
Au Québec, pour mesurer l’appétit sexuel et la capacité de le satisfaire, on évoque la mine dans le crayon. Il vaudrait mieux en avoir beaucoup que pas assez.
C’est à cela que renvoyait un titre de la Presse+ le 11 septembre dernier.
« Nous n’avons pas besoin de parler français, nous avons besoin du français pour parler » (André Belleau).

Au Québec, pour mesurer l’appétit sexuel et la capacité de le satisfaire, on évoque la mine dans le crayon. Il vaudrait mieux en avoir beaucoup que pas assez.
C’est à cela que renvoyait un titre de la Presse+ le 11 septembre dernier.
Un juron québécois (câlisse) et une de ses formes dérivées (décâlisser) sont à l’honneur cette semaine.
C’était mardi à l’hôtel du Parlement du Québec.
C’était ce matin à la Commission (québécoise) d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics, dite Commission Charbonneau.

Et nous ne sommes que jeudi midi.
[Complément du 4 octobre 2013]
Plus tard le même jour.
Au courrier, le recueil de nouvelles de Françoise Major, Dans le noir jamais noir (Montréal, La mèche, 2013, 127 p.). Page 13, on lit, tout en majuscules, «MAN, EST GROSSE, ON DÉCÂLISSE».
Sur le blogue OffQc :
L’Oreille tendue a pris soin, le 20 avril 2011, de rappeler qu’il ne faut pas confondre la Japonaise et la japonaise, le Français et le français, le Danois et le danois. Quelques semaines plus tôt, c’était d’Américaine et d’américaine qu’il s’agissait.
Pourquoi revenir là-dessus aujourd’hui ? À cause de deux phrases lues récemment.
L’une, tirée de la Presse, fait un usage correct de la minuscule : «Quatre canadiennes parmi les plus gros pollueurs» (13 septembre 2013, cahier Affaires, p. 5). Il s’agit, heureusement, d’entreprises (canadiennes), pas de personnes.
En revanche, la citation suivante, tirée d’une lettre de 1830 de Wilhelm von Humboldt à Abel-Rémusat, est fautive, du moins selon les normes du XXIe siècle : «Je puis naturellement moins juger de ses connaissances en Chinois, et je ne disconviens pas qu’il met parfois plus de confiance que je ne le ferois, dans des connaissances rapidement acquises.» S’y connaître «en Chinois», ce n’est pas du tout la même chose que s’y connaître «en chinois», à moins, bien sûr, que la connaissance dont parle Humboldt ne soit la connaissance dite biblique, ce qui ne paraît pas être le cas. (Merci à @LucieBourassa pour la citation.)
P.-S. — On notera avec plaisir l’utilisation par Humboldt de «ne pas disconvenir que», expression trop peu employée.
[Complément du 1er décembre 2014]
Sur les écrans qui diffusent de l’information continue dans le métro de Montréal, ceci, vu tout à l’heure : «INTEL ACHÈTE UNE MONTRÉALAISE.»
On peut espérer qu’il s’agit d’une (société) montréalaise, et non d’une Montréalaise.
[Complément du 12 août 2015]
Donc, oui : l’adjectif prend la minuscule. (Merci à la Librairie Monet pour cette publicité parue dans le quotidien le Devoir aujourd’hui.)

Donc, non : l’adjectif ne prend pas la majuscule. (Et le substantif non plus, d’ailleurs.)

C’est comme ça.
[Complément du 6 août 2018]
Il y a Belge (l’habitant de la Belgique) et belge (la bière) : «Une fois abandonné par Caroline et relégué aux deux et demie pas chers de Verdun, je me suis contenté d’entretenir ma solitude, un film, un livre, une belge à la fois, mais j’ai maintenant dépassé la trentaine et il commence à faire sombre certains soirs par chez nous» (les Noyades secondaires, p. 181).
[Complément du 22 novembre 2021]
Soit la phrase suivante, tirée de Libération : «Reste que le Français “a besoin de normes, de grammaires et de dictionnaires, explique la sociolinguiste Maria Candea. Mais cette fonction revient plutôt aujourd’hui aux dictionnaires privés (Larousse et Robert), qui eux-mêmes entérinent l’usage observé dans la population”.» Langue ou citoyen ? Français (sans majuscule) ou Français (avec majuscule) ? Faudrait préciser.
Référence
Raymond Bock, Maxime, les Noyades secondaires. Histoires, Montréal, Le Cheval d’août, 2017, 369 p.

Tout le monde le dit et le répète : les jurons du Québec sont caractérisés par une forte présence de l’attirail liturgique (tabernacle faisant tabarnak, calice devenant câlisse, ciboire évoluant en cibouère). On y est moins portés qu’ailleurs sur Dieu, mais Son fils est partout (Christ se retrouvant sous les traits de crisse).
Au fil des ans, la dimension sacrilège des sacres québécois s’est fortement atténuée. D’une part, la déchristianisation de la population a coupé cet usage linguistique de son arrière-plan sacré : dire sacrament quand on ne va pas à l’église a moins de poids que si on est pratiquant. D’autre part, il existe au Québec une constante euphémisation des jurons, qui a eu pour effet de (presque) ravaler, par exemple, crisse au rang d’un banal crime.
(L’Oreille tendue a consacré nombre de textes à ces questions. Ils sont regroupés ici.)
L’hôtel du Parlement du Québec vient d’être le théâtre de pareille euphémisation. Pas plus tard que cet après-midi, des femmes s’y sont dénudé la poitrine en hurlant «Crucifix, décâlisse !». Sur leurs seins, la même formule était écrite. Elles seraient associées au groupe Femen.
(Pourquoi ? Parce que, dans le débat actuel sur le projet de Charte des valeurs québécoises, il est beaucoup question du maintien, ou du retrait, du crucifix qui orne les murs de l’hôtel du Parlement du Québec depuis 1936.)
Le choix du verbe décâlisser est intéressant. Celui-ci signifie partir, s’en aller. Traduction libre : Crucifix, va-t-en !
Crucifix, décrisse ! n’aurait-il pas été un meilleur choix, bien plus fort ? Dire au Christ du crucifix de décrisser, voilà qui aurait été vraiment blasphématoire.
D’une certaine façon, les protestataires se sont gardé une petite gêne.
P.-S.—Crucifix étant aussi un juron québécois, cela peut mener à une certaine confusion du message. Soit on demande au crucifix de décâlisser. Soit on enjoint à quelqu’un de décâlisser, en utilisant crucifix comme marqueur d’intensité.
P.-P.-S.—Sur Twitter, @kick1972 le faisait remarquer : la langue populaire se porte bien au Salon bleu. La semaine dernière, une députée, en pleins débats parlementaires, a envoyé «chier» la première ministre du Québec, Pauline Marois.

Le français moderne aime créer des mots se terminant en –ing. Exemples récents.
Vous transformez tout en jus ? Vous voilà adepte du juicing. Attention, cependant : le magazine Châtelaine, au cours de l’été 2013, s’interrogeait. «On a testé le juicing : bon choix ou tendance risquée ?»
Vous faites du jogging à reculons en jonglant ? C’est du joggling. (Merci à @mcgilles.)
Vous vous êtes levé en cherchant «un sport de préhension issu de plusieurs disciplines, telles que la lutte, le judo ou le sambo» ? Le grappling est pour vous, même en entreprise.
Vous êtes plutôt «mode, glamour, affirmation identitaire, danse urbaine et posture» ? Tâtez du voguing.
Ça vous changera du cocooning, de l’outdooring, du couponing, du planking, du stocking et du (désuet) tebowing.
On n’arrête pas le progrès.