La citation parfaite du jour

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

«Savez-vous ce qui agace mes pauvres nerfs de ce temps-ci, ce qui me rend maussade pour tout le monde, moi qui ne l’ai jamais été que pour mon mari ? C’est l’approche du jour de l’An. Vous ne sauriez imaginer quelle antipathie je porte à cette réjouissance annuelle, à cette fête banale que le calendrier nous impose, que les hommes subissent pour ne pas déplaire aux femmes et que les femmes tolèrent pour ne pas faire pleurer les enfants. L’obligation de former des vœux de bonheur du bout des lèvres pour tous ceux qui vont venir m’en demander, de voir défiler dans mon salon une procession de gens qui me débiteront, souvent cinq ou six à la fois, les mêmes banalités en secouant sur mes tapis la neige de leurs bottes, m’emplit l’âme des plus noires pensées. Si vous saviez comme vous êtes ridicules et ennuyeux, vous autres hommes…»

Hector Fabre, «Le jour de l’An», 4 janvier 1864, dans Chroniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact classique», 189, 2007, p. 56-65, p. 56. Postface, chronologie et bibliographie de Gilles Marcotte.

 

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 20 décembre 2025.

Autopromotion 876

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

Dans le Devoir du jour, l’Oreille tendue publie «Apologie du flâneur», dans la rubrique «Le Devoir de littérature». Ce flâneur, c’est Hector Fabre, mais ce devrait être tout habitant d’une grande ville.

Ce texte a été soumis au journal il y a déjà un mois. Aujourd’hui, l’Oreille serait plus sévère au sujet de l’administration montréalaise de Soraya Martinez Ferrada.

P.-S.—C’est, en effet, la deuxième fois que L’Oreille tendue collabore à cette rubrique. La première fois, c’était .

Les zeugmes du dimanche matin et d’Hector Fabre

Hector Fabre, Chroniques, éd. de 2007, couverture

«C’est là une des faces du progrès alarmant du luxe parmi nous. Hélas ! les robes d’indienne s’en vont; il n’y a que les hommes qui les aiment; que quelques fidèles qui en aient le fanatisme. Comme c’est joli pourtant les robes d’indienne ! comme c’est frais, léger, charmant ! C’est la toilette de quinze ans, c’est la robe que l’on a mise à tous ses rêves de clerc et de rimailleur; c’est la toilette de la gaîté, de l’insouciance, de la jeunesse ! toutes les héroïnes que nous avons logées dans notre cœur et dans une chaumière, (à l’âge où l’on croit aux chaumières) portaient des robes d’indienne; celles qui ont eu les primeurs de nos cœurs, la première fleur de notre imagination, portaient des robes d’indienne» («Bals d’enfants», 15 janvier 1862, p. 43-48, p. 46).

«Un de nos jeunes volontaires aimait d’amour tendre une charmante héritière, qui habite le faubourg St. Louis. Il était épris de ses beaux yeux et des souvenirs, sous forme de rentes, que laisserait en quittant ce monde son futur beau-père» («L’invasion fénienne», 9 mars 1866, p. 74-84, p. 80).

Le piano «écrase les gens qui le portent. On les voit prêts à succomber sous le poids de l’harmonie condensée, et les notes ne bougent pas; mais enfin un vigoureux coup d’épaule, semblable à ce cri suprême que pousse un chanteur pour rattraper l’air qui s’en va, sauve la situation et le piano» («Les déménagements», 10 mai 1866, p. 85-89, p. 88).

Hector Fabre, Chroniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact classique», 189, 2007, 302 p. Postface, chronologie et bibliographie de Gilles Marcotte.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

L’oreille tendue de… Jean-Christophe Réhel

Jean-Christophe Réhel, «Les ciseaux près des yeux», 2025, illustration

«Depuis, je vis à la goutte près. J’ai développé une oreille fine : je reconnais le son d’un robinet mal fermé à travers deux murs et une porte. Je tends l’oreille avant de me coucher, juste pour être certain qu’aucune fuite ne siffle quelque part dans la tuyauterie. Je rêve parfois que je marche dans un désert de porcelaine, entouré de lavabos vides et de douches desséchées. Je me réveille la gorge sèche, et je me verse un fond d’eau tiède, comme un alcoolique qui rationne son dernier verre. Prendre une douche pendant que quelqu’un rince une assiette, c’est devenu de la pure folie. Je chronomètre mes douches : trois minutes trente, pas plus. Les cheveux restent parfois pleins de savon, mais au moins, la pompe ne rugit plus. J’ai appris à aimer le bruit du silence. Le bruit de ne pas manquer d’eau.»

Jean-Christophe Réhel, «Les ciseaux près des yeux», le Devoir, le D magazine, «Le feuilleton de Jean-Christophe», 22-23 novembre 2025, p. 29.

Accouplements 269

Annotation par Gilles Marcotte d’un ouvrage de Jean Marcel

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Pourquoi Hector Fabre rassemble-t-il ses Chroniques en 1877 ?

Notre littérature est en pleine floraison. Chaque saison voit naître un ouvrage nouveau, prose ou vers. Autour de moi. mes confrères se relisent, se recueillent et font réimprimer leurs écrits. Qu’est-ce à dire ? Il y a donc des lecteurs au Canada, et même des acheteurs ? L’abonné fidèle nous suivrait du journal jusqu’au livre ! Je me pique d’émulation et je veux comme les autres en tenter l’épreuve. Aussi bien mes amis m’y invitent, et, en refusant de me rendre à leurs instances, j’aurais l’air de douter d’eux, autant pour le moins que de moi-même (éd. de 2007, p. 9).

Pourquoi Jean Marcel publie-t-il en 1992 ses Pensées, passions et proses ?

À force d’insistance, l’amitié bienveillante de certains a eu raison de ma réticence à réunir en recueil les textes qu’on va lire (p. 9).

Qu’est-ce qui unit ces deux déclarations de joug amical ?

En 2007, Gilles Marcotte a réédité les Chroniques de Fabre. Vers 1995, le même Marcotte avait offert à l’Oreille tendue son exemplaire du recueil de Jean Marcel et lui avait dit, sourire en coin, que ses amis à lui n’étaient pas aussi insistants. Il avait aussi annoté son exemplaire.

 

Références

Fabre, Hector, Chroniques, Montréal, Boréal, coll. «Boréal compact classique», 189, 2007, 302 p. Postface, chronologie et bibliographie de Gilles Marcotte.

Marcel, Jean, Pensées, passions et proses. Essais, Montréal, L’Hexagone, coll. «Essais littéraires», 13, 1992, 399 p.