Les classiques de Gromit

Logo de Wallace & Gromit

Le 3 janvier, la chaîne télévisée Netflix lançait la plus récente aventure du couple Wallace et Gromit, Vengeance Most Fowl (la Palme de la vengeance). L’Oreille tendue n’allait évidemment pas manquer ça.

Pour l’instant, retenons deux scènes.

Le chien Gromit est obligé de partager sa chambre avec Norbot, le robot que vient d’inventer son maître (façon de parler), Wallace. Il n’apprécie pas cette compagnie. Que lit-il avant de s’endormir ? A Room of One’s Own, de Virginia Woolf. (Coquille canine évitée de justesse : l’Oreille allait écrire Woof.)

Norbot est venu troubler la quiétude du 62 West Wallaby Street. Réaction de Gromit ? Il se plonge dans Paradise Lost, de John Milton.

Voilà quelqu’un qui connaît ses classiques.

P.-S.—Nous avons, en effet, récemment croisé ce duo dynamique.

Illustration : logo de Wallace & Gromit, photo déposée sur Wikimedia Commons

 

[Complément du 9 janvier 2025]

Stéphane Bortzmeyer, dans les commentaires ci-dessous et sur Mastodon, fait la démonstration qu’il est plus attentif que l’Oreille tendue. Dans le film, l’autrice de A Room of One’s Own est Virginia Woof, et celui de Paradise Lost, John Stilton. Mea maxima culpa.

Chantons la langue avec Shawn Jobin

Shawn Jobin, Tu m’auras pas, 2013, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Shawn Jobin, «Au nom d’une nation (Tu m’auras pas)», Tu m’auras pas, 2013

 

Quand j’y pense
Chus seulement une fleur de lys
Qui pousse au pied d’l’érable
Mais on couche dans l’même lit
Comme si on pointe l’Arabe
Lorsqu’un triche sur l’autre
On lui serre la main en disant
C’est pas d’ma faute
C’est pas d’la faute
C’est vouloir le contrôle
Sur la langue du futur
Bref l’anglais
Le français reste bien dans l’angle mort
Du rétroviseur de l’assimilation
Parmi la nation du peuple francophone
Quand on s’parle
C’t’une culture qui résonne
Dans les couloirs des châteaux de l’Angleterre
J’veux un pays libre et non un presbytère
J’veux pas qu’on s’sépare
J’veux juste parler français
Dans toute le Canada
Bref dans mon pays
C’est l’tien aussi
Donc enlève ton étiquette de minorité
Pis nous l’avons bâti aussi
Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation
Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation
J’ai mal au cœur
Lorsque j’vois l’ignorance des anglophones
Qui rêvent de not’ retour en France
Des Maritimes jusqu’en Colombie-Britannique
Y compris les Territoires
On s’serre les coudes lorsqu’y fait noir
Les Fransaskois
Les Franco-Manitobains
Louis Riel Gabriel Dumont se sont battus pour le bien
Pour une cause
Pour que les gens comprennent
Que la fleur de lys peut aussi pousser sur les plaines
Pas les plaines d’Abraham
Les plaines remplies d’avoine
À vrai dire elle pousse partout
Jusque dans les montagnes
Mon cadavre a perdu du sang ô grand méchant loup
Donc la culture laissant une larme sur sa joue
Mais si tu comprends mes mots dans cette chanson
Tu fais partie des remparts qui protègent la nation
Tu tiens dans tes mains le pouvoir de semer des graines
De lys pour l’amour de la francophonie
Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation
Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation

 

Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation
Avec la télé
Non tu m’auras pas
Avec la radio
Non tu m’auras pas
Avec les médias
Non tu m’auras pas
Au nom d’une nation
Plus d’assimilation

 

Ce qui monte doit redescendre

Dickens, Fruttero & Lucentini, l’Affaire D. ou le crime du faux vagabond, 1991, couverture

«De même que les aéronautes jettent du lest quand ils veulent remonter, de même Durdles a allégé la gourde d’osier au fur et à mesure qu’il montait. Le sommeil l’assaille et lui coupe la parole. Un léger accès de délire s’empare même de lui; il se figure que le sol tout en bas est de niveau avec la plate-forme de la tour, et il quitterait bien celle-ci en marchant dans les airs. Il est dans cet état quand ils entreprennent la descente. Tout comme les aéronautes s’alourdissent quand ils veulent descendre, Durdles s’alourdit avec une nouvelle quantité de liquide empruntée à la gourde pour descendre plus facilement.»

