Investir les signes de 2012

Une princesse contre la loi

Quiconque s’intéresse pas trop idiotement au numérique — oui, l’Oreille tendue a en tête des gens qui s’y intéressent idiotement, des pour et des contre, mais c’est une autre histoire — sait que la circulation des discours en est constitutive, circulation contrôlée, qu’on veut contrôler (sans succès), incontrôlable (de nature). Exemple.

Pendant les grèves étudiantes québécoises de 2012, l’Oreille s’est attachée à ce que révélaient les pancartes des manifestants. En en rassemblant quelques-unes sur les Pancartes de la GGI. En les commentant.

Elle n’avait pas prévu qu’un écrivain se servirait de ses bricolages pour en tirer un texte, en l’occurrence une nouvelle. Or c’est ce que vient de faire Emmanuel Bouchard, sous le titre «22». Son narrateur voudrait rester à l’écart des événements, mais il en est incapable, tant imaginairement (il baigne dans les mots de la grève) que concrètement (la rue est un lieu d’affrontements, avec des inconnus, mais aussi avec des proches). À lire.

P.-S. — Pourquoi «22» ? Parce que les plus imposants rassemblements du «Printemps érable» avaient lieu le 22 de chaque mois.

P.-P.-S. — Emmanuel Bouchard nourrit l’Oreille de suggestions bienvenues depuis plusieurs années (merci). Autre signe d’une écoute active du monde.

 

Référence

Bouchard, Emmanuel, «22», XYZ. La revue de la nouvelle, 115, automne 2013, p. 59-61. https://id.erudit.org/iderudit/69625ac

Dictionnaire des séries 38

Si vous n’avez pas un talent naturel, vous devrez travailler plus fort que les autres, toujours donner votre 110 %, ne pas économiser vos efforts, surtout le deuxième.

On dira alors de vous que vous êtes un plombier. Vous évoluerez, le plus souvent, au sein du quatrième trio. Attention : ce n’est pas (complètement) péjoratif.

Exemples

parfois au bout d’une campagne
longue comme une gestation
avoir enfin le droit de disputer la finale
au bon endroit au bon moment
ce qu’ont raté bien des grands
et réussi bien des plombiers
(Bernard Pozier, «La coupe», p. 61)

Et ceux qui comparent [Maxim] Lapierre à un plombier
Peuvent bien aller se promener
Car ce jeune homme sera le deuxième centre
Et il aura une carrière marquante
(expos-habs, «Reprise du poème à Lapierre», RSD.ca, 1er octobre 2007)

Antonyme : compteur naturel.

 

[Complément du 5 février 2014]

Les 57 textes du «Dictionnaire des séries» — repris et réorganisés —, auxquels s’ajoutent des inédits et quelques autres textes tirés de l’Oreille tendue, ont été rassemblés dans le livre Langue de puck. Abécédaire du hockey (Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 128 p., illustrations de Julien Del Busso, préface de Jean Dion, 978-2-923792-42-2, 16,95 $).

En librairie le 5 mars 2014.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014)

 

Référence

Pozier, Bernard, Les poètes chanteront ce but, Trois-Rivières, Écrits des Forges, coll. «Radar», 60, 1991, 84 p. Ill. Réédition : Trois-Rivières, Écrits des Forges, 2004, 102 p.

Dictionnaire des séries 37

Tableau des joueurs blessés, la Presse+, 11 décembre 2021

Ce n’est pas difficile à imaginer : on se blesse facilement au hockey.

Depuis un certain temps, histoire de ne pas fournir d’informations qui pourraient leur nuire face à leurs adversaires, les équipes ont divisé leurs joueurs en deux : on peut être blessé au haut du corps ou au bas du corps; le milieu du corps paraît épargné.

Dans un passé pas très ancien, les porte-couleurs des Canadiens de Montréal étaient beaucoup moins cachottiers. Yvon Lambert (?) Jacques Laperrière se plaignait d’un mal de tête «lancinant et péniiiiiiiiiiiiible», Henri Richard avait mal à «la laine» et Bernard Geoffrion a dû être traité pour une «surbite» (ci-dessous, vers une minute quinze secondes).

Il n’y a pas que les joueurs qui se blessent. Dans la belle ville de Québec séviraient, par exemple, l’arénalose et la zambonellose.

Faites attention svp.

