Interrogation toponymique du jour

Publicité pour l’emploi en région, métro de Montréal, avril 2022

Ayant quitté le Togo pour vivre à Granby, comment Taka prononcera-t-il/elle le nom de sa ville d’adoption, cette «“capitale du bonheur” autoproclamée» (le Basketball et ses fondamentaux, p. 229) ?

Ainsi que le faisait remarquer, à juste titre, @OursMathieu, on entend parfois quelque chose comme «Grammebé».

La troupe de théâtre Le théâtre du futur propose, dans son plus récent spectacle, «Graine B». (Graine comme dans graine ?)

Le Wiktionnaire offre cinq variations phonétiques pour le même mot.

Tant de questions, si peu d’heures.

P.-S.— Les auditeurs de la radio de Radio-Canada se souviendront que Serge Bouchard avait toujours grand plaisir à mâcher ce mot en ondes.

 

Référence

Messier, William S., le Basketball et ses fondamentaux. Nouvelles, Montréal, Le Quartanier, coll. «Polygraphe», 2017, 239 p.

Un dimanche après-midi devant le poste

Pub de Tremfya : «Chérie, est-ce qu’on a des assiettes à quelque part ?» «À quelque part» ? Non, jamais : «quelque part» suffit.

Pub de Sonnet : «Vous avez de l’eau dans la cave.» On est toujours le feu de plancher de quelqu’un.

Les Steelers de Pittsburgh — c’est du football américain — jouent mal ? «La chaîne a débarqué.» (Malheureusement, leur chaîne a rembarqué.)

La société Audible annonce un livre audio. Ce n’est pas étonnant. Karine Vanasse, qui fait la publicité, ne prononce pas Audible à l’anglais, mais à la française. Ça, c’est étonnant.

Pub du gouvernement du Québec : «Mais comment le Père Noël facteur va faire pour m’amener mes cadeaux ?» Apporter mes cadeaux, non ?

Pub de Loto-Québec, donc du gouvernement du Québec : «Les câbles, c’est moi qui les a.» Non : «les ai».

Pub de poulet : «Bon, ben, coudonc. On soupe.»

Divergences transatlantiques 032

Éric Plamondon, Mayonnaise, 2012, couverture

«Singer : des spécialistes, du service et le sourire ! Au Québec ça se prononce “cygne heure”, en France on dit “singe aire”.»

Éric Plamondon, Mayonnaise. Roman. 1984 — Volume II, Montréal, Le Quartanier, série «QR», 49, 2012, 200 p., p. 88.

La citation à lire à voix haute du samedi matin

Roy MacGregor, Jeux d’hiver, 2013, couverture

«— Je voulais juste vérifier ton nom, jeune homme…

— Simard, répondit Sim. Et on ne prononce pas le “d”, s’empressa-t-il d’ajouter, son visage rouge illuminé par un sourire espiègle.»

Roy MacGregor, Jeux d’hiver, traduction de Marie-Josée Brière, Montréal, Boréal, coll. «Carcajous», 17, 2013 (2004), 157 p., p. 38.

Tombeau d’Ella (6) : diction

Ella Fitzgerald en 1975[Ce texte s’inscrit dans la série Tombeau d’Ella. On en trouvera la table des matières ici.]

On s’entend généralement sur le fait que, dans la bouche d’Ella Fitzgerald, les phonèmes naissent et demeurent égaux en droits. Pour le dire banalement : sa diction serait parfaite. Un exemple parmi mille ? «Don’t Fence Me In» (1956).

À cette vérité générale, on ne peut opposer que d’exceptionnels contre-exemples.

Dans un des passages en français de «Dites-moi» (1963), un mot est incompréhensible : «Dites-moi pourquoi / Chère Mademoiselle / Est-ce que / Parce que / Vous m’[?????].» Encore : «Blues in the Night» (1961). C’est tout.

Il est aussi un mot plus beau que les autres chez Ella Fitzgerald : «adore». Réécoutez «I Am in Love» (1956), «Blue Moon» (1956), «Easy to Love» (1956), «Let’s Fall in Love» (1961), «This Time the Dream’s on Me» (1964). Certains phonèmes sont plus égaux que d’autres. C’est comme ça.

 

[Complément du 16 mars 2017]

Ella Fitzgerald a beaucoup chanté Cole Porter. Norman Granz, son agent, présente le Cole Porter Songbook (1956) au compositeur. «Porter écoute et dit : — “Quelle diction !” On ne saura jamais si, de sa part, il s’agissait d’un compliment sincère ou d’une politesse protocolaire.» C’est Alain Lacombe qui rapporte l’anecdote dans son livre de 1988 (p. 133).

 

Référence

Lacombe, Alain, Ella Fitzgerald, Montpellier, Éditions du limon, coll. «Mood indigo», 1988, 206 p. Ill.

[Les dates entre parenthèses devraient être celles des enregistrements. Elles ne sont pas toujours fiables.]

Illustration : Ella Fitzgerald, 1975, photo déposée sur Wikimedia Commons