Archives pour la catégorie Épistolarité

Conseils épistolaires du jour

Karl Peltzer, la Lettre modèle, 1970, p. 11

«Ces quelques lignes constituent une bonne leçon en matière de contenu, style et aspect d’une lettre. Il est plus difficile d’écrire que de parler. L’auteur d’une lettre n’a pas le destinataire devant lui, il ne connaît pas son humeur au moment où sa correspondance sera lue et ne voit pas l’effet des mots sur son comportement. Les méprises, les interprétations erronées, les réactions imprévues sont toujours possibles. Dans la conversation particulière, on peut immédiatement rectifier ses paroles. Il faut donc bien réfléchir avant d’écrire, bâtir un plan logique et s’exprimer clairement pour être exactement compris.

[…] Les grandes phrases creuses et rebattues ainsi que les détestables expressions en vogue sont à bannir» (p. 11).

Référence

Peltzer, Karl, la Lettre modèle. Précis international de correspondance commerciale et privée. Tome 2. Français, Paris, Dunod, 1970, 184 p. Ill. Édition française par M. Rideau et C. Zufrieden.

Autopromotion 174

Affiche de la conférence du 20 avril 2015

Lundi prochain, le 20 avril, l’Oreille tendue participera, avec Carl Bouchard et Fabien Théofilakis, à la table ronde qui suivra la conférence de Laurent Véray, «Archives, écritures et mises en formes audiovisuelles de l’histoire. L’exemple de la Première Guerre mondiale».

C’est à 14 h, salle C-1017-02 du Carrefour des arts et des sciences de l’Université de Montréal (3150, rue Jean-Brillant).

Après la table ronde, on présentera le film la Cicatrice. Une famille dans la Grande Guerre (réalisation de Laurent Véray, 2013).

Renseignements : karine.abadie@umontreal.ca

Autopromotion 172

Le 4 avril 2003 — il y a donc douze ans aujourd’hui pile-poil —, l’Oreille tendue présentait une conférence intitulée «Écrire en prison. Le cas Sade» au colloque «La rhétorique épistolaire sous l’Ancien Régime» (University of Manitoba, Winnipeg, Manitoba, Canada).

Trois ans plus tard, elle soumettait au comité organisateur du colloque le texte revu de sa conférence, puisque des Actes devaient paraître, sous la direction de Claude La Charité. Ont-ils paru ? Pas à la connaissance de l’Oreille.

On trouvera ici, en PDF, ce texte de 2006.

Accouplements 17

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux textes d’horizons éloignés.)

Le 15 octobre 1759, Diderot écrit à Sophie Volland :

On parla ensuite d’un monsieur de St. Germain qui a cent cinquante à cent soixante ans, et qui se rajeunit quand il se trouve vieux. On disait que si cet homme avait le secret de rajeunir d’une heure, en doublant la dose, il pourrait rajeunir d’un an, de dix, et retourner ainsi dans le ventre de sa mère (éd. Chouillet 1986, p. 170).

En 2014, Éric Chevillard, dans le Désordre azerty :

Le quinquagénaire d’aujourd’hui avait trente ans au XIXe siècle. Le trentenaire de l’époque avait lui-même dix-huit ans et le garçonnet de dix ans n’était pas né encore (p. 79).

La littérature : machine à remonter le temps.

Références

Chevillard, Éric, le Désordre azerty, Paris, Éditions de Minuit, 2014, 201 p.

Chouillet, Jacques, Denis Diderot-Sophie Volland. Un dialogue à une voix, Paris, Librairie Honoré Champion, coll. «Unichamp», 14, 1986, 173 p.

Point ou point de ?

À certains égards, l’Oreille tendue n’est pas de son temps. (Ça ne l’inquiète pas outre mesure.)

Ainsi, quand, essentiellement pour des raisons familiales, il lui arrive de texter, elle ne laisse tomber aucun code de ses modes habituels de communication. Elle met toutes les majuscules, elle n’utilise jamais d’abréviation, elle ponctue soigneusement (et avec mesure), aucune binette n’est jamais apparue (ni n’apparaîtra) sous son clavier.

Et elle met un point final. Vous imaginez son étonnement quand elle a appris que ce simple geste, parfaitement banal pour elle, est potentiellement lourd de significations.

Des exemples de gens évoquant ce risque de faux pas ?

Ben Crair, dans The New Republic, le 25 novembre 2013, dans l’article «The Period Is Pissed. When did our plainest punctuation mark become so aggressive ?». (Merci à @jdesjardins1861.)

Des élèves ayant pour la plupart fini leur secondaire, témoignant sur Facebook.

@aurelberra, sur Twitter : «Remarque entendue : le sentiment de la ponctuation change et le point final est perçu comme froid dans les SMS, les courriels».

Jessica Bennett, dans le New York Times du 27 février dernier, dans le texte intitulé «When Your Punctuation Says It All (!)». (L’Oreille remercie @Nonym7 pour le lien, même si elle n’a pas tout bien compris.)

Un banal point final pourrait donc être déplacé dans certaines situations de communication ? Perdre sa neutralité ? Être synonyme de froideur, voire de refus de dialoguer ?

Le fossé des générations se creuse sous nos pas.