L’oreille tendue de… Réal Ouellet

Réal Ouellet, l’Aventurier du hasard, 1996, couverture

«Lahontan tendit à nouveau l’oreille. Rien. Peut-être avait-il rêvé, car il lui arrivait, maintenant qu’il se sentait bien au Canada, de perdre conscience de la réalité extérieure au point de se demander s’il avait vraiment entendu ou rêvé un son de voix, un bruissement derrière une porte.»

Réal Ouellet, l’Aventurier du hasard. Le baron de Lahontan. Roman, Québec, Septentrion, 1996, 435 p., p. 100.

P.-S.—Réal Ouellet est mort il y a quelques jours.

L’oreille tendue de… Julia Deck

Julia Deck, Monument national, 2022, couverture

«Geoffrey téléconférençait sur Zoom, il n’avait pas entendu. Sophie répéta. Il finit par tendre une oreille, la supposa toujours mal portante, car quelle femme dans son bon sens renoncerait aux avantages du nom et de la fortune pour une vie de divorcée ? Sophie considéra l’argenterie, la véranda sur le parc, reconnut qu’il y avait de la logique dans ce raisonnement.»

Julia Deck, Monument national. Roman, Paris, Éditions de Minuit, 2022, 204 p., p. 140-141.

L’oreille tendue de… Hervé Le Tellier

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, éd. de 2021, couverture

«Qu’aimerai-je, moi, entendre à l’ultime moment de ma vie ? À y réfléchir, peut-être pas une musique. La voix d’un ami, de mon fils, d’une femme aimée. Je ne sais pas. Je tendrai probablement l’oreille, pour un dernier son au contraire inattendu, un son fait de hasard et d’incongru, un son qui appartiendrait encore à la vie, le rire d’une infirmière dans la salle de garde, un coup de klaxon impatient dans la rue, ou le simple claquement de talons sur le carrelage. Peut-être y a-t-il encore un peu de bruit avant que les dernières cellules ne s’éteignent à jamais. Je prendrai ce qu’il y aura.»

Hervé Le Tellier, Toutes les familles heureuses, Paris, JC Lattès, coll. «Le livre de poche», 36181, 2021 (2017), 189 p., p. 28.

L’oreille tendue de… Maupassant

Guy de Maupassant, Contes et nouvelles. 1875-1884. Une vie. Roman, éd. de 1988, coffret

«Sa faim exaspérée [celle de Walter Schnaffs] le faisait trembler comme un fiévreux : mais une terreur le retenait, le paralysait encore. Il écouta. Toute la maison semblait frémir; des portes se fermaient, des pas rapides couraient sur le plancher du dessus. Le Prussien inquiet tendait l’oreille à ces confuses rumeurs; puis il entendit des bruits sourds comme si des corps fussent tombés dans la terre molle, au pied des murs, des corps humains, sautant du premier étage.»

Guy de Maupassant, Contes et nouvelles. 1875-1884. Une vie. Roman, Paris, Robert Laffont, coll. «Bouquins», 1988, 1150 p., p. 518.