 

[Complément du 19 mars 2014]

C’est à la laine d’Henri Richard que pensait sans doute Jean Dion dans le Devoir du 18 mars quand il parlait d’«une laine d’une flexibilité à faire peur» (p. B6).

 

[Complément du 28 mai 2014]

Le sommet de la cachotterie a-t-il été atteint durant les séries éliminatoires de 2013 lorsque l’entraîneur des Bruins de Boston, Claude Julien, a déclaré en conférence de presse qu’un de ses joueurs, Patrice Bergeron, était blessé «au corps» ?

Selon le journaliste Marc-Antoine Godin, de la Presse, Michel Therrien, l’entraîneur des Canadiens de Montréal, aurait utilisé la même formule hier soir, s’agissant d’Alexei Emelin : «It’s a body injury

Votre imagination fera le reste.

 

[Complément du 19 décembre 2021]

À qui attribuer la paternité de cette bipartition corporelle ? Selon Curtis Rush, Pat Quinn, sans l’avoir inventée, l’aurait popularisée en 1999.

Richard Labbé en veut encore à Quinn si l’on en croit la Presse+ du jour.

Texte de Richard Labbé, la Presse+, 19 décembre 2021

 

[Complément du 5 février 2014]

Les 57 textes du «Dictionnaire des séries» — repris et réorganisés —, auxquels s’ajoutent des inédits et quelques autres textes tirés de l’Oreille tendue, ont été rassemblés dans le livre Langue de puck. Abécédaire du hockey (Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 128 p., illustrations de Julien Del Busso, préface de Jean Dion, 978-2-923792-42-2, 16,95 $).

En librairie le 5 mars 2014.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014)

Dictionnaire des séries 36

Le hockey est un sport où tout peut se jouer en une fraction de seconde. C’est dire que les nombres y sont importants.

Celui qui donne son 110 % fournit tous les efforts attendus, et même plus.

Hey Scotty Bowman
Hey Scotty Bowman
Pourtant j’ai du cœur au ventre
J’donne mon 110 %
(Zéphyr Artillerie, «Scotty Bowman», chanson, Chicago, 2008)

Le 110 % correspond, grosso modo, au deuxième effort.

I reste pus beaucoup d’joueurs francophones
Qui nous donnent le deuxième effort
(Réal Béland, «Hockey bottine», chanson, 2007)

Les matchs se jouent sur la glace, tout le monde vous le dira, mais les décisions des hommes de hockey, elles, se prennent au deuxième étage. (Peu importe que, dans la réalité, les bureaux des dirigeants soient bel et bien situés au deuxième étage.)

Au nom du dollar tout-puissant
Au nom de la modernité
Le deuxième étage tramait des plans
Pour déménager le temple du hockey
(Mes Aïeux, «Le fantôme du Forum», chanson, 2008)

Une formation aligne normalement six joueurs : un gardien, deux défenseurs, trois joueurs d’avant. Quand la foule s’en mêle, cela lui donnerait un septième joueur.

Howie ! On a un septième homme su’a glace
Howie ! Un vrai de vrai, de l’époque pas d’casque
Howie ! L’adversaire shake dans ces culottes
Howie ! Tout le monde a peu de sa méchante garnotte
(Mes Aïeux, «Le fantôme du Forum», chanson, 2008)

Remarque

Une chanson de 1985, sur les Nordiques de Québec, parle de «sixième joueur».

Les rues de la capitale s’embourbent
I a de l’électricité dans l’air
Les lignes ouvertes, les prédictions
Animent les conversations
Nordiques, Nordiques, Nordiques, Nordiques
Le Colisée ouvre ses portes
Le sixième joueur fait son entrée
(Mario Chénard et France Duval, «Nordiques jusqu’au bout !»)

Tout le monde ne sait pas compter.

 

[Complément du 5 février 2014]

Les 57 textes du «Dictionnaire des séries» — repris et réorganisés —, auxquels s’ajoutent des inédits et quelques autres textes tirés de l’Oreille tendue, ont été rassemblés dans le livre Langue de puck. Abécédaire du hockey (Montréal, Del Busso éditeur, 2014, 128 p., illustrations de Julien Del Busso, préface de Jean Dion, 978-2-923792-42-2, 16,95 $).

En librairie le 5 mars 2014.

Langue de puck. Abécédaire du hockey (Del Busso éditeur, 2014)