Autopromotion 589

«Parcours de cadavres», 17 septembre 2021, affiche

Le 17 septembre 2021 — c’est un vendredi —, de 14 h à 17 h 30, le Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes, dans les locaux de l’Université du Québec à Montréal, vous propose un «Parcours de cadavres».

L’Oreille tendue y parlera d’une chapelle ardente sur la glace, celle d’Howie Morenz.

Programme et renseignements ici.

In memoriam. Larry Bongie (1929-2020)

Photo de Laurence (Larry) Bongie

Un vieil ami de l’Oreille tendue est mort le 26 décembre. Laurence (Larry) Bongie était un spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle.

En 2003, la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle avait fait de Larry son premier membre d’honneur.

Selon l’article 2 de ses Statuts et règlements, la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle peut désigner un maximum de dix membres d’honneur. Les membres d’honneur sont des personnes à la retraite, dont la contribution aux études sur le XVIIIe siècle et à la vie de la Société a été jugée exceptionnelle. À sa réunion du 25 octobre 2003, le Bureau de la Société a nommé à ce titre Laurence L. Bongie.

Larry Bongie est professeur émérite de l’Université de la Colombie britannique, où il a fait toute sa carrière, de 1953 à 1992. Docteur de l’Université de Paris, il est officier dans l’Ordre des palmes académiques et membre de la Société royale du Canada.

Il est associé à la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle depuis sa création officielle en 1971. Il a participé activement à plusieurs de ses congrès, il a collaboré à l’organisation des congrès de 1979 et de 1987 à Vancouver, et il a été Western Vice-President de la Société.

Il travaille aussi bien en littérature française qu’en littérature anglaise. Pour s’en tenir au seul XVIIIe siècle, il a écrit sur Diderot, Condillac, Hume (son David Hume, Prophet of Counter Revolution en est à sa troisième édition), Charles-Edward Stuart, Sade et, plus récemment, Charles de Julie. Les qualités de ses recherches sont toujours les mêmes : travail documentaire de première main, respect des faits, refus des lieux communs.

Indeed the defining characteristic of Larry Bongie’s scholarship is a scrupulous respect for the facts: his conclusions are grounded on thoroughgoing research in archives and libraries. Larry has been known to say, “I call them as I see them,” and in this case one can be confident that he has seen the evidence. He is no captive to “idées reçues,” as his reading of the dispute between David Hume and Jean-Jacques Rousseau, and his biography of Sade (which Robert Darnton has called a “negative biography”) amply testify.

Thus, it is with great pride and pleasure that the Executive of CSECS introduces its first “honorary member,” Larry Bongie.

Il va nous manquer.

Nécrologie : <https://vancouversunandprovince.remembering.ca/obituary/laurence-bongie-1081321941>.

Wikipédia : <https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurence_L._Bongie>.

Plus récent livre paru : Sade. Un essai biographique (2017).

 

[Complément du 2 février 2021]

Quatre anciens collègues de Larry Bongie, dont l’Oreille, lui rendent hommage : «Remembering Larry Bongie», News, Department of French, Hispanic, and Italian Studies, The University of British Columbia, 2 février 2021. URL : <https://fhis.ubc.ca/news/remembering-larry-bongie/>.

Voilà qui est clair

Laurent Mauvignier, Histoires de la nuit, 2020, couverture

C’est un des dadas de l’Oreille tendue : elle n’aime pas le verbe décéder. Elle pense que les gens meurent, tout simplement.

Laurent Mauvignier paraît ne pas non plus aimer les euphémismes.

En 1999 : «comme les gens disent, parler de dernière demeure pour se faire croire qu’il y a des restes de vie, une demeure comme une petite maison ou un logement avec un petit confort quand même» (p. 33).

Cette année : «Est-ce qu’il dira ce mot qu’il ne prononce jamais et qui est pour lui comme un mot trop prudent, ou qu’il fera comme les gens qui parlent de quelqu’un en disant qu’il est décédé pour dire qu’il est mort — pourquoi ils ne disent pas qu’il est mort, plutôt que d’essayer de planquer le cadavre dans ce mot embaumé, faussement pudique ? décédé ?» (p. 175-176)

Merci.

 

Références

Mauvignier, Laurent, Loin d’eux, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 120 p.

Mauvignier, Laurent, Histoires de la nuit, Paris, Éditions de Minuit, 2020, 634 p.

Rien n’est (plus) gratuit en ce bas monde

Les amateurs de football — le nord-américain, pas le soccer — le savent : quand une équipe approche de la zone des buts de l’autre équipe, elle entre dans la zone payante (red zone dans la langue de Tom Brady).

Joe Paterno, un célèbre instructeur de football universitaire, vient de mourir. Pour assister au service religieux en sa mémoire, qui a lieu aujourd’hui, il faut payer sa place.

L’expression zone payante vient de prendre un sens nouveau.

Ça ne s’invente pas (car c’est déjà inventé)

Erin McKean suit de très près l’évolution de la langue anglaise. Elle a exposé ses positions lexicographiques dans le cadre d’une conférence présentée par TED; l’Oreille tendue en a parlé ici. Elle dirige un dictionnaire en ligne, Wordnik. Et elle publie des livres.

Aftercrimes, Geoslavery, and Thermogeddon (2011) recense et définit quelques dizaines de néologismes (en anglais), beaucoup venus du monde des sciences. Des exemples ?

«Displace fallacy» : l’idée fausse selon laquelle une nouvelle technologie (le livrel) remplace les anciennes (le livre).

«E-mail apnea» : le fait de ne (presque) plus respirer (temporairement) quand on est absorbé par ses courriels. (On doit l’expression à Linda Stone.)

«Thanatourism» : forme de tourisme à destination de lieux associés à la souffrance et à la mort, particulièrement à la mort violente.

C’est réjouissant d’inventivité.

 

[Complément du 22 octobre 2011]

On peut facilement imaginer le plaisir qu’aurait Erin McKean devant tel mot-valise d’un tweet publié hier par @dancohen, qui l’emprunte lui-même à @ncschistory : «“Scannabago” [Scan / Numérisation + Winnebago / Autocaravane] = mobile scanning unit to digitize local materials.»

 

[Complément du 30 janvier 2012]

Au lieu de thanatourism, on peut aussi dire dark tourism. L’expression est chez Julien Blanc-Gras dans Touriste (2011, p. 43). On y découvre également le tourisme chez les pauvres, le poorism (p. 115).

 

[Complément du 26 juin 2012]

La Libre Belgique, elle, parle de nécrotourisme.

 

[Complément du 31 juillet 2013]

Une catastrophe ferroviaire fait 45 morts à Lac Mégantic. Quelques semaines plus tard, @rdimatin parle du «tourisme de catastrophe» qui se pratique dans cette petite ville du Québec.

 

[Complément du 31 décembre 2015]

Dans la neuvième livraison de l’émission The New Yorker Radio Hour, datée du 18 décembre 2015, David Remnick évoque le «crisis tourism».

 

Références

Blanc-Gras, Julien, Touriste, Vauvert, Au diable vauvert, 2011, 259 p.

McKean, Erin, Aftercrimes, Geoslavery, and Thermogeddon. Thought-Provoking Words from a Lexicographer’s Notebook, livre numérique (Kindle), New York, TED Conferences, LLC, 2011.