnaire
Dans le p’tit Reney
Les si aiment ben les -rais
L’passé composé, chez nous y est imparfait
Le monde en Ontario y savent de quoi j’parle de
Chaque deux mots tu switches
À cause qu’ton brain y twitche
C’est weird un peu su’l coup
Mais tu get used to it
Tu catches que actuellement
Juste plus intelligent
Parce dans le p’tit Reney, tu parles deux langues à’ fois
Ça prend une bonne maîtrise pour le parler fluamment
(«Fluamment ça se dit-tu ?»)
So j’parle pas ben
J’sais ben
Ma bouche a fait des sons ben louches
C’pas bon
Y a un mélange de mots anglais
Que mon cerveau y prononce en français
(«Mais là j’viens de l’Ontario là
Give me a break
Au moins j’capable d’parler français
C’est déjà bien
C’est-tu mieux ça ?
J’te parle
J’peux-tu parler en français comme y faut ? [?]
Vas-tu répondre ? [?]
Le p’tit Reney»)
So j’parle pas ben
J’sais ben
Ma bouche a fait des sons ben louches
C’pas bon
Y a un mélange de mots anglais
Que mon cerveau y prononce en français
So j’parle pas ben
Malgré mes mots random
J’ai un p’tit cœur ben fin
Qui parle à sa façon à lui aussi
Écoute donc ce qu’il dit
Y a son langage à lui
Parce qu’dans le p’tit Reney
Parler c’est jamais compliqué

Chantons la langue avec Swing

Swing, Tradarnac, 2007, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Swing, «One Day», Tradarnac, 2007

 

Le décompte est parti, on peut plus l’arrêter
Ma blonde a pus le goût de baiser, c’est l’heure d’la télé
Elle devient comme Rainman avant son show préféré
Quinze secondes pour Derome, dix secondes pour Derome,
Cinq secondes pour Derome, Uh, Uh,
Au Téléjournal, Uh, Uh, hey, c’est tu juste moé, on dirait qu’ça va mal
Y a donc ben d’misère su’ les rues d’Montréal
L’Hydro a manqué, les rues sont bloquées
Canadien s’est fait laver, deux cents jobs sont coupées
En fin de compte, on doit être bin icitte
S’il y avait quelque chose y en parleraient tusuite
Chez nous y a personne pris dans l’trafic
Ni personne lié au scandale des commandites
Hey Bernard, informe-moé
Pour un journaliste t’es pas bin branché

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Ils disent qu’y a pas de culture en Ontario
Wo wo pompon, on a plein d’héros
Hulk Hogan, G.I. Joe, Arnold Swarz y est bin gros
Y m’font chier avec leurs gros egos
Hmm, réchauffons nos cerveaux…
Qui sortirait champion dans un match de faux sumo
Entre Gisèle Lalonde pis Jacques Parizeau
I dunno, mais je pense ça serait pas beau

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

J’ai toujours accepté qu’mon message à l’ouvrage
Soit deux fois plus long qu’celui de mon patron
Ah non, ch’pas con, laisse-moi m’expliquer
Mais t’sé c’est pas d’sa faute y est né tête carrée
Y a pas eu les mêmes chances que moé
Y a pas été éduqué par l’abbé Monsieur l’curé
Pis ça fait quarante ans qu’y a pas eu d’coupe Stanley
Pis y sait même pas qu’une langue ça sert à plus que parler
Sa cousine y a même pas montré
So, God save the Queen qui nous a toujours protégés
Pis chu câlissement sûr qu’y a pas de Passe-Carré
Only an English pig with no brain would do that

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

Hey ! Fais pas d’chicane
Hey ! Everything’s O.K.
Hey ! Ça sert à rien
Cause one day we’ll all be just…

 

Chantons la langue avec Radio Radio

Radio Radio, «Deux langues», 2021, illustration

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Radio Radio, «Deux langues», 2021

 

En deux langues

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Bi bi bilingue
Bi bi bilingue
Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

As-tu mêlé ta langue
Peux-tu parler la langue
Que l’monde parle
Partout là !

Deux langues
Une maternelle
L’aut’ seconde
Mais attends une s’conde !

Trente secondes c’est tout ça prend
Jacobus pis Malenfant
Une gang de profs
Pis des étudiants
Point la langue dans poche
Fonce va vers l’avant

Ha

Bilingue
C’comme gagner l’gros lot
Un ou l’autre j’adore
On en parle dehors

As-tu faim pour des pineapples
Non chus bon
Ej veux un ananas
Maintenant !

