Dissonance cognitive du jour

Article «Féminisation des noms de métiers en français», Wikipédia, titreL’Oreille tendue lit un livre sur la littérature numérique.

L’ouvrage est savant. Dans les notes de bas de page, il y a des ressources imprimées et des ressources numériques. Parmi celles-ci, l’auteur n’hésite pas à inclure des articles de Wikipédia. Voilà quelqu’un qui reconnaît l’évolution des pratiques.

Ailleurs, cet auteur est à la traîne. C’est le cas quand il désigne une créatrice par l’expression «le même auteur». Pourquoi pas «la même auteure» ?

Comment concilier ces deux attitudes ?

Parlons thèse sur la thèse

Tis, le Dico du doc, éd. de 2015, couverture

Le sujet ne touche pas tout le monde (euphémisme) : la vie des étudiants au doctorat. Il n’est pas particulièrement spectaculaire (bis). Comment le rendre intéressant, voire drôle ? La dessinatrice Tis, elle-même «jeune docteur [sans e] dans une discipline des sciences humaines et sociales et rescapée [avec e] du parcours doctoral», aborde la question d’au moins deux façons : par un site Web, par les deux tomes de La thèse nuit gravement à la santé. Ces ouvrages se donnent pour objectif d’aller au-delà des préjugés que beaucoup entretiennent envers les études supérieures.

Celui de 2012, le Dico du doc, se présente sous la forme d’un bref dictionnaire illustré en 24 planches. Sous forme de «véritable thérapie par le rire» (quatrième de couverture), il s’agirait «de décrire le monde vécu des doctorants et jeunes docteurs» (p. 3).

Devant les dessins, l’Oreille tendue a souri une fois (p. 25).

Le livre de 2014, Anecdoc. Journal intime des doctorants, regroupe 220 anecdotes (de doctorants venus de disciplines diverses) et 50 dessins (de Tis) : «les doctorants ont la parole et nous racontent leurs histoires» (quatrième de couverture). On retrouve dans ces témoignages anonymes, mais traités de façon systématique (un chapitre couvre une question à la fois), les sujets évoqués, parfois allusivement, dans le premier tome : l’entrée en thèse, la cueillette de données, les tâches d’enseignement, les relations avec le directeur de thèse, les colloques (dans le premier tome : «Kolloques (ou colloques)»), le manque de soutien des proches, les problèmes de santé, la rédaction (et la publication scientifique), la vie en laboratoire et, enfin, la soutenance, «cette émouvante délivrance» (p. 141). La question du financement des études n’a pas droit pas à un chapitre; il en question tout du long («Mon plus beau moment, ça a été quand j’ai appris que je n’étais pas obligée de me prostituer pour financer ma thèse», p. 14).

Comme on pouvait s’y attendre, il y a plusieurs histoires d’horreur (maltraitance, inconduite sexuelle, plagiat, suicide, etc.), mais pas que. Les spécificités disciplinaires sont bien prises en compte, les situations sont concrètes, quelques anecdotes sont cocasses. Un propriétaire d’archives agonit une médiéviste (p. 21). Un doctorant en neurosciences doit réanimer une de ses souris (p. 22). Une docteure (avec e) en histoire découvre la culture espagnole : «beaucoup d’archives ferment entre 14 h et 16 h, pour la sieste, et certaines ne rouvrent même pas» (p. 33). Une docteure (avec e) en droit, nerveuse, appelle sa directrice «Monsieur» (p. 64). Un doctorant en biologie se bute à l’incompréhension de… sa psy : «Elle a essayé de comprendre pourquoi je faisais une thèse : quels sont les éléments qui m’ont conduit à vouloir faire une thèse… Est-ce une réaction à des propos haineux d’enseignants dans l’enfance ?» (p. 105) Une docteure (avec e) en biologie verse dans la superstition : «Mon collègue de bureau était mexicain. Un jour, il avait renversé un lièvre sur la route. Il l’a récupéré et il a fait un porte-bonheur avec l’une des pattes. Du coup, à chaque manip’ on se frottait les aisselles avec ce truc dégueu pour nous porter chance !» (p. 138) Le jour venu, une doctorante en sciences économiques est entourée de ses «demoiselles d’honneur de soutenance» (p. 148).

Devant les dessins, l’Oreille a souri une fois (p. 40).

C’est peut-être elle le problème.

P.-S.—Le lecteur attentif aura noté la présence de l’expression «du coup». Elle apparaît au moins huit autres fois dans le livre. Pour qui fréquente des francophones européens, cela paraît un nombre peu élevé d’occurrences.

