Fil de presse 031

Quelques ouvrages récents sur la langue ? Bien sûr.

Beaudoin-Bégin, Anne-Marie, la Langue racontée. S’approprier l’histoire du français, Montréal, Somme toute, coll. «Identité». 2019, 150 p. Ill. Préface de Laurent Turcot. Postface de Valérie Lessard.

Cahiers de lexicologie, 114, 2019, 299 p. Dossier «Les phrases préfabriquées : sens, fonctions, usages».

Cobast, Éric, les 100 mots de l’éloquence, Paris, Presses universitaires de France, coll. «Que sais-je ?», 4181, 2019, 128 p.

Colignon, Jean-Pierre, Dictionnaire orthotypographique moderne, Paris, EFE – CFPJ Editions, 2019.

Delord, Robert, Mordicus. Ne perdons pas notre latin !, Paris, Les Belles Lettres, 2019, 260 p.

European Journal of Language Policy, 11, 1, avril 2019. URL : <https://online.liverpooluniversitypress.co.uk/toc/ejlp/11/1>.

Gallagher, John, Learning Languages in Early Modern England, Oxford, Oxford University Press, 2019, 288 p. Ill.

Gilbert, Muriel, Au bonheur des fautes. Confessions d’une dompteuse de mots, Paris, Seuil, coll. «Points», 4934, 2019 (2017), 255 p.

Grutman, Rainier, Des langues qui résonnent. Hétérolinguisme et lettres québécoises, Paris, Classiques Garnier, coll. «Bibliothèques francophones», 5, série «Littérature québécoise», 1, 2019 (nouvelle édition), 359 p.

H-France Salon, 11, 14, 2019. Dossier «Legitimizing “iel” ? Language and Trans communities in Francophone and Anglophone Spaces», sous la direction de Vinay Swamy et Louisa Mackenzie. URL : <https://h-france.net/h-france-salon-volume-11-2019/#1114>.

James, La sémantique c’est élastique, Paris, Delcourt, coll. «Pataquès», 2019, 109 p. Bande dessinée.

Joly, Frédéric, la Langue confisquée. Lire Victor Klemperer, Paris, Premier parallèle, 2019, 280 p.

Journal of French Language Studies. Études de linguistique française, 29, 2, juillet 2019. Dossier «Langues régionales : Models and Methods». URL : <https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-french-language-studies/latest-issue>.

Lamonde, Diane, Français québécois. La politisation du débat, Montréal, Del Busso éditeur, 2019, 236 p.

Langage et société, 167, 2019, 246 p. Dossier «Discours numériques natifs. Des relations sociolangagières connectées». URL : <https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2019-2.htm?contenu=sommaire>.

Langue française, 202, 2019, 124 p. Dossier «Français d’Afrique. En Afrique. Hors d’Afrique», sous la direction de Guri Bordal et Cécile van den Avenne. URL : <https://www.cairn.info/revue-langue-francaise-2019-2.htm>.

Lecolle, Michelle, les Noms collectifs humains en français. Enjeux sémantiques, lexicaux et discursifs, Limoges, Éditions Lambert-Lucas, coll. «La lexiocothèque», 2019, 312 p.

McCulloch, Gretchen, Because Internet. Understanding the New Rules of Language, Riverhead Books (Penguin), 2019, 326 p.

Melançon, Benoît, en collaboration avec Pierre Popovic, Dictionnaire québécois instantané, Montréal, Fides, coll. «Biblio-Fides», 2019 (2004), 234 p. Illustrations de Philippe Beha.

Roussel, Alaim, la Vie secrète des mots et des choses, Paris, Maurice Nadeau, 2019, 208 p.

Thélème. Revista Complutense de Estudios Franceses, 34, 1, 2019. Dossier «Hommage à Olivier Soutet : autour de la concession», sous la direction de Christiane Marque-Pucheu et Álvaro Arroyo. URL : <https://revistas.ucm.es/index.php/THEL/issue/view/3482>.

Tipa. Travaux interdisciplinaires sur la parole et le langage, 35, 2019. Dossier «Emo-langages : vers une approche transversale des langages dans leurs dynamiques émotionnelles et créatives», sous la direction de Françoise Berdal-Masuy et Jacqueline Pairon. URL : <https://journals.openedition.org/tipa/2876>.

Van de Haar, Alisa, The Golden Mean of Languages. Forging Dutch and French in the Early Modern Low Countries (1540-1620), Brill, coll. «Brill’s Studies in Intellectual History», 305, 2019, xiv/426 p. Ill.

Watson, Cecelia, Semicolon. The Past, Present, and Future of a Misunderstood Mark, Ecco, 2019, 224 p.

La clinique des phrases (cc)

(À l’occasion, tout à fait bénévolement, l’Oreille tendue essaie de soigner des phrases malades. C’est cela, la «Clinique des phrases».)

On a déjà eu l’occasion de le constater : en français, le féminin de certains noms peut avoir des connotations sexistes.

Prenons l’exemple du mot entraîneuse, dont il a été question dans les médias montréalais récemment. Au masculin : «Personne qui entraîne» (le Petit Robert, édition numérique de 2014). Au féminin : «Personne qui entraîne» (bis), mais aussi «Jeune femme employée dans les bars, les dancings pour engager les clients à danser […], à consommer» (ter), voire prostituée.

Soit ces deux tweets :

«Notre invitée @VirgiTremblay servait d’entraîneuse à la Canadienne @Bandreescu_ au tournoi d’Auckland en Nouvelle-Zélande.»

«Elle continue de suivre Bianca Andreescu dans son beau parcours en Océanie. Nous avons parlé en direct d’Australie à celle qui est devenue son entraîneure d’une semaine à Auckland la semaine passée.»