Les racines sont creuses
La culture est riche
Les langues qui nous unis
C’est ça qu’est fantastique

Deux ou plus
J’en veux plus
Sais-tu que bilingue
C’est ça qui est marvelous

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue
I get it

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Tu parles
J’écoute
You speak
I listen

Je parle
T’écoutes
I speak
You listen

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue
J’comprends

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Tu parles
J’écoute
You speak
I listen

Je parle
T’écoutes
I speak
You listen

Tu parles les deux langues ?
Je parle les deux langues
Avec mes langues
J’suis down to switch
Yessir !

Temps qu’on switch
Pour faire not’pitch
Faut qu’on l’teste de l’Est à l’Ouest
Bienvenue à la visite
Dis-moi qu’est-ce tu penses d’icitte

Discuter avec un Tims su’l’coin
Mine de rien y fait frette à matin
So warm-toi up
Quand t’es bin dans le bain
Ça rouvre les portes
Pis là on fait des ponts

Double double
Multi lingual
Double double
Plus qu’une langue
Double double
I’m in love
Double double
Ça c’est fine

Oui ça c’est fine
Choisis ta line
Une tonne de mots qui nous unit
Pis nous define

Oui on est back
Point sur l’attack
La culture c’est des ponts
Everything else c’est wack

Oui on est back
Point sur l’attack
La culture c’est des ponts
Everything else c’est wack

Pour s’promener
Pour s’envoler
Pour te d’mander
«Comment allait ta journée ?»

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue
I get it

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Tu parles
J’écoute
You speak
I listen

Je parle
T’écoutes
I speak
You listen

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Bi bi bilingue
Y y y
Faut êt’ bilingue

Bilingue
Bilingue
Bilingue
On va êt’ bilingue

 

Chantons la langue avec Paul Demers

Paul Demers, album Paul Demers, 1990, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Paul Demers, «Notre place», album Paul Demers, 1990

 

Pour ne plus avoir not’ langue dans nos poches
Je vais chanter
Je vais chanter
Que tu viennes de Pointe aux-Roches, ou d?Orléans
Je vais chanter
Je vais chanter
Pour mettre les accents, là où il le faut
Faut se lever, il faut célébrer
Notre place
Aujourd’hui pour demain
Notre place
Pour un avenir meilleur
Notre place
Donnons-nous la main
Notre place
Ça vient du fond du cœur
Que tu viennes de Lafontaine ou de North Bay
Je vais chanter
Je vais chanter
Afin de pouvoir nous rapprocher
D?ici jusqu’à Fauquier
Je vais chanter
Je vais chanter
Pour mettre les accents, là où il le faut
Faut se lever, il faut célébrer
Notre place
Aujourd’hui pour demain
Notre place
Pour un avenir meilleur
Notre place
Donnons-nous la main
Notre place
Ça vient du fond du cœur

Pour mettre les accents, là où il le faut
Faut se lever, il faut célébrer
Notre place
Aujourd’hui pour demain
Notre place
Pour un avenir meilleur
Notre place
Donnons-nous la main
Notre place
Ça vient du fond du cœur

Notre place
Aujourd’hui pour demain
Notre place
Pour un avenir meilleur
Notre place
Donnons-nous la main
Notre place
Ça vient du fond du cœur
Notre place

 

Montréal, 17 mars 1955

Clarence Campbell, Forum de Montréal, 17 mars 1955

[On souligne ces jours-ci le soixantième anniversaire de l’émeute qui suivit l’annonce de la suspension du joueur de hockey Maurice Richard. Récit.]

«They rioted in the streets of Montreal when they benched Rocket Richard
It’s true»
(Jane Siberry, «Hockey», 1989)

Le 17 mars 1955, les Canadiens jouent un match au Forum de Montréal. Au cours de la journée, des voix se font entendre, qui demandent à Clarence Campbell, celui qui la veille a suspendu Maurice Richard pour les trois derniers matchs de la saison régulière et pour tous les matchs des séries éliminatoires, de ne pas y aller. On craint des débordements des partisans. Ceux-ci déplorent, pour ne pas dire plus, que la décision de Campbell prive Richard de ce qui aurait pu être le championnat des compteurs et ils redoutent que l’équipe, privée de sa vedette, ne parvienne pas à gagner la coupe Stanley, l’emblème du championnat nord-américain. Ils eurent doublement raison. Au moment de sa suspension, Richard était en tête des compteurs de la ligue, mais il sera dépassé, sous les huées, par son coéquipier Bernard Geoffrion. La coupe Stanley sera remportée par les Red Wings de Detroit, en sept matchs, contre les Canadiens dorénavant privés de Richard.

