L’art d’être ambidextre

«Fabien Cloutier aime frapper des deux bords», le Devoir, 16-17 janvier 2021, manchette

Définition du Petit Robert du mot ambidextre : «Qui peut faire la même chose de la main droite ou de la main gauche, avec autant de facilité. Un champion de tennis ambidextre

Si le Robert choisit le tennis comme exemple, l’art de se servir de ses deux mains s’applique également à d’autres sports, par exemple au baseball.

Au Québec, dans le registre soutenu, on parle donc de frappeur ambidextre pour désigner celui qui peut s’élancer des deux côtés du marbre. Dans le registre familier, on peut dire frapper des deux bords.

Le Devoir avait sûrement cette expression à l’esprit en publiant une entrevue de Fabien Cloutier la fin de semaine dernière.

Joli.

P.-S.—En effet, nous avons déjà croisé, chez Jean-Philippe Toussaint, «un chef d’orchestre accablé, dyslexique et ambidextre».

La clinique des phrases (bbb)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

Soit la manchette suivante :

L’Autrichien s’offre son premier titre du Grand Chelem après avoir concrétisé une remontée historique.

Simplifions :

L’Autrichien s’offre son premier titre du Grand Chelem après une remontée historique.

Voire :

Après une remontée historique, l’Autrichien s’offre son premier titre du Grand Chelem.

À votre service (c’est le cas de le dire).

La clinique des phrases (cc)

La clinique des phrases, logo, 2020, Charles Malo Melançon

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

On a déjà eu l’occasion de le constater : en français, le féminin de certains noms peut avoir des connotations sexistes.

Prenons l’exemple du mot entraîneuse, dont il a été question dans les médias montréalais récemment. Au masculin : «Personne qui entraîne» (le Petit Robert, édition numérique de 2014). Au féminin : «Personne qui entraîne» (bis), mais aussi «Jeune femme employée dans les bars, les dancings pour engager les clients à danser […], à consommer» (ter), voire prostituée.

Soit ces deux tweets :

«Notre invitée @VirgiTremblay servait d’entraîneuse à la Canadienne @Bandreescu_ au tournoi d’Auckland en Nouvelle-Zélande.»

«Elle continue de suivre Bianca Andreescu dans son beau parcours en Océanie. Nous avons parlé en direct d’Australie à celle qui est devenue son entraîneure d’une semaine à Auckland la semaine passée.»

Entraîneuse, avec le risque des connotations évoquées ci-dessus ? Entraîneure, pour les éviter ?

Faisons plus simple :

«Notre invitée @VirgiTremblay a entraîné la Canadienne @Bandreescu_ au tournoi d’Auckland en Nouvelle-Zélande.»

«Elle continue de suivre Bianca Andreescu dans son beau parcours en Océanie. Nous avons parlé en direct d’Australie à celle qui l’a entraînée à Auckland la semaine passée.»

À votre service.

Portraits au gris et au noir

Andre Agassi, Open, 2010, couverture

1.

«Il savait bien que le commissaire Pigeac était là, derrière son dos, à la table des quarante à cinquante ans. Il l’avait vu entrer, en pardessus gris, un chapeau gris sur la tête, le visage gris. Il faisait penser à un poisson, à une merluche terne, et gardait toujours un sourire froid aux lèvres, comme pour laisser entendre qu’il en savait long.»

Georges Simenon, les Fantômes du chapelier, Paris, Presses de la Cité, 1986 (1949), 189 p., p. 52.

2.

«In the Town Car Gil sits in the front seat, dressed sharp. Black shirt, black tie, black jacket. He dresses for every match as if it’s a blind date or a mob hit

Andre Agassi, Open. An Autobiography, New York, Vintage Books, 2010 (2009), 385 p., p. 11.