Québécogermanisme de bon aloi ?

L’Oreille tendue n’hésite jamais à se dévouer pour ses bénéficiaires. Elle vient donc de mener un sondage scientifique auprès d’un échantillon représentatif de jeunes de 17 ans (n = 1), histoire de voir quelle expression est à la mode dans sa cohorte.

Résultat ? «Ça, c’est la heiss.» Traduction libre : «Ça, c’est l’enfer.»

Cela concorde avec la connotation de chaleur du mot allemand heiß. Mais comment l’expression s’est-elle acclimatée sur les rives du Saint-Laurent ?

 

[Complément du 10 septembre 2018]

La Presse+ publiait hier un article intitulé «Le nouveau joual de la métropole». Entrée en matière : «Oubliez le franglais. Montréal est plus multiculturel que jamais et l’argot de la métropole est désormais de plus en plus mâtiné de créole et d’arabe. Regard sur un phénomène linguistique qui s’étend dans tous les quartiers de l’île.»

Dans le «Petit glossaire de l’argot montréalais» qui accompagne l’article, on lit ceci : «(A) Hess = misère», «(A)» renvoyant à «Arabe».

Cela confirme ce qui se trouve dans les commentaires ci-dessous.

Divergences transatlantiques 039

Il y a poudreuse :

«(Canada) […] Neige poudreuse, et SUBST. de la poudreuse : neige fraîche, de consistance très fine. Skier dans la poudreuse» (le Petit Robert, édition numérique de 2014).

Et poudreuse :

«“Poudreuse dans la Meuse” : (ré)écoutez le docu sur les ravages de l’héroïne» (l’Obs, 26 octobre 2015).

Avoir l’œil, et le bon

Les Blue Jays de Toronto — c’est du baseball — viennent de remporter un match crucial. Pour quelques heures, tout le Canada aurait appuyé cette équipe de la Ville-Reine (ça se discute).

Dans l’avion qui transportait l’Oreille tendue à Vancouver, une hôtesse de l’air a donc tenu les passagers informés du pointage du match. Elle avait beau être francophone, elle ne maîtrisait malheureusement pas le vocabulaire du plus beau des sports. Au lieu de parler de manches (il y en a habituellement neuf dans un match) ou d’innings (dans la langue de Jackie Robinson), elle parlait de «périodes» — c’est du hockey — ou de «parties». C’est cela les deux solitudes : ceux qui aiment le baseball et ceux qui ont le tort de ne pas l’aimer.

Pendant le même vol, l’Oreille lisait le plus récent roman d’Emmanuel Bouchard. Elle y trouve l’expression suivante : «Méchant visou !» (p. 174)

Méchant ? Il en a déjà été question ici : c’est bon, ou pas.

Visou : qui en a vise juste.

Hier, certains joueurs des Blue Jays ont eu un méchant visou. Ils s’en réjouissent, et leurs partisans avec eux.

 

Référence

Bouchard, Emmanuel, la Même Blessure. Roman, Québec, Septentrion, coll. «Hamac», 2015, 216 p.

L’avoir à terre

En 2009, un député français, Pierre Lasbordes, accueille le premier ministre québécois de l’époque, Jean Charest, en lui disant que celui-ci doit avoir «la plotte à terre». Il pensait alors utiliser une expression équivalente «en québécois» à «être très fatigué». Il se trompait. (Récit ici.) Recevoir un homme politique en français, langue pourtant parlée quotidiennement par lui et par son interlocuteur, lui paraissait donc si compliqué ?

Quand on entend la pub que vient de mettre en ligne la société française Orange et son portrait ridicule de l’accent québécois, sous-titres à l’appui, on se prend pourtant à se dire à soi-même qu’on a, en effet, parfois, la plotte à terre devant ce que certains Français imaginent être la langue parlée au Québec.

Fil de presse 019

Logo, Charles Malo Melançon, mars 2021

Ouvrages récents sur la langue…

…sous forme d’interrogation…

Demoule, Jean-Paul, Mais où sont passés les Indo-Européens ? Le mythe d’origine de l’Occident, Paris, Seuil, 2015, 752 p.

…sous forme d’exclamation…

Melançon, Benoît, Le niveau baisse ! (et autres idées reçues sur la langue), Montréal, Del Busso éditeur, 2015, 118 p. Ill.

…sous forme neutre…

Argod-Dutard, Françoise (édit.), le Français en chantant. Septièmes rencontres de Liré, 2014, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Interférences», 2015, 390 p. Préface de Jean Pruvost.

Table des matières

Boquel, Anne et Étienne Kern, les Plus Jolies Fautes de français de nos grands écrivains, Paris, Payot, 2015, 166 p.

Debov, Valéry, Glossaire du verlan dans le rap français, Paris, L’Harmattan, 2015, 450 p. Préface de Christophe Rubin.

DesRuisseaux, Pierre, Trésor des expressions populaires. Petit dictionnaire de la langue imagée dans la littérature et les écrits québécois, Montréal, Fides, coll. «Biblio • Fides», 2015, 380 p. Nouvelle édition revue et augmentée.

Furetière, Antoine, Dictionnaire universel, Genève, Slatkine reprints, 2015, 3 vol., 2177 p. Réimpression de l’édition de La Haye-Rotterdam, 1690.

Hongre, Bruno et Jacques Pignault, Dictionnaire du français classique littéraire de Corneille à Chateaubriand, Paris, Honoré Champion, coll. «Champion classiques – Références et dictionnaires», 10, 2015, 776 p. Préface de Jean Pruvost.

Pruvost, Jean et Benoît Meyer, la Bière «Mets de roi… à la mousse immaculée», Paris, Honoré Champion, coll. «Champion les mots», 2015, 144 p.

Rastier, François, Saussure au futur, Encre marine, coll. «À présent», 2015, 272 p.

Tiphagne, Frédéric, Le thé qui «désenivre… et fortifie la raison…», Paris, Honoré Champion, coll. «Champion les mots», 2015, 144 p. Préface de Thierry Clément.

Benoît Melançon, Le niveau baisse !, 2015, couverture