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Benoît Melançon, «Les victimes de Zoom», la Presse+, 2 février 2021, titre

En avril 2020, l’Oreille tendue publiait, dans la Presse+, un texte sur les difficultés nées de l’enseignement universitaire à distance. En octobre, elle y déplorait la pleutrerie de l’administration de l’Université d’Ottawa dans ce qui est devenu l’affaire Lieutenant-Duval.

Aujourd’hui, elle se propose de rapprocher ces deux phénomènes : l’enseignement de la littérature à l’université et les conditions matérielles de cet enseignement. Ça s’appelle «Les victimes de Zoom» et c’est ici.

Lecture recommandée du jour

vincent_piron_2018_cajolet_couvIl y a quelques années, l’Oreille tendue a découvert l’enseignement de l’éveil aux langues; elle en a parlé ici et , et dans un livre de 2015, mais de façon bien (trop) générale. Cela restait de l’ordre du vœu pieux : expliquer aux jeunes élèves la nature des langues et des échanges linguistiques, pas seulement les règles d’une langue.

Wim Remysen, qui enseigne la linguistique à l’Université de Sherbrooke, vient de publier un texte où il va bien au-delà de pareils vœux pieux. Après avoir distingué «insécurité» et «sécurité» linguistiques, il y propose huit «pistes» (p. 47) pour «diminuer l’insécurité» à l’école (p. 46) et pour «faire voir la langue sous un autre angle» (p. 27) :

valoriser le bagage linguistique de l’élève;

intégrer la notion de valorisation linguistique;

éviter de promouvoir une conception désincarnée de la langue standard;

redéfinir la notion de faute;

découvrir les règles et les structures de la langue;

utiliser le dictionnaire à sa juste valeur;

intégrer des éléments de l’histoire de la langue;

s’intéresser à des formes d’expression variées.

Vous devriez aller lire ça. Vous apprendrez plein de choses sur la «culture linguistique» (p. 26), sur «l’imaginaire linguistique des francophones» (p. 30), sur les «représentations linguistiques» (p. 40), voire sur les «idéologies linguistiques» (p. 41). Bref, de la bien belle ouvrage.

P.-S.—Wim Remysen a aussi collaboré au dossier de la revue numérique Arborescences intitulé «La norme orale en français laurentien», sous la direction de de Marie-Hélène Côté et Anne-José Villeneuve (numéro 7, décembre 2017).

 

Références

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

Remysen, Wim, «L’insécurité linguistique à l’école : un sujet d’étude et un champ d’intervention pour les sociolinguistes», dans Nadine Vincent et Sophie Piron (édit.), la Linguistique et le dictionnaire au service de l’enseignement du français au Québec. Mélanges offerts à Hélène Cajolet-Laganière, Montréal, Nota bene, 2018, p. 25-59.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture

De l’abus du possessif

Louis Cornellier écrit des livres, tient chronique (sur l’essai) dans les pages du Devoir et milite en faveur de l’enseignement de la littérature nationale d’ici.

Il le faisait dès 2002 :

Pour enrayer le déficit de sens ressenti par les étudiants devant le contenu de leurs deux premiers cours de littérature au collégial, il faudrait donc réformer en profondeur la séquence actuelle et consacrer ces deux cours à la littérature québécoise et à son contexte historique. Ensuite, et ensuite seulement, un troisième cours consacré aux littératures francophones, qu’il ne s’agit surtout pas de discréditer, dans une perspective comparatiste, trouverait tout son sens et sa pertinence. Quant au quatrième cours, qui porte sur la communication efficace (une sorte de rhétorique moderne), laissons-le tranquille : son approche très concrète (lire des journaux, ça s’apprend et ça déniaise) est parfois la seule qui parvienne à stimuler les plus rétifs (le Devoir, 11 février 2002, p. A7).

Rebelote ce samedi, au sujet d’un livre récent sur l’Épreuve uniforme de français du ministère de l’Éducation du Québec à la fin du cégep : «Un tel examen national ne devrait-il pas porter […] exclusivement sur notre littérature nationale ?» (le Devoir, 20-21 février 2010, p. F6)

Le «notre» n’était pas indispensable. On avait compris.