P.-P.-S.—Il existe un genre de manuels qui portent sur la thèse. Appelons-le Thèses sur la thèse et consacrons-lui une rubrique.

Références

Tis, La thèse nuit gravement à la santé 1. Le dico du doc, Neuchâtel, Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2015 (2012), 30 p. Ill.

Tis, La thèse nuit gravement à la santé 2. Anecdoc. Journal intime des doctorants, Neuchâtel, Éditions Alphil, Presses universitaires suisses, 2015 (2014), 149 p. Ill.

La dictée de l’Oreille tendue

Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks)Toujours à l’affût des besoins de ses bénéficiaires, l’Oreille tendue leur a préparé une dictée. Elle dure deux minutes trente secondes et on peut l’entendre ici :

À ton crayon.

Illustration : Repassage extrême sur le Rivelin Needle (Rivelin Rocks) près de Sheffield au Royaume-Uni en 2001 (source : Wikimedia).

 

[Complément du 1er mars 2017]

Corrigé

Là, là, les étudiants et les étudiantes, tu t’installes pour la dictée. Tu prends ton p’tit crayon, pis ton p’tit papier, pis tu tends bien l’oreille. T’es prêt ? On commence.

«Hier soir, j’ai quitté plus tôt que d’habitude. Je suis allé au bar à repassage. Il y avait un tournoi de repassage extrême. Ce tournoi se voulait à saveur compétitive. Le prix à gagner était un voyage dans la capitale urbaine du swag. Je me sentais décomplexé. Au niveau de mon repassage, ma problématique était bonne. À la fin du tournoi, les juges se sont assis et ils ont voté. On parle d’une décision difficile pour l’estime de soi.» [Il n’y avait évidemment pas de virgule dans la dernière phrase; c’était un piège.]

Bon, c’est fini, les étudiantes et les étudiants. Tu me donnes ta p’tite dictée, pis tu vas dans le parc-école. Je te dirai tout à l’heure si t’as un privilège ou si t’as une conséquence.

Fil de presse 021

Quelques publications récentes sur la langue, à l’infinitif.

Comprendre

L’Orthographe rectifiée. Le guide pour tout comprendre. Présenté par Bernard Cerquiglini, Paris, Le Monde et Librio, 2016.

Compter

Maurer, Bruno (édit.), Mesurer la francophonie et identifier les francophones. Inventaire critique des sources et des méthodes. Document élaboré dans le cadre du 2e Séminaire international sur les méthodologies d’observation de la langue française, octobre 2014, Paris, Éditions des archives contemporaines, 2016, 221 p. Ill.

Éprouver

Harchi, Kaoutar, Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne. Des écrivains à l’épreuve, Paris, Pauvert, 2016, 306 p. Préface de Jean-Louis Fabiani.

Étudier

Melançon, Benoît, «Un roman, ses langues. Prolégomènes», Études françaises, 52, 2, 2016, p. 105-118.

Féminiser

Viennot, Éliane (édit.), l’Académie contre la langue française. Le dossier «féminisation», Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2016, 224 p.

Parler (à Montréal)

Cahiers internationaux de sociolinguistique, 10, 2016. Dossier «Du local au global. Pratiques et idéologies linguistiques en contexte montréalais» dirigé par Hélène Blondeau et Wim Remysen.

Philosopher

Parmentier, Marc, le Vocabulaire de Locke, Paris, Ellipses marketing, coll. «Le vocabulaire», 2016, 72 p.

Reconquérir

Bérubé, Harold et Olivier Lemieux, «“Un petit examen de conscience” : Joseph-Papin Archambault et la reconquête linguistique de Montréal (1912-1922)», Bulletin d’histoire politique, 2016. Extrait : <https://haroldberube.com/2016/05/19/un-petit-examen-de-conscience-joseph-papin-archambault-et-la-reconquete-linguistique-de-montreal-1912-1922-2/>.

Répertorier

Vígh, Árpád, le Bon Usage des québécismes. Analyse historique et stylistique de la langue littéraire avant 1960, Pécs (Hongrie), Éd. Imea, 2015, 1029 p.

Rire

Fripiat, Bernard, Au commencement était le verbe… ensuite vint l’orthographe, Paris, Seuil, coll. «Points. Le goût des mots», 2016 (2015), 256 p. Site : <http://www.orthogaffe.com/>.

Voguer

Calvet, Louis-Jean, la Méditerranée. Mer de nos langues, Paris, CNRS éditions, 2016, 327 p.