Charles Dickens, le Mystère d’Edwin Drood (1870, inachevé), dans Dickens, Fruttero & Lucentini, l’Affaire D. ou le crime du faux vagabond, Paris, Seuil, 1991, 473 p., p. 205-206. Édition originale : 1989. Traduction de Simone Darses. La traduction du texte de Dickens est de Charles-Bernard Derosne (1874), revue et corrigée par Gérard Hug.

Chantons la langue avec Émile Bilodeau

Émile Bilodeau, Grandeur mature, 2019, pochette

(Il n’y a pas que «La langue de chez nous» dans la vie. Les chansons sur la langue ne manquent pas. Petite anthologie en cours. Liste d’écoute disponible sur Spotify. Suggestions bienvenues.)

 

Émile Bilodeau, «Candy», Grandeur mature, 2019

 

Mon nom c’est Andy mais tout le monde m’appelle Candy
Même quand j’suis sûr comme un?bonbon, j’ai jamais raison
Parce?que j’connais pas grand-chose dans vie
J’fais des affaires illégales de manière très amicale
Je sais qu’le monde va mal mais pour moi tout est normal
Parce que j’connais pas grand-chose dans vie
À part que le rose c’est joli
Autant sur les gens qu’en dedans
Là j’parle des vêtements et du sang
Bien évidemment que
J’connais pas grand-chose dans vie
À part qu’les chauve-souris ont des cheveux
C’est curieux
Est-ce qu’elles nous auraient menti ?
Candy, can’t you see
Que je suis candide
Qu’en dis-tu, toi ?
Quand tu m’vois pleurer de joie
La vie est vide de sens si
On n’saisit pas la chance qu’on a
De vivre à fond à chaque fois
T’as raison
Arrêtons de s’prendre la tête
Sortons et allons faire la fête
Certes, on vit dans un certain confort
Faique, ça sert à rien de s’faire du tort
Avec nos trolls au Sénat
Pis le pétrole d’Alberta
Dans les deux cas ça pue pis ça coûte cher
Ici on a des gars qui auront pu de salaire
Parce que demain la shop va fermer
Pourtant tout le monde sait que c’tait ben subventionné
La crosse est finie
Les boss sont partis
Vers leur retraite dorée
Avec la poudre d’escampette et la poudre au nez
Après ça on dit
Qu’c’est moi l’criminel ici
Candy, can’t you see
Que je suis candide
Qu’en dis-tu, toi ?
Quand tu m’vois pleurer de joie
La vie est vide de sens si
On n’saisit pas la chance qu’on a
De vivre à fond à chaque fois

Arrêtons de s’prendre la tête
Sortons et allons faire la fête
Arrêtons de s’prendre la tête
Sortons et allons faire la fête
Okay d’abord
J’vais arrêter d’m’en faire avec le sort de ma communauté
Même si en Ontario y en ont pas trop, trop d’école franco
S’excuser de vivre en français
C’est comme demander
J’peux tu respirer là s’il-vous-plaît
Mais jamais nous nous mettrons à genoux
Whatever you tell us to do
Mais jamais nous nous mettrons à genoux
Whatever you tell us to do
Sortons et allons faire la fête
Arrêtons de s’prendre la tête
Sortons et allons faire la fête

 

Accouplements 254

Collage des couvertures d’Alexie Morin et de Catherine Lalonde, 2024

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Morin, Alexie, Scénarios catastrophes. Poèmes, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 195, 2024, 157 p.

«Conclusion :
un pourcentage significatif
d’êtres humains
traversent la vie
avec dans la tête aucun langage
nulle narration, nulle trame de
commentaires, aucune voix» (p. 60)

Lalonde, Catherine, Trous, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 193, 2024, 123 p.

«On se parle à soi-même vingt-cinq pour cent du temps
petite partition de nuit
de l’autolangage» (p. 107)

 

[Complément du 11 janvier 2025]

Dans le quotidien le Soir (Bruxelles, 8 janvier 2025, p. 24), Anne Catherine Simon publie un article sur la «Voix intérieure». Extrait : «Une autre enquête similaire, ajoutant des entretiens plus approfondis, révèle que certaines personnes ne sont jamais sujettes à de la parole intérieure et que, en moyenne, 26 % de nos périodes d’éveil sont constituées de langage intérieur.» Voilà qui réconcilie Alexie Morin et Catherine Lalonde.