Capitulation

Sébastien Dulude, Amiante, 2024, couverture

Soit la phrase suivante, tirée du roman Amiante de Sébastien Dulude (2024) :

Certains midis [Provost] me harcelait pour de la monnaie, d’autres, il me volait ce que je tenais — mon sac de vêtements d’éducation physique, une boîte de bonbons Nerds, un jus, un cahier—, d’autres encore il me flanquait des bines sur l’épaule ou me faisait une prise de lutte — clé de bras, prise du sommeil, dis pardon mon oncle avec son haleine de dents pas brossées (p. 38-39).

Nous connaissons déjà la bine et le mononcle.

Qu’en est-il du «pardon mon oncle» ? C’est l’aveu, dans le français populaire du Québec, de la capitulation totale. Qui le profère avoue sa défaite.

À votre service.

P.-S.—Dans sa jeunesse — ce qui ne rajeunit personne —, l’Oreille tendue se souvient d’avoir entendu «Dis chute mononc’».

 

[Complément du 3 octobre 2024]

Notons-le : «Dis chute» peut suffire.

 

[Complément du 6 octobre 2024]

Un fidèle lecteur vivant au sud de la frontière rappelle à l’Oreille tendue l’existence, en anglais, de l’expression Say Uncle. Merci à lui.

 

Référence

Dulude, Sébastien, Amiante, Saguenay, La Peuplade, 2024, 209 p. Ill.

Les zeugmes du dimanche matin et de Biz

Biz, Cadillac, 2018, couverture

«Tout le monde enfile son équipement de hockey dans une joyeuse cacophonie de rires et de velcro» (p. 12).

«Toute en courbe et en sourire, la serveuse arrive avec des pichets» (p. 19).

«Les spectateurs quittent le stade en chantant, ivres de bière autant que de victoire» (p. 72).

Biz, Cadillac. Roman, Montréal, Leméac, 2018, 92 p.

 

(Une définition du zeugme ? Par .)

Le jack, en ses deux espèces

Hector Berthelot, les Mystères de Montréal, éd. de 2013, couverture

Le jack québécois connaît principalement deux incarnations.

La première est liée à la taille : «Ce grand Jack de Cléophas est dans les secrets du monsieur qui est mort à Ste. Thérèse» (les Mystères de Montréal, p. 200).

La seconde, à la bonté, à la gentillesse : «Quand tu vois son apparence, quand tu l’entends parler, puis quand tu vois les sujets qu’il aborde, tout s’aligne avec l’image d’un bon jack québécois» (la Presse+, 9 septembre 2024).

L’une n’empêche pas l’autre.

 

Référence

Berthelot, Hector, les Mystères de Montréal par M. Ladébauche. Roman de mœurs, Québec, Nota bene, coll. «Poche», 34, 2013, 292 p. Ill. Texte établi et annoté par Micheline Cambron. Préface de Gilles Marcotte.

Ne pas visualiser svp, bis

François Blais, Vie d’Anne-Sophie Bonenfant, 2009, couverture

Un chroniqueur politique québécois au style bigarré écrivait cette semaine cette phrase :

Moi, je crois à ça, et ça me semble tellement plus durable que l’entreprise étrangère subventionnée qui nous fait souvent dans les mains en se maudissant des impacts pour notre monde.

Faire dans les mains, donc. Nous avons croisé cette expression il y a plusieurs lustres; voir ici.

François Blais n’a pas de ces délicatesses, qui écrit, dans Vie d’Anne-Sophie Bonenfant, «chier dans les mains» (p. 229).

Voilà qui est plus clair.

P.-S.—Pourquoi «Ne pas visualiser svp, bis» ? Parce que.

 

Référence

Blais, François, Vie d’Anne-Sophie Bonenfant. Roman, Québec, L’instant même, 2009, 241 p.