La clinique des phrases (dddd)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit le texte suivant, tiré d’un quotidien montréalais :

La crise que nous traversons montre bien tout cela. Le virus mue, des variants que l’on ne connaît pas encore bien apparaissent; la situation évolue, parfois dans des directions qu’on n’avait pas prévues, avec pour conséquence que les faits pertinents ne sont pas tous bien connus. Nos décisions doivent aussi arbitrer entre des valeurs importantes.

Attachons-nous à la dernière phrase.

Volontiers chichiteuse, l’Oreille tendue n’est pas très portée sur les constructions où des inanimés font des choses concrètes (voir ici). Comment des «décisions» pourraient-elles «arbitrer» ? L’Oreille ne voit pas non plus comment on pourrait «arbitrer entre des valeurs», qu’elles soient «importantes» ou pas. Que vient faire le «aussi» dans cette phrase ?

Simplifions :

Nous devons choisir entre plusieurs valeurs.

À votre service.

L’art d’être grand-père

Les photos ont fait le tour du monde : une jeune Brésilienne participe au sommet du G8 en Italie.

Le Devoir d’aujourd’hui commente, mais sur deux registres, un par photo.

En première page, pour la photo de Reuters, on joue sur le fripon, sous le titre «Accord franco-américain» : «La marche est haute vers le sommet du monde et le chemin, semé d’embûches de toutes sortes. C’est sous l’œil torve et l’attention enjouée de deux très importants présidents, l’un français, l’autre américain, que la jeune déléguée brésilienne du Sommet junior a rejoint celui de son pays, le président Lula da Silva, sur le podium […]» (p. A1).

En dernière page du premier cahier, pour la photo de l’Agence France-Presse, on fait dans le familial : «Comme un grand-père bienveillant, le président du Brésil, Lula da Silva, entraîne de sa main protectrice une des jeunes déléguées de son pays au Sommet junior 8» (p. A10).

Ils ont «l’œil torve»; il a la «main protectrice». Une photo ne vaut pas toujours mille mots.