La plume de Jacques Plante

Spécimen de l’écriture de Jacques Plante, p. 151

Jacques Plante (1929-1986) a longtemps été cerbère dans la Ligue nationale de hockey, notamment pour les Canadiens de Montréal.

Sur le plan de l’excentricité que l’on prête volontiers aux gardiens, il ne donnait pas sa place : il était connu pour ses habitudes inattendues sur la glace (il s’éloignait volontiers de son filet, il a imposé le port du masque chez les gardiens) comme hors de celle-ci (il tricotait, il lisait, il écrivait, etc.). En outre, il avait de son travail une vision très nette.

Est-ce le fruit de cette originalité ? Une curiosité de sa part ? Toujours est-il qu’il s’est retrouvé, dans les années 1960, parmi les cobayes soumis à l’examen d’André Labarrère-Paulé dans son livre les Secrets de l’écriture. Petit précis de graphologie.

L’ouvrage se divise en deux parties. La première, «Petit précis de graphologie» (p. 7-82), expose le fonctionnement de cette «science récente» (p. 15). Malgré une apparente prudence — «le graphologue n’est pas infaillible et la graphologie, comme toute science humaine, a ses limites» (p. 9) —, l’auteur n’hésite pas à livrer des jugements tranchants.

On en trouve beaucoup dans la seconde partie, «Exerçons nos talents aux dépens de personnalités canadiennes-françaises» (p. 83-158).

Le diagnostic, s’agissant de «La merveille masquée» ?

Vous êtes un homme d’action. Vous semblez dresser entre les autres et vous une barrière derrière laquelle vous cachez votre véritable personnalité. Vous êtes difficile à connaître, à saisir. Parfois fuyant. Vous mettez beaucoup d’application dans ce que vous faites. Vous aimez le beau travail. En restant moins sur la défensive, vous pourriez davantage vous épanouir (p. 152).

Recommander à un gardien de but de «rester moins sur la défensive» ne manque pas de sel.

P.-S.—Les autres cobayes ? François-Albert Angers, Marie-Claire Blais, Charlotte Boisjoli, Jean-Charles Bonenfant, Thérèse-F. Casgrain, Marcel Chaput, Pierre de Bellefeuille, Fernand Denis, Marcel Dubé, Jean-Charles Falardeau, Gérard Filion, Jean-Louis Gagnon, Jean Gascon, Gratien Gélinas, Jacques Godbout, Guy Hoffmann, Normand Hudon, Claude Jasmin, Judith Jasmin, Raoul Jobin, Ambroise Lafortune, Jacques Languirand, Roger Lemelin, Monique Lepage, Jean Lesage, Clément Lockquell, Françoise Loranger, Jean Marchand, Dominique Michel, Ernest Pallascio-Morin, Alfred Pellan, Gérard Pelletier, Jean-Louis Roux, Frank R. Scott, Pierre Tisseyre.

 

Référence

Labarrère-Paulé, André, les Secrets de l’écriture. Petit précis de graphologie, Montréal, Éditions du Jour, 1969, 159 p. Ill. Édition originale : 1963.

Et vous ?

«Quel est le degré de littératie de votre région ?», le Devoir, 14 octobre 2021, titre

Elle est partout : scientifique, juridique, numérique, financière, économique, médiatique, informationnelle, familiale, communautaire, agricole, physique, universitaire (c’est un dada de l’Oreille tendue), etc. La littératie se prête à toutes sortes de caractérisation.

Dans le Devoir du 15 janvier, l’Oreille découvre la «littératie émotionnelle».

Elle ne la connaissait pas. Elle n’est pas sûre de la posséder.

P.-S.—Une définition de la littératie ? «La literacy est “l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités”» (définition de l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] citée par Béatrice Fraenkel en 2021).

 

Référence

Fraenkel, Béatrice, «Littératie», dans Josiane Boutet et James Costa (édit.), Dictionnaire de la sociolinguistique, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2021, p. 221-224.

La clinique des phrases (llll)

La clinique des phrases, Charles Malo Melançon, logo, 2020

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit le titre suivant, qui coiffait récemment un texte d’opinion dans un quotidien montréalais :

«L’accès à la psychothérapie pour prévenir l’idéation suicidaire.»

«Idéation» ? Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Simplifions :

«L’accès à la psychothérapie pour prévenir les pensées [ou idées] suicidaires.»

À votre service.