Langue d’hôpital

Quels que soient les milieux qu’elle fréquente, l’Oreille est toujours tendue. C’est plus fort qu’elle.

L’autre jour, à l’hôpital, elle tombe sur ceci.

Oups !

L’épidurale atténue les maux du corps, certes, mais qui s’occupera de la santé de la langue et couvrira ce e final que nous ne saurions voir ?

En quittant les lieux, ce n’est pas mieux : encore un quitter orphelin.

Oups, bis !

On n’est à l’abri nulle part.

L’ivresse du pouvoir

Ce fut d’abord un subjonctif rétabli dans une publicité de Nissan.

Ce fut ensuite «quitter» (enfin) remplacé par «partir», à l’Université de Montréal.

C’est maintenant une énumération dont on a corrigé les temps verbaux. (C’était à cette antenne le 19 septembre : les promoteurs du projet immobilier Southam Lofts venaient de publier dans le Devoir une publicité dans laquelle une énumération était mal construite. La Presse du 24 septembre accueille la même publicité dans son cahier «Mon toit», page 4, mais corrigée.)

Ces trois corrections — avec lesquelles elle n’a peut-être rien à voir — risquent néanmoins de monter à la tête de l’Oreille.

Le poids du monde

Parmi les obstacles qui obstruent la route de la «vie bonne» dont parlent les philosophes, il y a les gens qui sont infoutus de construire une énumération. Ils mêlent tout, les substantifs avec les adjectifs, les verbes conjugués avec ceux qui ne le sont pas, etc.

Exemple, encore tiré d’une publicité des Southam Lofts (Lofts Southam ferait trop plouc) : «Contacter notre bureau des ventes pour plus de détails. / Ne manquez pas cette opportunité fantastique» (le Devoir, 17-18 septembre 2011, p. G2).

Ce mélange d’infinitif («Contacter») et d’impératif («manquez») rend le bonheur bien difficile à atteindre.

P.-S. — On pourrait aussi râler contre «opportunité», mais à chaque jour suffit sa peine.

Proposition de correction

L’Oreille tendue n’hésite pas à se répéter : une minuscule et une majuscule, ce n’est pas la même chose. Exemple.

Quand on lit dans Polynie de Mélanie Vincelette (2011) la phrase «Sur la croix de bois que l’on préparait pour lui, son père avait fixé un autocollant du club de hockey canadien» (p. 198), on peut être étonné. Il y aurait donc un seul «club de hockey canadien» ? Non, bien sûr. Corrigeons : Club de hockey Canadien, celui de Montréal. Voilà qui est compréhensible.

À votre service.

 

Référence

Vincelette, Mélanie, Polynie, Paris, Robert Laffont, 2011, 213 p.