La clinique des phrases (129)

La clinique des phrases, Charles Malo Melançon, logo, 2020

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit ce début de chapitre, tiré d’un ouvrage québécois paru en 2025 :

En 1991, presque dix ans avant la sortie de L’erreur boréale, Serge Bouchard publiait son premier recueil d’essais, Le moineau domestique.

Jusque-là, il n’avait pas été question de l’Erreur boréale; il n’en sera pas question par la suite.

À quoi ce titre renvoie-t-il ? À un film ? À un livre ? De quel genre ? D’où vient-il ? Au lecteur de deviner. Un Québécois aura plus de chance d’y parvenir qu’un non-natif.

En l’occurrence, l’Erreur boréale

est un film documentaire québécois réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie, sorti en 1999. / Les réalisateurs ont construit ce film comme un pamphlet pour dénoncer les atteintes à l’environnement que représente la destruction du patrimoine forestier du Québec, stigmatisant notamment les coupes à blanc pratiquées sur de vastes étendues de la forêt boréale (c’est Wikipédia qui le dit).

Revoyons donc la chose :

En 1991, presque dix ans avant la sortie du film L’erreur boréale, de Richard Desjardins et Robert Monderie, Serge Bouchard publiait son premier recueil d’essais, Le moineau domestique; il s’y intéressait déjà au patrimoine naturel du Québec.

À votre service.

P.-S.—Vous pensez «syndrome UQAM» ? Vous avez raison.

Celui qu’on ne livre pas

Cate Blanchett dans le rôle de Bob Dylan

Soit le paragraphe suivant, publié dans le quotidien montréalais la Presse+ le 18 mai 2026 :

Celle qui sera de la distribution du prochain long métrage de Brady Corbet (The Brutalist), un film sulfureux campé dans les années 1970 mettant aussi en vedette Selena Gomez et Michael Fassbender, a ravi les festivaliers avec quelques anecdotes de tournages. [Cate Blanchett] a parlé d’un truc qu’une costumière lui a donné à Montréal sur le tournage de I’m Not There de Todd Haynes, qui créait une liste de chansons pour chaque acteur, afin de mieux incarner Bob Dylan. «Elle m’a suggéré de mettre un bas dans mon pantalon, parce que le paquet n’a pas la même forme !»

Qu’est-ce que ce paquet ? Pour comprendre le sens de ce mot dans le français populaire du Québec, il faut se souvenir que Cate Blanchett a déjà incarné un homme, en l’occurrence Bob Dylan. Le paquet qui lui manquait, et que pouvait imiter une chaussette, se trouvait entre ses jambes. On aurait aussi pu parler de poche ou de fourche.

À votre service.

Curiosité voltairienne (et documentaire)

Hélène Choquette, Une histoire sur le goût de la langue, film documentaire, 2022, affiche

En 2022, Hélène Choquette lançait le documentaire Une histoire sur le goût de la langue. En ouverture, on entend la chanson «Mon pays», de Gilles Vigneault. Pourquoi ? Parce qu’elle «contredit» la déclaration de Voltaire sur les «arpents de neige» canadiens.

P.-S.—Au dernier rang, sur l’affiche, à gauche, n’est-ce pas Voltaire ?

 

Au début du vingt-troisième chapitre de Candide (1759), le conte de Voltaire, «Candide et Martin vont sur les côtes d’Angleterre; ce qu’ils y voient», Candide discute avec Martin sur le pont d’un navire hollandais : «Vous connaissez l’Angleterre; y est-on aussi fou qu’en France ? — C’est une autre espèce de folie, dit Martin. Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut.»

 

Voltaire est toujours bien vivant.

Affaires de cœur

«Ma queue et mon cœur s’emballent… quand tu t’exerces à parler ta deuxième langue officielle !», publicité du Commissariat aux langues officielles du Canada, février 2026

Parmi les plus vieux lecteurs de l’Oreille tendue, certains se souviendront peut-être d’une œuvre québécoise de 1974, la Pomme, la queue et les pépins. Coiffé d’une subtile allusion aux parties du fruit défendu, ce film de fesses mettait en relation les ébats amoureux et un appendice masculin dysfonctionnel.

Pour la Saint-Valentin de cette année, le Commissariat aux langues officielles du Canada a proposé, sur les réseaux sociaux, une étonnante publicité : «Ma queue et mon cœur s’emballent… quand tu t’exerces à parler ta deuxième langue officielle !» La queue et l’amour, encore, la langue en plus.

Ce message «saugrenu» a évidemment suscité des moqueries nombreuses, au point où le Commissariat l’a retiré. Ses lecteurs ont cru comprendre que cette invitation implicite ne concernait pas que les chiens. Comment le leur reprocher ?

Des fleurs ou des chocolats auraient moins porté à controverse.

P.-S.—La version anglaise, «My tail starts wagging and my heart is all aflutter… when you practise your second official language !», était beaucoup plus neutre que la française.