Le match commence à l’heure prévue, 20 heures 30. Les Red Wings, auxquels Montréal dispute le premier rang du classement dans la Ligue nationale, sont les visiteurs. L’équipe de Detroit prend rapidement les devants. Pendant la première période, tandis que les Red Wings dominent les Canadiens, Campbell se dirige vers son siège habituel, escorté de sa secrétaire, Phyllis King (qui deviendra sa femme), et de deux jeunes femmes. Cette présence a souvent été considérée, alors et depuis, comme une provocation. Dès le lendemain, le maire de Montréal, Jean Drapeau, reprochera à Campbell d’avoir assisté au match. N’avait-il pas été menacé de mort dans les heures le précédant ? Il devait se douter qu’il serait mal reçu. Mais à ce point ?

Campbell est pris à partie par des spectateurs — mais les récits varient considérablement. On le bombarde : programmes, bouteilles, couvre-chaussure et paletots, fruits et légumes, œufs (frais ou pourris), sacs d’arachides, cubes de glace, sacs remplis d’eau, pièces de monnaie, pieds de porc marinés. Un homme, dont on discute encore l’identité, s’approche de lui pour le frapper au visage. Une photo, constamment utilisée depuis, fait voir Campbell se protégeant, son chapeau d’une main et un programme de l’autre, pendant que des placiers retiennent son assaillant. (Maurice Richard possédait chez lui une reproduction encadrée de cette photo.) Quelques minutes plus tard, un spectateur écrase une tomate (ou deux) sur Campbell. Une chose est sûre : la position de ce dernier est périlleuse, comme le montrent les images fixes ou mobiles.

Dans les minutes qui suivent, une bombe lacrymogène explose. Le match est interrompu. Campbell se réfugie dans la salle du soigneur, où il croise Richard. Même s’il n’avait pas revêtu son uniforme, celui-ci avait tenu à être là pour encourager ses équipiers. Devant la cohue créée par les actes de violence à l’encontre de Campbell et par l’explosion de la bombe lacrymogène, le chef du service d’incendie de Montréal décide d’évacuer le Forum, ce qui se fera dans le calme. Detroit, qui menait 4 à 1, est décrété vainqueur du match, puisque l’équipe qui recevait n’a pas su assurer la sécurité de l’équipe adverse.

L’Émeute n’a pourtant pas lieu, pour l’essentiel, au Forum. C’est plutôt à l’extérieur qu’elle explose, rue Sainte-Catherine, une fois le Forum vidé de ses occupants (entre 14 et 16 000). Des manifestants s’y étaient regroupés dès avant le début du match, histoire d’exprimer leur mécontentement envers la sentence de Campbell. Ils brandissaient des pancartes : «Richard le persécuté», «Révoltante décision», «Injustice au Canada Français», «Injustice envers les sportifs», «Campbell» (avec des dessins de porc ou de… poire), «Stupid puppet Campbell», «Vive Richard», «Vive le Rocket», «On veut Richard», «Pas-de-Richard pas-de-Coupe», «Down with Campbell», «À bas Campbell», «Dehors Campbell!!», «J’y vais pas — et vous ? I’m not going, are you ?», «Tout-péché se pardonne. Campbell. Vive Richard», «Destruction du sport national». On promenait sur une camionnette une poupée géante à l’effigie de Richard, qu’on avait exhibée en des temps plus heureux, par exemple lors du 400e but du Rocket. Les manifestants sont rejoints par ceux qui quittent le Forum.

La violence avait commencé avant le début du match : des projectiles avaient été lancés dans les vitres du Forum et de nombreuses personnes s’étaient rassemblées dans le parc Cabot, situé en face. Après l’évacuation, elle éclate et elle prend des formes multiples. Des voitures sont renversées. Des tramways sont immobilisés. Des incendies sont allumés sur la chaussée. Des vitrines sont brisées. Des cabines téléphoniques et des kiosques à journaux sont vandalisés. Des commerces sont pillés, notamment des bijouteries. Des policiers et des civils sont blessés (aucun gravement). Du Forum, la foule se déplace vers l’est, en empruntant la rue Sainte-Catherine. Bilan : 100 000 $ de dégâts, avance-t-on le lendemain, avant de parler plus modestement de 30 000 $, quelques dizaines d’arrestations et d’inculpations, pour un événement qui aurait duré entre cinq et sept heures selon les récits. Maurice Richard ne sera pas témoin de ce que l’on appelle désormais l’Émeute Maurice-Richard : ayant quitté rapidement le Forum et ses environs, c’est par la radio qu’il apprendra qu’il y a eu émeute, et qu’il en suivra le déroulement.

Ajoutons deux choses.

