Ne pas confondre

Un esprit pressé pourrait croire que picpic n’est qu’une onomatopée imitant le son d’un quelconque volatile ne dédaignant pas se servir de son bec. Le pic fait picpic. Ce serait trop simple.

En effet, picpic désigne au Québec quelque chose d’amateur, de mal conçu — bref, pour le dire dans le même registre, de broche à foin. C’est à cela que devait penser Pierre Filiatrault en choisissant le titre de l’ouvrage qu’il vient de faire paraître : Si notre service à la clientèle fait picpic, appuyez sur le 1 (Montréal, Éditions Transcontinental, 2009, 144 p.). La portée universelle de ce titre n’est peut-être pas ce qu’elle devrait être.

Excuse acceptée

L’Oreille tendue n’aime ni décéder ni décès, auxquels elle préfère mourir et mort. Elle fait quand même des exceptions.

Elle en a déjà indiqué une chez Loco Locass.

Elle en trouve une autre à l’Oulipo : «Claude Berge sera désormais absent excusé pour cause de décès aux réunions de l’Oulipo.»

Et une dernière, dans la livraison du 29 novembre des Notules dominicales de culture domestique de Philippe Didion : «Une autre défection, attendue celle-là, concerne François Caradec, excusé pour cause de décès.»

Parfois, la tolérance s’impose.

Du texto et de ses effets linguistiques, ter

Ici et , l’Oreille tendue a eu l’occasion d’indiquer que le débat est ouvert sur les effets linguistiques des textos. Pour en avoir le cœur net, un de ses collègues de l’Université de Montréal, Patrick Drouin, lance une grande enquête. Explications et demande de collaboration ici. À suivre.

Inconfort linguistique

Le vendeur de chaussures, tout à l’heure : «Celles-là, elles sont confo.» Encore heureux qu’il n’ait pas dit «Elles sont conf’.»

 

[Complément du 8 février 2015]

L’Oreille tendue a déjà eu l’occasion de dire du bien des publicités de la Maison Corbeille (voir ici). En voici une nouvelle, pour ses meubles en cuir (de vache).

Publicité de la Maison Corbeil, février 2015

 

 

Une société distincte

Certaines expressions, qui étonnent peu dans la conversation, sont particulièrement incongrues à l’écrit.

Consommer, employé sans complément, est de celles-là. L’Oreille tendue en a donné quelques exemples tirés de la presse quotidienne ici.

Dans la prose savante, cet emploi porte à confusion. Soit l’article suivant : Natacha Brunelle, Chantal Plourde, Michel Landry et Annie Gendron, «Regards de Nunavimmiuts sur les raisons de la consommation et ses effets», Criminologie, 42, 2, 2009, p. 9-29. URL : <http://www.erudit.org/revue/crimino/2009/v42/n2/038597ar.pdf>.

Qui s’imaginerait un texte sur le commerce ou l’économie se tromperait : «Dans le présent article sont exposés les résultats d’une étude sur la consommation de substances psychoactives au Nunavik» (p. 9).

Au moins une société distincte (celle qui emploie absolument consommation), peut-être deux (celle qui consomme trop).

 

[Complément du 10 octobre 2015]

Si consommation de drogue peut donner consommation, il va de soi que substances psychoactives peut donner substances. Exemple, tiré de la Presse+ du jour : «C’est une belle occasion de s’amuser ensemble, car oui, c’est possible d’avoir du plaisir sans substances !»