Entraîneuse, avec le risque des connotations évoquées ci-dessus ? Entraîneure, pour les éviter ?

Faisons plus simple :

«Notre invitée @VirgiTremblay a entraîné la Canadienne @Bandreescu_ au tournoi d’Auckland en Nouvelle-Zélande.»

«Elle continue de suivre Bianca Andreescu dans son beau parcours en Océanie. Nous avons parlé en direct d’Australie à celle qui l’a entraînée à Auckland la semaine passée.»

À votre service.

Dissonance cognitive du jour

Article «Féminisation des noms de métiers en français», Wikipédia, titreL’Oreille tendue lit un livre sur la littérature numérique.

L’ouvrage est savant. Dans les notes de bas de page, il y a des ressources imprimées et des ressources numériques. Parmi celles-ci, l’auteur n’hésite pas à inclure des articles de Wikipédia. Voilà quelqu’un qui reconnaît l’évolution des pratiques.

Ailleurs, cet auteur est à la traîne. C’est le cas quand il désigne une créatrice par l’expression «le même auteur». Pourquoi pas «la même auteure» ?

Comment concilier ces deux attitudes ?

Parlons thèse sur la thèse

Tis, le Dico du doc, éd. de 2015, couverture

Le sujet ne touche pas tout le monde (euphémisme) : la vie des étudiants au doctorat. Il n’est pas particulièrement spectaculaire (bis). Comment le rendre intéressant, voire drôle ? La dessinatrice Tis, elle-même «jeune docteur [sans e] dans une discipline des sciences humaines et sociales et rescapée [avec e] du parcours doctoral», aborde la question d’au moins deux façons : par un site Web, par les deux tomes de La thèse nuit gravement à la santé. Ces ouvrages se donnent pour objectif d’aller au-delà des préjugés que beaucoup entretiennent envers les études supérieures.

Celui de 2012, le Dico du doc, se présente sous la forme d’un bref dictionnaire illustré en 24 planches. Sous forme de «véritable thérapie par le rire» (quatrième de couverture), il s’agirait «de décrire le monde vécu des doctorants et jeunes docteurs» (p. 3).

Devant les dessins, l’Oreille tendue a souri une fois (p. 25).

Le livre de 2014, Anecdoc. Journal intime des doctorants, regroupe 220 anecdotes (de doctorants venus de disciplines diverses) et 50 dessins (de Tis) : «les doctorants ont la parole et nous racontent leurs histoires» (quatrième de couverture). On retrouve dans ces témoignages anonymes, mais traités de façon systématique (un chapitre couvre une question à la fois), les sujets évoqués, parfois allusivement, dans le premier tome : l’entrée en thèse, la cueillette de données, les tâches d’enseignement, les relations avec le directeur de thèse, les colloques (dans le premier tome : «Kolloques (ou colloques)»), le manque de soutien des proches, les problèmes de santé, la rédaction (et la publication scientifique), la vie en laboratoire et, enfin, la soutenance, «cette émouvante délivrance» (p. 141). La question du financement des études n’a pas droit pas à un chapitre; il en question tout du long («Mon plus beau moment, ça a été quand j’ai appris que je n’étais pas obligée de me prostituer pour financer ma thèse», p. 14).

Comme on pouvait s’y attendre, il y a plusieurs histoires d’horreur (maltraitance, inconduite sexuelle, plagiat, suicide, etc.), mais pas que. Les spécificités disciplinaires sont bien prises en compte, les situations sont concrètes, quelques anecdotes sont cocasses. Un propriétaire d’archives agonit une médiéviste (p. 21). Un doctorant en neurosciences doit réanimer une de ses souris (p. 22). Une docteure (avec e) en histoire découvre la culture espagnole : «beaucoup d’archives ferment entre 14 h et 16 h, pour la sieste, et certaines ne rouvrent même pas» (p. 33). Une docteure (avec e) en droit, nerveuse, appelle sa directrice «Monsieur» (p. 64). Un doctorant en biologie se bute à l’incompréhension de… sa psy : «Elle a essayé de comprendre pourquoi je faisais une thèse : quels sont les éléments qui m’ont conduit à vouloir faire une thèse… Est-ce une réaction à des propos haineux d’enseignants dans l’enfance ?» (p. 105) Une docteure (avec e) en biologie verse dans la superstition : «Mon collègue de bureau était mexicain. Un jour, il avait renversé un lièvre sur la route. Il l’a récupéré et il a fait un porte-bonheur avec l’une des pattes. Du coup, à chaque manip’ on se frottait les aisselles avec ce truc dégueu pour nous porter chance !» (p. 138) Le jour venu, une doctorante en sciences économiques est entourée de ses «demoiselles d’honneur de soutenance» (p. 148).

Devant les dessins, l’Oreille a souri une fois (p. 40).

C’est peut-être elle le problème.

P.-S.—Le lecteur attentif aura noté la présence de l’expression «du coup». Elle apparaît au moins huit autres fois dans le livre. Pour qui fréquente des francophones européens, cela paraît un nombre peu élevé d’occurrences.

P.-P.-S.—Il existe un genre de manuels qui portent sur la thèse. Appelons-le Thèses sur la thèse et consacrons-lui une rubrique.

Références

Tis, La thèse nuit gravement à la santé 1. Le dico du doc, Neuchâtel, Éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2015 (2012), 30 p. Ill.

Tis, La thèse nuit gravement à la santé 2. Anecdoc. Journal intime des doctorants, Neuchâtel, Éditions Alphil, Presses universitaires suisses, 2015 (2014), 149 p. Ill.