En 2000, Brian McKenna réalise le documentaire Fire and Ice. The Rocket Richard Riot / L’émeute Maurice Richard (60 minutes, production : Galafilm). Ce film a le mérite de dire explicitement ce que révèlent nombre d’images que l’on a conservées de la soirée du 17 mars et des reportages publiés le lendemain. En plus d’être un accès de violence, accès dont il n’y a pas lieu de diminuer l’importance, l’Émeute a été une fête. (Rappelons, pour mémoire, que les Irlandais, partout dans le monde, célèbrent le 17 mars leur fête nationale, la Saint-Patrick. Ceux de Montréal ne font pas exception.) McKenna montre deux fois la séquence d’un homme qui dansait dans la rue, devant des flammes. Il a retenu des images de jeunes gens souriant à la caméra ou s’amusant autour de feux de camp improvisés. McKenna insiste sur cet aspect, et de deux façons. Par sa narration: «À l’extérieur du Forum, c’est à moitié une émeute et à moitié une fête» («Outside the Forum, it is half-riot half-party»). Par les souvenirs du musicien Billy Georgette: il circulait avec un groupe d’étudiants ce soir-là et leur tramway a été arrêté devant le Forum; ils en sont descendus pour se joindre à la fête («We joined the party»). Les choses dégénéreront, certes. Cela étant, on ne le dit pas assez : l’Émeute n’a pas seulement été le drame qu’elle est devenue sous les plumes les mieux intentionnées; elle a été l’occasion de célébrer. Quoi ? Maurice Richard, au moins. La résistance à une injustice supposée, sans doute. Le simple fait, pour une fois, de relever la tête, peut-être. La lutte contre les méchants Anglais ? C’est moins sûr.

Le magazine américain Sport d’avril 1955 comporte une photo de Richard fort différente de celles qu’on voit habituellement. Une épaule le tirant vers le sol et l’autre vers le ciel, les yeux tournés vers ce ciel, son bâton le protégeant et pointant lui aussi vers le ciel, le visage couvert d’une légère couche de sueur, ce Maurice Richard-là a tout du saint Sébastien de Luca Giordano, le peintre baroque du XVIIe siècle. Entre le Richard de Sport et «Le martyre de saint Sébastien», on peut multiplier les points communs : la position des épaules est la même, le cou est en extension dans les deux cas, les yeux sont également à la limite de la révulsion, les deux corps se détachent d’un fond noir, là où l’un a une flèche au flanc, l’autre tient son bâton. À ces coïncidences, visuelles, s’en ajoute une autre, historique : la photo paraît dans la livraison d’avril 1955 du magazine américain, mais elle est visible sur les murs du Forum de Montréal dès le 17 mars 1955, puisqu’elle accompagne la publicité du magazine («Read in this month’s Sport “Montreal Flying Frenchman”»; ce «Montreal Flying Frenchman» est Richard). Sébastien aurait été un soldat de l’armée romaine et il aurait vécu à la fin du IIIe siècle; il aurait été transpercé de flèches par les ordres de l’empereur Dioclétien parce qu’il était chrétien. Maurice Richard, lui, n’a pas été victime de ses convictions religieuses, mais il est néanmoins, comme Sébastien, ce soldat de Dieu, un être fabuleux et un martyr. Allons plus loin : les participants à l’émeute du 17 mars 1955 avaient déjà sous les yeux l’image du martyr qu’allait devenir Richard ce soir-là.

P.-S. — Le sujet est populaire : sur le site eduessays («Free Essays and Term papers»), vous pouvez acheter un devoir tout fait pour 12 $ US. Il racontera l’Émeute à votre place.

Maurice Richard et saint Sébastien

 

[Ce texte reprend des analyses publiées dans les Yeux de Maurice Richard (2006).]

 

[à suivre]

 

[Complément du 12 décembre 2018]

 

Références

Fire and Ice. The Rocket Richard Riot / L’émeute Maurice Richard, documentaire de 60 minutes, 2000. Réalisation : Brian McKenna. Production : Galafilm.

Melançon, Benoît, les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2006, 279 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Nouvelle édition, revue et augmentée : Montréal, Fides, 2008, 312 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Préface d’Antoine Del Busso. Traduction : The Rocket. A Cultural History of Maurice Richard, Vancouver, Toronto et Berkeley, Greystone Books, D&M Publishers Inc., 2009, 304 p. 26 illustrations en couleurs; 27 illustrations en noir et blanc. Traduction de Fred A. Reed. Préface de Roy MacGregor. Postface de Jean Béliveau. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2012, 312 p. 42 illustrations en noir et blanc. Préface de Guylaine Girard.

Les Yeux de Maurice Richard, édition de 2012, couverture