Correspondre grâce à Guy Lafleur

Série de tombres-poste «Les héros du hockey», 2016

 

On a beaucoup dit, depuis le milieu des années 1990 et l’apparition du World Wide Web, que la correspondance manuscrite était appelée à disparaître. L’Oreille tendue ne partage pas tout à fait ce point de vue.

Quoi qu’il en soit, cette menace n’empêche pas l’émission de nouveaux timbres-poste.

Récemment, Postes Canada a décidé de commémorer la carrière de Guy Lafleur, le célèbre ailier droit des Canadiens de Montréal, des Rangers de New York et des Nordiques de Québec — c’est du hockey. (Pour en savoir plus sur la représentation culturelle de Guy Lafleur, on clique ici.) Dans la série «Les héros du hockey», il figure à côté de Sidney Crosby, Phil Esposito, Mark Messier, Darryl Sittler et Steve Yzerman. Voilà «six des plus grands attaquants canadiens de la LNH à avoir joué». Cela se défend. Dire de chacun qu’il est un «héro», comme le fait Postes Canada, non.

Lafleur n’est pas le premier joueur des Canadiens à être honoré de la sorte.

Le visage de Maurice Richard a orné une série de timbres émis pour souligner la 50e édition du match des étoiles de la Ligue nationale de hockey en 2000. Il y côtoyait deux coéquipiers, Doug Harvey et Jacques Plante, et trois autres joueurs, Wayne Gretzky, Gordie Howe et Bobby Orr.

Série de timbres-poste, 50e édition du match des étoiles, 2000

 

Rebelote en 2009, au moment de l’interminable centenaire de l’équipe montréalaise. Les joueurs retenus ? De nouveau Harvey, Lafleur, Plante et Richard, en plus de Jean Béliveau, Yvan Cournoyer, Ken Dryden, Bob Gainey, Bernard Geoffrion, Dickie Moore, Howie Morenz, Henri Richard (le frère de l’autre), Larry Robinson, Patrick Roy et Serge Savard.

Série de timbres-poste, centenaire des Canadiens de Montréal, 2009

 

La lettre est peut-être moribonde; pas l’enveloppe.

P.-S. — Il n’est pas du tout impossible que des timbres hockeyistiques aient échappé à l’attention de l’Oreille tendue. Elle n’est pas philatéliste.

P.-P.-S. — Dans son livre de 2006, l’Oreille avait déjà parlé du timbre de Maurice Richard de 2000.

 

Références

Melançon, Benoît, les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Montréal, Fides, 2006, 279 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Nouvelle édition, revue et augmentée : Montréal, Fides, 2008, 312 p. 18 illustrations en couleurs; 24 illustrations en noir et blanc. Préface d’Antoine Del Busso. Traduction : The Rocket. A Cultural History of Maurice Richard, Vancouver, Toronto et Berkeley, Greystone Books, D&M Publishers Inc., 2009, 304 p. 26 illustrations en couleurs; 27 illustrations en noir et blanc. Traduction de Fred A. Reed. Préface de Roy MacGregor. Postface de Jean Béliveau. Édition de poche : Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2012, 312 p. 42 illustrations en noir et blanc. Préface de Guylaine Girard.

Melançon, Benoît, Épistol@rités, Saint-Cyr sur Loire, publie.net, coll. «Washing Machine», 2013. Livre numérique. Recueil de trois textes : Sevigne@Internet. Remarques sur le courrier électronique et la lettre (1996), «Postface inédite : Quinze ans plus tard» (2011) et «Épistol@rités, d’aujourd’hui à hier» (2011). URL : <http://www.publie.net/fr/ebook/9782814506602/epistol@rites>.

Guy Lafleur, série de tombres-poste «Les héros du hockey», 2016

Point ou point de ?

À certains égards, l’Oreille tendue n’est pas de son temps. (Ça ne l’inquiète pas outre mesure.)

Ainsi, quand, essentiellement pour des raisons familiales, il lui arrive de texter, elle ne laisse tomber aucun code de ses modes habituels de communication. Elle met toutes les majuscules, elle n’utilise jamais d’abréviation, elle ponctue soigneusement (et avec mesure), aucune binette n’est jamais apparue (ni n’apparaîtra) sous son clavier.

Et elle met un point final. Vous imaginez son étonnement quand elle a appris que ce simple geste, parfaitement banal pour elle, est potentiellement lourd de significations.

Des exemples de gens évoquant ce risque de faux pas ?

Ben Crair, dans The New Republic, le 25 novembre 2013, dans l’article «The Period Is Pissed. When did our plainest punctuation mark become so aggressive ?». (Merci à @jdesjardins1861.)

Des élèves ayant pour la plupart fini leur secondaire, témoignant sur Facebook.

@aurelberra, sur Twitter : «Remarque entendue : le sentiment de la ponctuation change et le point final est perçu comme froid dans les SMS, les courriels».

Jessica Bennett, dans le New York Times du 27 février dernier, dans le texte intitulé «When Your Punctuation Says It All (!)». (L’Oreille remercie @Nonym7 pour le lien, même si elle n’a pas tout bien compris.)

Un banal point final pourrait donc être déplacé dans certaines situations de communication ? Perdre sa neutralité ? Être synonyme de froideur, voire de refus de dialoguer ?

Le fossé des générations se creuse sous nos pas.

 

[Complément du 10 juin 2016]

Le New York Times d’hier, avec l’aide de David Crystal, remet ça : «Period. Full Stop. Point. Whatever It’s Called, It’s Going Out of Style

 

[Complément du 22 octobre 2021]

Plus tôt cette semaine, l’Oreille tendue est allée voir un match des Canadiens de Montréal — c’est du hockey — en compagnie d’un de ses fils. À l’entracte, il a fallu penser ravitaillement. D’où cet échange :

Échanges de textos père-fils, Montréal, octobre 2021

Ledit fils a été outré : «C’est quoi cette histoire de mettre un point après “Oui” ? Ça va pas la tête ?» (version édulcorée)

Pour le fossé des générations, les choses ne vont pas s’améliorer.