In memoriam. Larry Bongie (1929-2020)

Photo de Laurence (Larry) Bongie

Un vieil ami de l’Oreille tendue est mort le 26 décembre. Laurence (Larry) Bongie était un spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle.

En 2003, la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle avait fait de Larry son premier membre d’honneur.

Selon l’article 2 de ses Statuts et règlements, la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle peut désigner un maximum de dix membres d’honneur. Les membres d’honneur sont des personnes à la retraite, dont la contribution aux études sur le XVIIIe siècle et à la vie de la Société a été jugée exceptionnelle. À sa réunion du 25 octobre 2003, le Bureau de la Société a nommé à ce titre Laurence L. Bongie.

Larry Bongie est professeur émérite de l’Université de la Colombie britannique, où il a fait toute sa carrière, de 1953 à 1992. Docteur de l’Université de Paris, il est officier dans l’Ordre des palmes académiques et membre de la Société royale du Canada.

Il est associé à la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle depuis sa création officielle en 1971. Il a participé activement à plusieurs de ses congrès, il a collaboré à l’organisation des congrès de 1979 et de 1987 à Vancouver, et il a été Western Vice-President de la Société.

Il travaille aussi bien en littérature française qu’en littérature anglaise. Pour s’en tenir au seul XVIIIe siècle, il a écrit sur Diderot, Condillac, Hume (son David Hume, Prophet of Counter Revolution en est à sa troisième édition), Charles-Edward Stuart, Sade et, plus récemment, Charles de Julie. Les qualités de ses recherches sont toujours les mêmes : travail documentaire de première main, respect des faits, refus des lieux communs.

Indeed the defining characteristic of Larry Bongie’s scholarship is a scrupulous respect for the facts: his conclusions are grounded on thoroughgoing research in archives and libraries. Larry has been known to say, “I call them as I see them,” and in this case one can be confident that he has seen the evidence. He is no captive to “idées reçues,” as his reading of the dispute between David Hume and Jean-Jacques Rousseau, and his biography of Sade (which Robert Darnton has called a “negative biography”) amply testify.

Thus, it is with great pride and pleasure that the Executive of CSECS introduces its first “honorary member,” Larry Bongie.

Il va nous manquer.

Nécrologie : <https://vancouversunandprovince.remembering.ca/obituary/laurence-bongie-1081321941>.

Wikipédia : <https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurence_L._Bongie>.

Plus récent livre paru : Sade. Un essai biographique (2017).

 

[Complément du 2 février 2021]

Quatre anciens collègues de Larry Bongie, dont l’Oreille, lui rendent hommage : «Remembering Larry Bongie», News, Department of French, Hispanic, and Italian Studies, The University of British Columbia, 2 février 2021. URL : <https://fhis.ubc.ca/news/remembering-larry-bongie/>.

Voilà qui est clair

Laurent Mauvignier, Histoires de la nuit, 2020, couverture

C’est un des dadas de l’Oreille tendue : elle n’aime pas le verbe décéder. Elle pense que les gens meurent, tout simplement.

Laurent Mauvignier paraît ne pas non plus aimer les euphémismes.

En 1999 : «comme les gens disent, parler de dernière demeure pour se faire croire qu’il y a des restes de vie, une demeure comme une petite maison ou un logement avec un petit confort quand même» (p. 33).

Cette année : «Est-ce qu’il dira ce mot qu’il ne prononce jamais et qui est pour lui comme un mot trop prudent, ou qu’il fera comme les gens qui parlent de quelqu’un en disant qu’il est décédé pour dire qu’il est mort — pourquoi ils ne disent pas qu’il est mort, plutôt que d’essayer de planquer le cadavre dans ce mot embaumé, faussement pudique ? décédé ?» (p. 175-176)

Merci.

 

Références

Mauvignier, Laurent, Loin d’eux, Paris, Éditions de Minuit, 1999, 120 p.

Mauvignier, Laurent, Histoires de la nuit, Paris, Éditions de Minuit, 2020, 634 p.

Laissez-les mourir

Loco Locass, Amour oral, 2004, pochette

Selon la plupart des sources consultées, qu’elles soient médicales ou philosophiques, tout le monde devrait mourir un jour. Pourquoi ne pas le dire ?

Certains, comme s’ils avaient manqué de courant, s’éteindraient. C’était le cas cette semaine d’un documentariste : «Le cinéaste canadien Allan King s’éteint» (la Presse, 16 juin 2009, cahier Arts et spectacles, p. 4).

D’autres disparaîtraient. Ils le font surtout selon les auteurs de rétrospectives de fin d’année : «Les disparus de 2008.»

La plupart décéderaient. Voilà le mot le plus souvent utilisé désormais pour désigner la passage de vie à trépas.

Que les journaux se laissent aller à ce type d’euphémisme passe encore — même si certaines formules étonnent un brin. Le Devoir du 5 octobre 2004 parlait de «L’ultime décès de Janet Leigh» (p. A1 et A8). Elle a eu droit à combien ? (Le sous-titre de l’article expliquait l’affaire : «Déjà assassinée sous la douche en 1960 dans Psycho, l’actrice s’éteint [!] définitivement à 77 ans.»)

Quand il s’agit de romanciers, c’est plus ennuyeux. Un des personnages de Klonk contre Klonk de François Gravel serait ainsi «décédé» (p. 94). Il n’aurait pas pu être mort, tout simplement ?

Cela étant, il y a des cas (rares) où décéder s’impose. Le groupe Loco Locass en donne l’exemple parfait : «Fa’que décide ou décède», chante-t-il dans la pièce «Résistance» de l’album Amour oral (2004).

C’est l’exception qui confirme la règle.

 

Référence

Gravel, François, Klonk contre Klonk, Montréal, Québec/Amérique Jeunesse, 2004, 126 p.