Citation métalinguistique du jour

Denis Diderot, boul. Saint-Germain, Paris

«Tel mot ne signifie rien dans la bouche d’un homme honnête, mais violent, qui outrage dans la bouche d’un autre qui pèse toutes les syllabes. Vous vous piquez de connoître les hommes, et vous en êtes encore à ignorer que chacun a sa langue, qu’il faut interpréter par le caractère» (Diderot, lettre à Paul Landois du 29 juin 1756).

Merci à François Bon pour la photo.

Référence

Diderot, Denis, Correspondance, Paris, Éditions de Minuit, 1955-1970, 16 vol. Éditée par Georges Roth, puis par Jean Varloot.

Autopromotion 051

Épistolaire, 38, 2012, couvertureLe 38e numéro de la revue Épistolaire (Librairie Honoré Champion, 2012, 288 p.) vient de paraître.

L’essentiel du numéro est consacré à deux dossiers, «Archives de la création» et «Expériences du temps dans les correspondances au XVIIIe siècle (I)». Au menu : Flaubert, Beaumarchais, Labiche, le fonds Hetzel de l’IMEC, George Sand et Pauline Viardot, Italo Calvino, Louis-Ferdinand Céline et Marie Canavaggia, Jean Paulhan et Michel Leiris, Marie Billetdoux, des éditeurs littéraires; Mme Du Deffand, Rousseau, Galiani et Mme d’Épinay, Beaumarchais.

Parmi les rubriques habituelles («Vie de l’épistolaire», «Recherche», «Comptes rendus»), une nouvelle «Curiosité épistolaire», gracieuseté de l’Oreille tendue, où il est question de Christian Gailly, de Nicolas Dickner, de Don DeLillo et du tumblr Chers voisins.

Épistolaire est la revue de l’Association interdisciplinaire de recherche sur l’épistolaire (AIRE).

Chronique bibliographique du Nouvel An

[Les remarques qui suivent n’intéresseront que les mordus de notes et de références bibliographiques (il y en a).]

Soit Every Love Story Is a Ghost Story, la biographie de David Foster Wallace écrite par D.T. Max. Au fil du texte, on trouve des appels de note; les notes elles-mêmes — commentaires, prolongements, etc. — sont placées en fin d’ouvrage. On sait donc qu’elles existent.

Puis, à la suite de ces premières notes, d’autres apparaissent, dont l’existence n’est nulle part annoncée (aucun appel de note n’y renvoie). Elles donnent les sources de toutes les citations du texte.

Les premières s’adressent à tous les lecteurs. Les secondes, aux spécialistes. Avantage incontestable : cela allège considérablement le texte.

(Question : comment cela est-il mis en pages dans la version numérique du livre ?)

Soit Diderot ou le bonheur de penser, la biographie de Denis Diderot rédigée par Jacques Attali. L’appareil des notes est pléthorique. Exemple :

L’abus de l’appel de note chez Jacques AttaliPléthorique ? C’est un euphémisme : comme s’il avait peur de se faire accuser de plagiat, Attali empile les appels de notes les uns sur les autres, jusqu’au ridicule. L’exemple ci-dessus est un parmi des centaines.

L’appareil des notes est donc pléthorique, mais largement inutile. Pourquoi ? Parce que les appels ne renvoient pas à proprement parler à une note, mais à un numéro de la bibliographie (par exemple, le numéro 450 est une édition de 1899 [?!] des Confessions de Jean-Jacques Rousseau). On ne sait pas à quelle page, à quelle partie, à quel chapitre, à quel article, cela devrait mener. Vous voulez savoir à quel(s) passage(s) des Confessions Jacques Attali fait allusion ? Allez les lire. L’auteur n’est pas là pour vous.

[Si si, l’Oreille tendue vous l’assure : il y a des gens que cela intéresse.]

P.-S. — Pour entendre l’Oreille tendue commenter le livre de Jacques Attali à la radio de Radio-Canada, on clique ici.

 

[Complément du 3 janvier 2013]

Un collègue de l’Oreille lui a raconté avoir assisté jadis à un colloque où une communication était présentée par deux personnes : l’une faisait le texte, l’autre les notes. L’Oreille regrette tous les jours de ne pas avoir été là.

 

[Complément du 30 mai 2016]

Pour entendre l’Oreille tendue commenter le livre de D.T. Max à la radio de Radio-Canada, on clique ici.

 

Références

Attali, Jacques, Diderot ou le bonheur de penser, Paris, Fayard, coll. «Biographie», 2012, 512 p. Ill.

Max, D.T., Every Love Story Is a Ghost Story. A Life of David Foster Wallace, New York, Viking, 2012, 309 p.

Autopromotion 049

L’Oreille tendue sera aujourd’hui, de 13 h à 14 h, à l’émission Plus on est de fous, plus on lit ! de la radio de Radio-Canada pour parler de la biographie de Diderot par Jacques Attali (2012). Rediffusion ce soir entre 20 h et 21 h.

 

[Complément du 20 décembre 2012]

On peut (ré)entendre l’entretien ici [lien corrigé].

 

Référence

Attali, Jacques, Diderot ou le bonheur de penser, Paris, Fayard, coll. «Biographie», 2012, 512 p. Ill.

La terminaison du jour

Ce ne sont pourtant pas les mots en -ade qui manquent en français. Le Petit Robert (édition numérique de 2010) en donne plus de 200.

On en invente néanmoins de nouveaux, et depuis longtemps.

Il neige ? @rdimatin parle de floconade.

Pour désigner les série télévisées américaines, Tonino Benacquista invente américanade (la Commedia des ratés, p. 98).

Les revues théâtrales de Gratien Gélinas mettaient en scène le personnage de Fridolin, d’où leur intitulé (Fridolinades).

En 1753, Morelly publie Naufrage des isles flottantes, ou Basiliade du célèbre Pilpai.

Dans un registre un brin différent, l’excellent Jean-François Vilar propose enculade (Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, p. 157 et p. 283).

Il faut de tout pour faire un monde.

P.-S. — Au moment de mettre ce texte en ligne, l’Oreille tendue découvre l’existence du compte Twitter @wikinade.

Références

Benacquista, Tonino, la Commedia des ratés, Paris, Gallimard, coll. «Série noire», 2263, 1991, 242 p.

Vilar, Jean-François, Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, Paris, Seuil, coll. «Fiction & Cie», 1993, 475 p.